S’épanouir en lycée professionnel dans le sillage de Don Bosco

Jean-Marie Petitclerc (sous la direction de)
Paris – Ed. Salvator – 2018 – 206 p.

Convaincre que l’inscription en lycée professionnel n’est pas fatalement le signe et la promesse de l’échec scolaire et social, telle est l’intention paradoxale de cet ouvrage. Mais n’est-elle pas bien présomptueuse, voire euphorique ? Elle se heurte en effet à la conviction séculaire qui, héritée de la culture gréco-latine, n’a cessé de nourrir le mépris des tâches manuelles et de ceux qui les accomplissent. Et la valorisation de l’Ecole a, de nos jours, fortifié ce préjugé en voyant dans le succès scolaire le véritable indice de l’intelligence et le seul fondement légitime de l’ambition. Soutenir que le lycée professionnel pourrait être un lieu d’épanouissement paraît donc dérisoire.

Telle est cependant l’hypothèse que risque ce livre, qui entend bien ébranler ces représentations funestes : Pour lui, le lycée professionnel, « c’est une véritable opportunité à saisir » (p.18). Encore n’est-ce ni fortuit ni magique, mais subordonné à un renversement du regard de l’élève et de celui-ci sur lui-même. Il est arrivé découragé, voire révolté, convaincu de sa médiocrité, « décrocheur » promis à la marginalisation. Il ne pourra commencer à changer d’attitude que si les formateurs sont assez convaincus de son éducabilité et de sa perfectibilité pour l’amener à y croire aussi. A l’expérience de le confirmer, il réagira par l’effort pour la mériter. Ce nouveau climat affectif suscitera sa propre démarche de reconstruction, que la réussite confirmera. En d’autres termes, c’est la pédagogie salésienne qui le sauvera.

Telle est en effet, précisément, la spécificité de l’Institut Lemonnier, l’excellent lycée salésien de Caen, dont on sait l’inventivité pédagogique comme la fidélité créative à Don Bosco. Réunis autour du Père Petitclerc, une dizaine de ses professeurs ont entrepris d’analyser leurs pratiques. Si leur niveau d’écriture et d’analyse est inégal, tous cependant se retrouvent autour de l’anthropologie dynamique du « système préventif » qui, sans que ce soit perçu, marque décisivement l’histoire de la pédagogie. « C’est une particularité de ce lycée : de travailler sur l’être en tant que personne, et non en tant qu’élève » (p. 47). Les divers contributeurs convergent pour dire combien leur pratique les a, eux aussi, revigorés et « épanouis ». On est loin, ici, des lamentations redondantes sur « le manque de moyen », à la dénonciation duquel tant d’autres limitent leur regard. C’est « qu’il n’est pas anodin, pour un directeur, de voir, émerveillé, la métamorphose que la prise d’initiative donne à vivre aux jeunes » et de « partager avec eux le goût de la confiance » (p. 30). On les verra alors arriver d’un meilleur statut social que tant de ceux que des diplômes sans portée condamnent au chômage. Quand ceux qui ont charge de l’Ecole consentiront-ils à s’en apercevoir ?

Guy Avanzini