L’enseignement de la culture religieuse par l’université laïque et républicaine

Marion Le Corre-Carrasco et Philippe Merlo-Morat (sous la direction de)
Lyon – GRIMH – 2018 – 160 p.

Poursuivant la copieuse série des publications sur la laïcité, ces Actes d’un  Colloque, tenu les 18-19 mai 2017 à Lyon, présentent une originalité : ils traitent de l’enseignement de la culture religieuse au sein de l’institution universitaire et, en outre, avec beaucoup de liberté de ton et dans un esprit d’orientation. Cela change des propos convenus ou hargneux sur « les valeurs », et est assez rare pour mériter d’être signalé !

D’emblée, le Professeur Foray pose la question : « un enseignant tenu au devoir de réserve peut-il à bon droit faire cours sur les religions ? » (p. 15). Et il y répond en posant 4 conditions : d’abord, il s’agit de « transformer des contenus religieux en objets de savoir » (p. 15) ; de plus, l’idée ou la croyance ne bénéficie ni d’un privilège, ni d’un monopole ; en revanche, la culture requiert de les connaître ; aussi bien, comme l’avait déjà fait remarquer Paul Ricœur, est-il admissible que l’élève connaisse bien Jupiter ou Ulysse, mais n’ait jamais entendu parler de la Bible ou de St Paul ? Comment justifier ces mises à l’écart ? Enfin, « les discours scientifiques et religieux ne peuvent pas être comparés parce qu’ils n’ont pas le même type de validité » (p. 19).

C’est précisément l’idée que soutient aussi Mme Moulin-Civil, alors rectrice de l’Académie de Lyon, en des termes qui méritent d’être intégralement cités : « il n’y a pas de concurrence entre science et religion parce qu’elles ne parlent pas de la même chose… le degré de certitude peut être équivalent, mais il ne repose pas sur les mêmes bases. Dire qu’une chose ne peut pas être prouvée ne signifie pas qu’elle soit illusion, illogique, infondée, absurde ; cela signifie simplement que cela se situe en dehors de ce que la raison peut confirmer ou infirmer. Donc, science et religion ne parlent pas de la même chose, n’ont pas la même méthode, ne reposent pas sur les mêmes fondements » (p. 37 ». C’est pourquoi René Rémond pouvait écrire : « la proposition de faire une place dans des programmes scolaires au fait religieux… est d’abord une exigence proprement scientifique : le fait religieux fait parti de la réalité sociale, au même titre que tout activité collective ».

Il s’impose de signaler aussi tout particulièrement l’excellente communication de Xavier Dufour : « pour une laïcité d’intelligence ». Bien connu pour ses publications sur « les chemins de la foi », au sein du Collège des Pères Maristes de Lyon, il montre en particulier que la croyance -ou la foi- n’est pas le résidu d’une évolution mentale avortée ou incomplète qui, respectée en tant que telle, justifie le dédain dû à un genre mineur : « il faut dénoncer les ravages du positivisme et du scientisme dans la culture en général et la culture scolaire en particulier la démarche scientifique comme la seule approche légitime du réel » (p. 79). Assimiler science et vérité est, en définitive, un signe d’inculture : c’est pourquoi les enseignants des disciplines « scientifiques » devraient être formés à l’épistémologie, « afin de ne pas confondre les niveaux de discours » (p.80).

La tonalité de ces Actes est originale et bienvenue, c’est un pas dans une bonne direction : en dépit de leur titre, on voit mal pourquoi cet enseignement ne serait pas à sa place dans une université « républicaine » (p. 1)

Guy Avanzini