Handicap et affectivité

Education et croissance affective dans la communauté de l’Arche

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Jean Vanier*

Les personnes avec un handicap mental souffrent d’une déficience de leurs facultés rationnelles mais elles sont douées sur le plan du cœur. Le fait d’être atteint dans ses capacités intellectuelles d’anticipation et d’organisation, implique le besoin d’être soutenu, aidé, assisté, éduqué, etc. ce qui fait que les personnes avec un handicap peuvent créer des relations authentiques avec ceux en qui elles ont confiance. Elles sont d’une extrême bonté parce que pour vivre, elles ont besoin de cette confiance. Plus l’autorité sera juste, vraie et désireuse d’aider chacun à grandir en liberté, plus cette confiance sera fortifiée et permettra une croissance de la maturité affective.

L’éducation affective c’est l’éveil du cœur. Pour aider une personne à cheminer vers la maturité, il est essentiel de créer des communautés où chacun puisse trouver sa place et se développer spirituellement et humainement. C’est ce que nous désirons vivre à l’Arche afin que chacun puisse découvrir qu’il est important, qu’il a une valeur. Cela demande beaucoup d’écoute d’aider chacun à grandir. Il y a donc deux éléments essentiels à la croissance affective : créer des lieux d’appartenance et aider chacun à découvrir qu’il fait partie d’un groupe. Mais trop d’appartenance peut étouffer la liberté, trop de liberté peut étouffer le sens d’appartenance. L’appartenance étant alors la certitude de savoir que je pourrai toujours trouver de l’aide de quelqu’un.

Je voudrais donner l’exemple de Pauline accueillie à L’Arche en 1970 à 40 ans. Hémiplégique, diabétique, ce qui la caractérisait surtout, c’était son extrême violence. Notre psychiatre, Erol Franko[1], nous a aidés en nous montrant que sa violence était un cri : « est ce que quelqu’un s’intéresse à moi ? ». Personne dans sa vie ne l’avait vraiment écoutée ni considérée comme une personne importante et de valeur. Ce qui est important, disait-il, c’est de l’écouter et avant tout de lui faire sentir que derrière ses handicaps et ses violences il y a sa personne qui est belle et importante, l’aider progressivement à découvrir qu’elle a une valeur. Tout cela demande beaucoup de temps. Le vivre ensemble implique la reconnaissance de certaines lois mais aussi une très grande présence et une vraie amitié.

La maturité, c’est grandir dans la responsabilité de soi et des autres. Certaines personnes avec un handicap de notre communauté se sont mariées, cela a pris du temps, pour les écouter, les aider à dire de quoi elles avaient besoin pour pouvoir fonder une famille et surtout pour vivre dans un appartement avec leur conjoint. La question est d’aider chacun à trouver confiance en lui-même, d’avoir un dialogue pour qu’il puisse cheminer vers ce dont il a véritablement besoin qui est toujours de l’ordre d’une relation de fidélité. Chaque personne peut alors progresser vers son unité intérieure et vivre un apaisement profond, découvrir qui elle est et qu’elle est capable de grandir, de pouvoir faire des choses mais aussi de savoir qu’elle a besoin d’aide, des autres, et qu’elle appartient à un groupe où elle est respectée et lui permet de croitre.

Jean Vanier et la communauté de l’Arche

Jean Vanier, né le 10 septembre 1928, est une personnalité chrétienne qui s’est consacrée aux personnes ayant une déficience intellectuelle : il a créé la Communauté de l’Arche en 1964, fonde en 1968 l’association Foi et Partage, puis Foi et Lumière. Il est aussi à l’origine de la création de l’association Intercordia en 2000.

La première rencontre de Jean Vanier avec des personnes handicapées mentales a lieu en 1963 à l’asile psychiatrique de Saint-Jean-les-Deux-Jumeaux dans le sud de la banlieue parisienne. Les conditions de vie y sont très difficiles. Touché par ces personnes, il décide alors de tenter l’expérience de vivre avec elles.

Ouvrage de référence

Homme et femme, Dieu les fit – Presses de la renaissance – Paris – 2009

Une analyse de la signification et des origines de la sexualité de l’homme. Jean Vanier s’inspire des années d’expérience vécues au sein d’une communauté chrétienne auprès de personnes souffrant de handicaps pour explorer les implications de la relation homme-femme d’un point de vue chrétien.

jvannier

La Communauté de l’Arche

Fondée en 1964 par Jean Vanier, L’Arche a pour mission de faire connaître le don des personnes ayant un handicap mental à travers une vie partagée et de leur permettre de prendre leur juste place dans la société. L’Arche est présente dans près de 40 pays à travers le monde, sur les 5 continents, et regroupe plus de 140 communautés constituées chacun de plusieurs foyers d’hébergement et d’ateliers de travail (centre d’activités de jour ou Etablissements et services d’aide par le travail). Chaque communauté allie trois dimensions: communautaire, professionnelle, et spirituelle. La vie en communauté est fondée sur des relations de réciprocité et de respect mutuel entre les personnes handicapées mentales et des assistants qui ont fait le choix de vivre avec elles.

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Pour citer cet article
Référence électronique :
Jean Vanier, « Handicap et affectivité : éducation et croissance affective dans la communauté de l’Arche », Educatio [En ligne], 3 | 2014, mis en ligne juillet 2014. URL : http://revue-educatio.eu

Droits d’auteurs
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* Fondateur de la Communauté de l’Arche. (cf. en p. 2 la note sur la communauté de l’Arche).

[1] Psychiatre – Erol Franko -Centre Psychiatrie infantile le Bocage-50470 La Glacerie