Régis Debray et Didier Leschi La laïcité au quotidien

Paris – Gallimard – 2016 – 158 p.

Dans ce petit « guide pratique », Régis Debray, dont on connaît les valeureuses publications, et Didier Leschi, ancien directeur du Bureau des Cultes au Ministère de l’Intérieur[1], rappellent d’abord que l’objet de la laïcité est de « permettre à une cité de se rassembler par delà ses différences, sans les nier ni les brimer » (p.7). En outre, elle n’est pas « un sport de combat » (p. 11). Sans doute, face à ceux selon qui il suffirait de reconnaître une priorité à la loi civile sur la religion, alors que c’est précisément l’objet du débat, ils constatent que des conflits concrets, parfois très vifs, surgissent d’un heurt ou d’une incompatibilité, réelle ou supposée, entre l’une et l’autre. C’est pourquoi ils ont relevé et retenu 38 « cas pratiques », qui constituent les rubriques du livre et pour la solution intelligente et apaisée desquels ils proposent des solutions qui leur semblent à la fois juridiquement pertinentes et  socialement raisonnables. A ces conjonctures complexes, il convient d’apporter « des solutions, transparentes et accessibles à tous » (p.8). Ainsi en va-t-il, par exemple, du régime des aumôneries, des menus des cantines, des crèches, du foulard, de la longueur des jupes. Sur ces divers thèmes, les auteurs font le point, identifient les difficultés, signalent les vides juridiques, ouvrent quelques perspectives, proposent des conseils de bon sens, légitimement discutables mais le plus souvent bienvenus. On leur sait gré particulièrement de souligner qu’il ne relève nullement des compétences de l’Etat mais de la responsabilité des historiens de statuer sur l’applicabilité de la notion de « génocide » à telle ou telle situation (p. 89). « Entre les laïques qui ont peur pour eux-mêmes, et les laïques qui veulent faire peur aux autres, s’est récemment enclenché un cercle vicieux (p. 151). Aux uns et aux autres, il importe de rappeler que « la laïcité ne saurait prétendre à devenir la religion de ceux qui n’en ont pas » (p. 153). Le mérite de ce livre est, à cet égard, d’être pacifiant, facteur de sérénité, et de montrer dans quel esprit se placer pour résoudre les problèmes, plutôt que pour les passionner en vain.

Guy Avanzini

 

[1]cf. aussi D. Leschi – Misères de l’Islam de France– Paris – Cerf – 2016 – 176 p.