Consacrée en éducation prioritaire : une vocation au service des vocations ?

Isabelle de La Garanderie*

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Résumé : Il est des situations où la question vocationnelle pourrait sembler particulièrement tue pour des raisons de neutralité. Pourtant, comme ailleurs, elle est en réalité au cœur de nos pratiques professorales. Aussi, pour un chrétien, la parole de Dieu peut offrir quelques pistes propices pour mieux mettre nos vocations personnelles au service de celles de nos élèves, en cherchant à créer un terreau favorable chez eux en vue d’une meilleure réception d’un appel, c’est-à-dire d’une plus grande liberté.

Être consacrée et travailler dans l’enseignement public, voici déjà deux éléments qui peuvent sembler quelque peu antinomiques. Si l’on ajoute comme ingrédients supplémentaires le fait d’enseigner en éducation prioritaire et la question des vocations, il semble alors difficile d’obtenir un rendu harmonieux. De fait, comment parler de « vocations » dans son acception chrétienne la plus courante alors même que la neutralité du fonctionnaire d’état doit s’appliquer dans cette situation ?

Je crois en effet que la « vocation » est, étymologiquement, un appel et, plus précisément pour un chrétien, un appel de Dieu. Alors, comment l’exprimer en régime de laïcité ? Il me semble pourtant essentiel de ne pas l’occulter ou l’oublier. Effectivement, je consonne avec le début du « Principe et Fondement » des Exercices spirituels  de saint Ignace affirmant : « L’homme est créé pour louer, respecter et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme »[1]. C’est dans cette adéquation à sa finalité, qui peut prendre différentes formes matérielles concrètes suivant chacun, que se trouve le plus grand bonheur de l’homme et de Dieu. Alors, comment faire pour ne laisser personne de côté ? Notre rôle de professeur n’est certainement pas de nous prendre pour Dieu : c’est Lui qui appelle, pas nous. En revanche, nous avons certainement, comme professeurs, à créer les conditions les plus opportunes pour une bonne réception de cet appel.

Comme consacrée, c’est bien évidemment le Christ qui est mon modèle d’éducateur et c’est Lui que je scrute sempiternellement dans la prière pour m’aider à agir mieux au service de mes élèves. Dans cette perspective, il me semble que la Parole de Dieu est un puits inépuisable pour l’éducateur chrétien, où ce dernier peut toujours aller quémander et puiser de l’« eau vive » (Jn 4, 10). Cette dernière peut nous aider à tracer quelques sentes d’un chemin plus général ouvrant à nos élèves un espace où leur liberté s’épanouit suffisamment pour oser répondre à l’appel personnel que Dieu leur adresse. J’en recenserai trois étapes principales : le regard que nous portons sur nos élèves, l’aptitude à se laisser toucher pour mieux relever celui qui est à terre et enfin l’invitation à l’action.

S’efforcer de regarder chacun avec le regard du Seigneur

J’ai été moi-même bouleversée dans mon chemin vocationnel par cette parole tirée du livre d’Isaïe « Tu as du prix à mes yeux et je t’aime » (Is. 43, 4), phrase reçue lors du sacrement de réconciliation. C’est parce que j’ai pris conscience de cet amour inouï, infini et personnel de Dieu pour moi que j’ai pu commencer à avancer librement dans un chemin de réponse à l’appel du Seigneur qui, pour moi, a pris la forme de la vie consacrée. C’est parce que j’ai été certaine de cet amour, qui était plus fort que de simples mots mais qui devenait une certitude expérientielle, que la possibilité d’une réponse s’ouvrait : j’ai été aimée, je suis capable d’aimer à mon tour.

Or la Bible est emplie de ce regard d’amour de Dieu pour sa création. Cela commence à la Genèse, où la parole « Dieu vit que cela était bon » scande tel un refrain le premier chapitre devenant même, le sixième jour, une fois la création de l’homme réalisée : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela était très bon » (Gn 1, 31).

Dans le Nouveau Testament, c’est peut-être encore plus frappant car c’est Jésus Christ, vrai Dieu mais aussi vrai homme, qui pose ce regard sur ceux qui l’entourent, tout spécialement l’humanité blessé. Ainsi du jeune homme riche dont il est dit en saint Marc : « Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima » (Mc 10, 21) ; ainsi de Zachée, découvert et regardé dans son arbre de manière personnelle malgré la foule qui l’entourait (Lc 19, 1-5) ; ainsi de la femme courbée depuis dix-huit ans (Lc 13, 11-17) que Jésus n’oublie pas de regarder avant de la guérir. Les exemples de ce regard du Christ qui n’oublie personne sont présents à chaque page des évangiles. Bien plus encore, non content de regarder et d’aimer, Jésus semble regarder au-delà des apparences trompeuses : là où les pharisiens ne voient que des pécheurs et des pécheresses, Jésus regarde personnellement au-delà de la catégorie – ainsi de la pauvre veuve aperçue par Jésus dans le temple qui, en mettant deux piécettes, met davantage que tous les autres parce qu’elle a pris sur son indigence (Lc 21, 1-4) – et perçoit l’aptitude à aimer avant tout.

De la même manière, l’éducateur chrétien est invité à contempler ce regard d’amour de Dieu pour l’humanité et à s’y plonger lui-même régulièrement de manière bienfaisante : c’est ainsi qu’il est invité à transformer son regard afin de regarder, à son tour, chacun avec ce même regard. Ce n’est pas évident : nous aussi, comme professeurs, nous sommes souvent tentés, presque malgré nous, de catégoriser à l’instar des pharisiens. Et, pourtant, la Bible nous rappelle cette exigence première du regard d’amour.

Une célèbre prière du P. Paul Baudiquey l’exprime bien :

Lève les yeux, prosterné, éperdu de détresse, et déjà tout lavé dans la magnificence… Lève les yeux, et regarde ce visage, cette face très sainte qui te contemple, amoureusement. Tu es accepté, tu es désiré de toute éternité, avant l’éparpillement des mondes, avant le jaillissement des sources, j’ai longuement rêvé de toi, et prononcé ton nom. (…)

Accepter d’être aimé… accepter de s’aimer. Nous le savons, il est terriblement facile de se haïr ; la grâce est de s’oublier. La grâce des grâces serait de s’aimer humblement soi-même, comme n’importe lequel des membres souffrants de Jésus Christ. (…)

Les vrais regards d’amour sont ceux qui nous espèrent.[2]

Alors, il nous reste, humblement, en chutant très probablement, à essayer de regarder nos élèves comme Lui, à les aimer vraiment, à les espérer vraiment là où ils sont capables d’aller. On pourrait ajouter d’apprendre à les regarder chastement, c’est-à-dire en les respectant pour ce qu’ils sont personnellement, sans que nous ne mettions jamais une projection sur eux de ce que nous aimerions qu’ils soient. C’est un travail de répétition qui s’ébauche et se construit davantage chaque jour afin d’ouvrir un espace de liberté et de croissance à ceux dont nous avons la charge.

Se laisser toucher, puis relever

En éducation prioritaire plus spécialement, les situations personnelles des élèves peuvent sembler plus souvent qu’à leur tour spécialement inextricables et d’une douleur incommensurable. Une solution pour agir peut-être plus rapidement, plus efficacement de prime abord, serait de choisir de ne plus se laisser toucher par toutes celles-ci et d’agir seulement sur le plan fonctionnel et professionnel. Ce serait en réalité probablement rater une occasion toute spéciale de rencontre et, partant de là, d’éducation et de croissance, même si elle est vient nous déranger.

Dans les évangiles, le Christ ne reste jamais sourd à la misère humaine : au contraire, il semble se laisser toucher en profondeur par celle-ci. C’est bien pour notre salut qu’il a donné sa vie et ce n’est pas un mot qui nous entraîne simplement au-delà de notre situation présente, dans un domaine eschatologique. Comme l’affirme Adolphe Gesché, « le salut – ou il n’est pas – concerne tout l’homme et revêt les aspects les plus concrets de la vie, ainsi que l’a montré celui qui, « ému de compassion », en a fait la Passion de sa vie »[3]. La foi de l’homme, dans tous les récits de guérison qui émaillent les évangiles, paraît émouvoir et toucher le Christ qui, alors, agit et guérit : on peut ici penser à la Syro-phénicienne (Mc 7, 24-30) qui impressionne le Christ ou encore à la femme hémorroïsse (Mt 9, 20-22) qui ne fait que poser un acte de foi – toucher la frange du vêtement de Jésus – sans même que le Christ ne la voie de prime abord. Le cri du cœur et le cri du corps l’atteignent toujours. A notre tour, savons-nous nous laisser toucher par la confiance que les élèves, même les plus pénibles, mettent bien souvent en nous qui, parfois, constituons presque leurs seuls adultes de référence pour se construire ? Savons-nous garder un cœur doux et apte à nous émouvoir de la souffrance d’autrui ? C’est bien la deuxième attitude dont nous pouvons nous inspirer pour créer un terreau propice à la réception de l’appel de Dieu.

Revenons-en au récit de la femme courbée depuis dix-huit ans :

Jésus était en train d’enseigner dans une synagogue, le jour du sabbat. Voici qu’il y avait là une femme, possédée par un esprit qui la rendait infirme depuis dix-huit ans ; elle était toute courbée et absolument incapable de se redresser.

Quand Jésus la vit, il l’interpella et lui dit : « Femme, te voici délivrée de ton infirmité ». Et il lui imposa les mains. À l’instant même elle redevint droite et rendait gloire à Dieu.

Alors le chef de la synagogue, indigné de voir Jésus faire une guérison le jour du sabbat, prit la parole et dit à la foule : « Il y a six jours pour travailler ; venez donc vous faire guérir ces jours-là, et non pas le jour du sabbat. »

Le Seigneur lui répliqua : « Hypocrites ! Chacun de vous, le jour du sabbat, ne détache-t-il pas de la mangeoire son bœuf ou son âne pour le mener boire ? Alors cette femme, une fille d’Abraham, que Satan avait liée voici dix-huit ans, ne fallait-il pas la délivrer de ce lien le jour du sabbat ? »

À ces paroles de Jésus, tous ses adversaires furent remplis de honte, et toute la foule était dans la joie à cause de toutes les actions éclatantes qu’il faisait. (Lc 13, 10-17)

Très concrètement dans cette péricope, Jésus, en plus de voir la femme et de se laisser toucher par celle qui ne manifeste rien sinon sa foi par sa présence constante dans le temple, relève ce qui était courbé, tout comme il relève ce qui est à terre dans le cas des paralytiques : souvent, ce sont d’ailleurs les verbes de la résurrection qui sont utilisés dans le texte grec. Est vivant ce qui est debout !

Nous ne sommes pas des thaumaturges : en revanche, comme éducateurs, nous sommes souvent dans cette même situation de trouver des élèves repliés sur eux-mêmes à cause de leurs soucis et dont l’aptitude à la relation se trouve alors défaillante. Nous pouvons alors nous comporter nous aussi en légalistes et ne nous en tenir qu’à nos cours, ou bien nous pouvons aider, selon nos moyens, touchés au plus profond de nous-mêmes, l’élève à se redresser. Il ne s’agit pas de se prendre pour ce que nous ne sommes pas : nous ne sommes ni des psychiatres, ni des assistantes sociales et encore moins des super héros. Mais, là où la détresse semble l’emporter, pauvres au service des pauvres, nous pouvons ranimer l’espérance, écouter, encourager et remettre en route d’une parole. C’est une humble manière de redresser ce qui est courbé comme éducateurs chrétiens. Cette deuxième attitude, qui est finalement celle de l’œuvre de miséricorde, prend elle bien évidemment aussi sa source dans la contemplation première du Christ et de ses attitudes.

« Va et toi aussi fais de même »

Nous ne pouvons toutefois pas non plus seulement en rester au fait d’aider nos élèves à se relever dans les cahots du chemin : être au service de leur vocation, c’est aussi leur donner la possibilité de s’y engager vraiment une fois debout. C’est en effet ce que fait lui-même le Christ qui ne garde jamais les personnes relevées pour lui – de toute façon, elles lui échappent en général pour proclamer les merveilles de Dieu.

Les élèves n’auront probablement pas cette attitude après nous avoir rencontrés, peut-être même les trouverons-nous ingrats, oublieux de ce que nous étions sûrs d’avoir fait pour eux. Mais, dans le même temps et parfois avec d’autres que nous ce qu’il convient d’accepter, certainement seront-ils alors, ouverts ou ré-ouverts à la relation, prêts à aller plus loin, ouverts aux appels de la vie et du Seigneur. C’est ainsi que la question se pose pour eux, souvent en des termes peu clairs, de savoir comment vivre et comment bien vivre, même si c’est posé avec un brin de provocation, comme le fait le docteur de la Loi qui « mit Jésus à l’épreuve en disant : “Maître, que dois-je fais pour avoir en héritage la vie éternelle ?” » (Lc 10, 25). Il s’agit bien aussi pour l’élève de vivre davantage, de vivre mieux : quel chemin prendre ? Quelle orientation de vie choisir et quels premiers choix poser dès le secondaire ? En éducation prioritaire encore plus spécialement, quand les jeunes ne sont pas dans l’illusion, cette question suscite des angoisses chez eux tant ils imaginent l’avenir bouché et se voient amoindris face à celui-ci par rapport à des premiers refus qu’ils ont reçus de la société, par exemple à l’occasion de la recherche d’un stage d’observation en entreprise.

En réponse à cette question, le Christ invite son interlocuteur à relire et à redire la Loi, qu’il a apprise pour bien vivre. Pour l’élève, c’est ce qu’il a reçu et appris dans sa jeune vie, dans sa famille et à l’école principalement.  Cependant, ce docteur de la Loi souhaite réellement aller plus loin, savoir de qui il doit se montrer proche. Il s’agit bien d’ailleurs de « son » prochain, de celui dont lui-même doit se montrer proche de manière personnelle. L’élève, lui aussi, recherche bien son propre chemin que, comme éducateurs, nous cherchons à garder orienté en profondeur vers l’amour. Jésus répond alors au docteur de la Loi par la fameuse parabole dite du Bon Samaritain :

Jésus reprit la parole : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort. Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l’autre côté. De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l’autre côté.

Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de compassion. Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui disant : “Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai.” Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? »

Le docteur de la Loi répondit : « Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. » Jésus lui dit : « Va, et toi aussi, fais de même. » (Lc 10, 30-37)

Par l’exemplum que constitue la parabole évangélique avec la belle figure du Samaritain, le Christ trace un vrai chemin éducatif et vocationnel à celui qui souhaite ouvrir son propre chemin : « Va, et toi aussi, fais de même ». Pour l’éducateur, il va s’agir d’ouvrir et de tenir libre cet espace de liberté où le jeune va être invité à aller suivre sa propre route et faire « de même », selon sa manière propre. Après l’avoir aidé à croître, il s’agit bien de le laisser partir, de le laisser à son tour être envoyé. Cependant, comment pourra-t-il se guider et se repérer ? S’agit-il de faire exactement la même chose que le Christ ou que ce que nous essayons plus humblement de faire au quotidien avec nos élèves ? Le théologien moraliste William Spohn parle d’imagination analogique à partir justement de cette péricope. « L’imagination analogique sert de pont entre la réflexion morale des chrétiens et les paroles et actes de Jésus. Elle fournit le contenu cognitif de l’obéissance au commandement “Va et fais de même !”. Ce commandement de Jésus indique aux chrétiens qu’ils doivent user de leur imagination de manière créative pour découvrir de nouveaux modes d’agir qui soient fidèles à l’histoire du Bon Samaritain et à l’histoire complète de Jésus. » [4] Et les non-chrétiens peuvent-ils entendre cette parabole alors ? S’il manque une saveur centrale, tout n’est cependant par perdu car, dans la suite de ce que nous avons décrit et là encore, l’exemplarité – bien que trop partielle – de l’éducateur a toute sa place : si cette parabole est leçon de vie pour lui, elle saura aussi l’être pour ses élèves en conservant toute leur liberté, en les invitant à user de celle-ci pour trouver leur propre modalité d’être. Il s’agit bien d’inviter à faire « de même » par « attraction » comme nous y invite aussi le pape François : « L’Église ne grandit par prosélytisme, mais par attraction »[5]. Il s’agit donc de créer une spirale vertueuse, ancrée dans la charité et la liberté où les élèves auront à inventer analogiquement leur manière de bien vivre. C’est dans cette liberté ouverte après le temps de tutorat que constitue l’éducation que pourront s’entendre et s’épanouir leurs vocations respectives.

 

Dans ce parcours en trois étapes, j’ai voulu parcourir quelques pistes ouvrant à une pastorale vocationnelle éducative nourrie de la lecture de la Bible, s’inspirant des attitudes du Christ pour rayonner au service des élèves : en les regardant avec Son regard, en se laissant toucher comme Lui, en invitant à agir de manière charitable selon son talent propre. Évidemment, dans cet article, je n’ai pas évoqué ici la possibilité d’un dialogue avec un élève pour parler explicitement de Dieu ou celle de l’accompagnement spirituel qui sont de hauts-lieux vocationnels mais que je ne peux vivre personnellement dans le cadre de mon établissement scolaire public et laïc. Donc il ne s’agit pas ici d’une annonce explicite de la foi ni des vocations « spécifiques » chrétiennes – sans que celles-ci soient écartées – mais bien d’une annonce implicite de l’amour du Christ en L’imitant : il s’agit ainsi d’une manière très concrète, très réelle de se mettre au service d’une pastorale des vocations en créant, au mieux, les conditions d’éclosion de celles-ci.

En guise de conclusion, j’aimerais simplement partager cette prière qui peut nous aider à entrer davantage dans une dimension vocationnelle plus explicite de notre mission au service de la jeunesse, de leur croissance, de leurs appels et de leur joie.

Quand on s’est mis devant le Christ en croix et qu’on se voit pécheur jusqu’au fond de l’être ;
Quand on se sait pardonné par le plus grand amour, on peut affronter le malheur du monde,
On peut annoncer une Église fondée sur Pierre, pécheur et pardonné.

Quand on rêve d’apporter la justice aux affamés, la joie aux malheureux, la paix entre ennemis,
Et qu’on a vu Jésus toucher les lépreux, embrasser les enfants et sécher les larmes des mères,
On peut oser lui demander d’être admis à sa suite, et de marcher parmi ses disciples.

Quand on a livré sa vie au Seigneur Jésus, quand on engage son existence dans une décision de fond,
On trouvera toujours dans le monde des frères et des sœurs, des hommes et des femmes sachant pour quoi ils vivent,
Et l’on verra paraître le vrai visage d’une Église accueillante et sereine au milieu des hommes.

Quand on a entendu les cris de détresse de la terre, et qu’on sent germer l’espoir aux quatre coins du monde,
On cherche à rejoindre le cœur de l’univers, le centre mystérieux de l’humanité,
Et l’on va se mettre au service de l’Église et du pape pour mieux entendre monter ces appels.[6]

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Pour citer cet article
Référence électronique : Isabelle de La Garanderie, « Consacrée en éducation prioritaire : une vocation au service des vocations ? », Educatio [En ligne], 9 | 2019. URL : http://revue-educatio.eu

Droits d’auteurs
Tous droits réservés

*Vierge consacrée du diocèse de Nanterre, agrégée de Lettres modernes enseignant en REP et étudiante en théologie au Centre Sèvres (Paris).

[1] Saint Ignace de Loyola, « Principe et Fondement », Exercices spirituels, §23.

[2] Paul Baudiquey, Méditation devant le tableau de Rembrandt Le Retour du Fils prodigue (Musée de l’Ermitage, Saint Pétersbourg). On peut notamment la lire intégralement ici :  https://www.orleans.catholique.fr/images/aller-plus-loin/meditation-tableau-rembrandt.pdf

[3] Adolphe Gesché, La Destinée – Dieu pour penser, t. v, Cerf, 1995, p. 23.

[4] William Spohn, Jésus et l’éthique « va et fais de même », Lessius, coll. Le livre et le rouleau, 2010, p. 83.

[5] Pape François, exhortation apostolique Evangelii Gaudium, 24 novembre 2013, §14.

[6] Prière du p. Jacques Guillet, s.j.