Comment réhabiliter, promouvoir et intégrer et réintégrer la sensibilité dans l’éducation ?

Michel Raquet

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Résumé
 : Dans notre culture de la performance, et du profit, il est urgent de revaloriser la sensibilité et d’apprendre à l’intégrer à sa personnalité. Car la vie est sensibilité, les relations humaines sont pétries de sensibilité. La promotion de la sensibilité exige d’inverser la hiérarchie commune de valeurs et de pratiquer une écoute de notre ressenti, au sein des différentes relations constitutives de notre être. Concrètement, il pourrait s’agir de repenser les bâtiments de l’école, de questionner l’alimentation, de proposer une nouvelle pédagogie qui fasse davantage place au corps, aux arts, au travail manuel, comme aux rythmes naturels, sans oublier, la sensibilité spirituelle… rien de moins !

Mots clés : Laudato Si’, écologie intégrale, sensibilité, écoute, éducation, intelligence émotionnelle, construction de soi

Introduction

La notion d’écologie intégrale selon Laudato Si’ fait valoir la conception relationnelle des êtres créés, enracinée elle-même dans les relations trinitaires (chap. 6). Cela est particulièrement vrai de l’Homme défini comme une personne et qui se construit autour de ses trois dimensions constitutives : corps, âme et esprit. Pour répondre à la crise actuelle et à « l’éclatement » du monde, l’encyclique Laudato Si’ utilise le leitmotiv « tout est lié » qui déploie la notion d’écologie intégrale : cette expression peut s‘entendre comme « tout est à relier », que ce soit au point de vue philosophique, éthique, théologique, axiologique ou personnel, car, de fait, la crise actuelle humaine et environnementale a révélé bien des déséquilibres dans les relations, voire des ruptures de liens tous azimuts.

Or justement, la modernité a survalorisé la pensée ratiocinative et créé un réductionnisme scientifique devenu monisme explicatif de la réalité, tel qu’il est dénoncé au chapitre 3 de l’encyclique. Elle a prôné la supériorité de la pensée sur le corps, de la culture sur la nature en les séparant par dualisme. Elle a dévalorisé la place du sensible et des affects, -et concomitamment du travail dit manuel-, de la beauté et de la poésie, pour survaloriser « l’esprit de géométrie » en l’Homme et la course à l’utile, l’efficace, et le maîtrisable dans la société. Ainsi la modernité a favorisé une mauvaise intégration des trois dimensions de l’être humain -corps, âme, esprit-, entraînant une perte de paix intérieure, d‘empathie envers les autres et le cosmos. De fil en aiguille, l’homme occidental est devenu sujet « anthropocentré », puis individu. Le culte contemporain de l’ego est peut-être le dernier témoin de cette évolution. Tout cela n’a pas été sans conséquence sur la société comme sur l’environnement.

Pour participer à un certain ré-enchantement du monde, et à ce que Jacques Tassin appelle « une écologie du sensible »[1], je voudrais faire davantage comprendre le rôle du sensible, du ressenti et de l’intelligence émotionnelle dans la construction personnelle et revaloriser leur place dans la société en proposant quelques pistes qui me paraissent utiles à l’éducation de nos jeunes, spécialement au sein de l école.

I- Prendre conscience des déséquilibres et des carences de notre culture

Nul besoin de développer l’hégémonie de l’intellectualisme[2] dans notre Occident tel qu’il s’est dessiné depuis le XVIIe siècle, avec la naissance de la méthode scientifique puis de la philosophie des Lumières. Ce primat théorique, plus récemment axiologique, s’est assis davantage dans la culture après la disparition du courant romantique à la fin du XIXe ; le succès des sciences et de la technologie, l’économie de marché puis le néolibéralisme au début du XXIe ont achevé la domination du rationalisme moderne dans la société[3].

Dans le monde scolaire, ce mouvement de pensée se traduit par le triomphe des « mathématiques modernes », le cursus de l’excellence qui semble aujourd’hui totalement replié sur le bac S, et par le prestige accordé spontanément aux filières des grandes écoles, ou au diplôme d’ingénieur dans le monde du travail.

Une telle hégémonie ne s’est pas faite sans une dévalorisation concomitante, celle des filières dites littéraires. Et que dire des filières technologiques[4] et même des parcours universitaires et des formations courtes… Quoi qu’il en soit, et plus fondamentalement, un tel déséquilibre s’est constitué et s’est enracinée dans la pensée par le refus plus ou moins conscientisé ou avoué d’une rationalité ouverte, d’une logique inclusive, et du raisonnement d’analogie[5] et dans la société, par la mise en « cage » de la sensibilité, désormais acceptable seulement dans le domaine de l’entertainment, du loisir et de la détente.

Prendre conscience des clichés et des réductionnismes concernant la sensibilité

En effet, les domaines « extra scientifiques » sont victimes depuis des décennies de la propagation de clichés relevant d’un fort réductionnisme de la pensée. Le rêve, la pratique des arts, -excepté peut-être la musique car d’apparence plus « mathématique » – la création littéraire, et l’expression de ses émotions, de son ressenti -du moins en public-, sont relégués à certaines catégories de personnes ou tolérés dans l’éducation et dans la société « pour les femmes et les enfants »[6]. Mais un homme « un vrai » et aujourd’hui, une femme « libérée », ne peuvent se le permettre. Cette mentalité de style « macho » relève le plus souvent du non-dit, mais n’en est pas moins réelle et dominante.

On aura tendance à taxer d’hypersensibles les profils émotifs ou trop réactifs dans le monde du travail et à privilégier l’endurci, le carriériste forcené[7]. L’évolution est sensible depuis quelques années ! Dans le monde du travail, le crédit est d’emblée accordé aux personnes présentant une posture « sérieuse », sans empathie, au langage formaté digne d’un entretien pour préparer HEC. En revanche sont déclassés les profils plus vifs, spontanés, moins calculateurs[8].

En deçà de ses codes sociaux, l’Occident actuel considère a priori que la connaissance du réel, la juste appréciation des choses, ne relèvent que de l’exercice de la raison, certes appuyée sur les cinq sens, mais vérifiée par la distanciation logique et conceptuelle (intellectualisme). Par-là, la sensibilité est réduite aux informations sensorielles strictes, en privilégiant la vue et l’ouïe au détriment des sens jugés plus ancestraux comme le toucher, le goût ou l’odorat, et des émotions, du ressenti, et des affects.

Le recours à la psychologie n’est jugé utile que pour rester efficace et performant dans un monde technique dans lequel la personne doit « fonctionner », calculer, produire, faire des projets pour gagner, réussir, augmenter le chiffre d’affaire ou de clients … Le vocabulaire de « l’excellence » est redoutable et révélateur à ce sujet, tout comme les maitres-mots de l’évaluation, du contrôle et de la qualité qui ne sont pas sans ambiguïtés et dangers[9].

A notre époque, bien que l’on parle facilement de « sexe », du plaisir charnel, on se doit d’être plus ou moins asexué, sans goût ni saveur, afin de « passer partout », style « métrosexuel ». Fis d’une réelle sensualité qui relève pourtant de la sensibilité, intermédiaire entre le corps biologique (et la génitalité) et l’intellect !

Paradoxe encore dans l’injonction de communiquer, de démocratie participative, lorsque les conditions de dialogue et de respect, de bienveillance et d’écoute n’existent pas ou sont très défaillantes… Or celles-ci relèvent essentiellement du côté sensible de notre humanité.

Comment s’étonner alors de la platitude, du peu de relief des gens bien en vue aujourd’hui, c’est-à-dire aux postes de responsabilités, ou médiatisés et donc modèles potentiels pour des jeunes, si on se réfère aux fortes personnalités que nous avons pu connaître dans la période de l’après-guerre ? Voilà sans doute le signe d’un sérieux problème dans la construction de soi, familiale, personnelle et culturelle, en lien avec la revalorisation sociale de la sensibilité.

La vie est sensible, elle est sensibilité

Or la vie complète, intégrale, est sensible. Les premiers biologistes au XIXe siècle, parlaient d’irritabilité pour désigner cette propriété essentielle de la cellule ou de l’organisme vivant. Un caillou ne ressent pas, pas plus qu’un produit chimique, mais une cellule vivante en revanche se rétracte sous l’effet d’une piqûre causée par un fil de verre étiré.

Les relations humaines dont les professionnelles sont pétries de sensibilité et traversées de sensibilité : La sympathie ou l’antipathie, l’influence de la météo sur le moral, la présence ou l’absence de végétation autour de soi, les parfums, les odeurs, l’habillement plus ou moins bien choisi ou imposé par la mode, les codes d’appartenance communautaire ou sociale, etc.

La sensibilité peut être ignorée, elle n’en n’est pas moins présente. Ne force-t-on pas la signature de contrats lors d’un bon repas, dans une certaine ambiance, en vue de vaincre les réticences et les objections les plus rationnelles ? Et les grands manipulateurs le savent bien : tout en affectant le contraire, ils jouent parfaitement sur l’inconscient, le ressenti de leur interlocuteur qu’ils cherchent à influencer.

En ce domaine, la neurophysiologie vient au secours du bon sens : elle montre que le choix d’une profession procède souvent plus par association d’un élément plaisant, d’un ressenti positif, que par l’évaluation froide de ses capacités réelles. On apprend par curiosité, mais on dit détester telle matière scolaire parce qu’on n’apprécie pas tel enseignant[10] ! L’enthousiasme du chercheur, la satisfaction du manager, l’envie de cuisiner ne relèvent pas de la raison étroite mais du ressenti et de la motivation intérieure conséquente, construite par des associations émotionnellement satisfaisantes et riches.

Que serait l’innovation que l’on met en avant aujourd’hui, sans l’imaginaire, sans le goût pour créer, fabriquer du nouveau, et apporter de la valeur ajoutée, sans le besoin d’embellir le quotidien ?

Pour revenir à la construction de soi, l’intégration de sa sensibilité, de ses affects, de ses émotions est essentielle sous peine de profond et durable déséquilibres, frustrations cachées, voire de l’apparition de tendances névrotiques ou autistiques[11].

Le monde éducatif manifeste, à ce sujet, une véritable schizophrénie : tout en valorisant les filières scientifiques, il semble tolérer l’enseignement de la musique, de la poésie dans les programmes scolaires comme un à-côté optionnel, temporairement utile dans la formation des jeunes, sans leur accorder à ces matières une place réelle dans l’avenir concret et social des jeunes.

Plus largement, il est crucial de comprendre qu’une culture est profondément humaine quand elle accepte de donner une place à la sensibilité, à l’empathie, à la beauté et à la poésie et qu’elle l’assume.

Rien de pire qu’une réunion professionnelle sans relief, sans échanges vrais et sincères. Rien de pire qu’un monde technoscientifique, administratif, avec des règlements tous azimuts et froids et une bureaucratie envahissante. Nous savons que le monde de l’Internet a profondément bouleversé les relations humaines dans le cadre professionnel comme dans le cadre privé : on échange des informations, on ne communique plus. On écrit par mails des formules de politesses toutes faites, on ne téléphone même plus à son collègue, ce qui permettait de se soucier réellement de lui, savoir s’il allait bien aujourd’hui… Bref, on assiste à un terrible appauvrissement des relations humaines, sous la pression de l’efficacité et de la rapidité[12].

Déséquilibre contemporain

Notre monde contemporain, dit post-moderne, qui montre un profond déséquilibre au niveau de la sensibilité, oscille en permanence entre deux pôles : l’hypersensibilité et l’insensibilité. La personne qui appartient à la première catégorie est décrédibilisée, et plutôt favorisée si elle se révèle insensible. Or la vie en société par ces deux extrêmes : l’insensibilité frisant l’autisme et l’indifférence, et l’hypersensibilité pouvant paralyser en se sentant agressé continûment.

Dans notre monde de comptabilité, de performance, de rivalité exacerbée, de recherche démesurée de réussite et de profit personnel ou financier, le profil de l’insensible est valorisé, comme signe de maîtrise de soi, de performance au travail. On favorise l’accès au poste de responsabilité les profils quasi-autistes : (très) fort dans un domaine socialement accepté – le rationnel, le mondain-, et en même temps très fragile dans une partie occultée de soi (plan psychoaffectif). Comment s’étonner ensuite des dégâts sur le personnel liés à de telles formes d’autocratie arrogante et incapable de « sentir » et de se laisser affecter par les autres, qui ne sont plus que des chiffres, des pions[13] ?

Les racines historiques de la dévalorisation sociale de la sensibilité remontent à l’augustinisme du Grand Siècle qui mit en avant la raison calculatrice et logique, et la volonté au détriment de la mémoire et de l’imagination, avec le modèle du « parfait », du janséniste, du « dévot ». Le grand Arnaud, Nicolas Malebranche sont les porte-étendards de ce déséquilibre pathétique et historiquement terrible qui refusa la part animale de l’humanité en produisant une philosophie dualiste du sujet pensant – cogito ergo sum– et du corps qui ressent. C’est le corps qui est victime des passions que la raison et l’éducation volontariste doivent éteindre. Quitte à créer un monstre de froideur, de logique implacable, et globalement, un monde sérieux et moralisateur[14].

Nous vivons les ultimes conséquences de ce déséquilibre par carence de sensibilité. Dans le domaine de l’écrit, il se manifeste dans le triomphe des rapports d’expertise, de notes d’évaluation au détriment de l’expression poétique[15], nuancée, pluridisciplinaire et en fin de compte personnelle.

Dans le rythme de vie frénétique de l’occidental, la rapidité exigée, les raccourcis de pensée, l’injonction d’une synthèse immédiate procèdent de ce même déséquilibre, tandis que la sensibilité demande pour s’exprimer du temps et un dialogue avec la pensée pour la nourrir et la nuancer. Le contemporain est dans l’action, plus précisément dans l’agitation, il n’a pas le temps pour les émotions et l’empathie. L’occidental est consommateur du café et un temps prend des neuroleptiques pour dormir !

La survalorisation sur la sensibilité, la mémoire, et la créativité d’une raison froide et calculatrice alliée au volontarisme augustinien, se traduit alors naturellement dans l’exaltation de l’extériorité, de l’efficacité et la dépréciation de l’intimité, du relationnel, et de la sincérité interpersonnelle. Elle se manifeste aussi dans le triomphe de l’analyse sur la perception du tout, dans l’atomisation du réel (un objet, une molécule, une carrière, un individu) sur la considération harmonieuse du tout (paysage, environnement, personne, famille, société). En France, c’est le primat du jacobinisme centralisateur. Il n’est pas étonnant que le gris (« la matière grise ») soit la couleur de la France selon François Mitterrand et non le bleu (du ciel) !

La prise de conscience de nos carences et de nos déséquilibres demande une dénonciation forte de « la pensée de métal »[16] et de sa place dominante. Pour l’ébranler, il convient de façon plus positive et complémentaire de promouvoir un ensemble de domaines d’activité, une série de postures intérieures différentes, et de proposer ensuite des moyens concrets adaptables à la vie sociale.

II- Promouvoir la sensibilité

Cette promotion souhaitée de la sensibilité exige d’inverser la hiérarchie commune de valeurs, et de refuser certaines priorités que notre culture s’est donnée à elle-même et qui par l’éducation et la construction personnelle, produisent un type d’homme et de femme incomplets sur le plan affectif et sensible. C’est pourquoi il faudra envisager également, du coté personnel, la sensibilité comme écoute de notre ressenti, au sein des différentes relations que nous entretenons avec nous-mêmes, avec les autres, avec le monde et avec Dieu[17].

Les priorités de la modernité à inverser

Sur le plan de l’histoire des idées et des mentalités, les temps modernes sont caractérisés par la volonté d’expliquer le monde par une démarche analytique et méthodique, avec la création de la science dite « moderne »[18] et de gérer la vie politique par la raison déductive, géométrique avec la création de l’État moderne.

En effet, depuis Galilée et surtout Descartes, le monde est décrit a priori comme une machine dont il faut démonter les éléments et connaître leurs interactions pour le comprendre et le dominer : « Se rendre comme maître et possesseur de la nature »[19].

La société, quant à elle, est perçue comme indispensable pour sortir d’un état naturel [20], et doit être organisée sur la base d’un contrat social en donnant à la sphère publique une raison supérieure à la morale individuelle (Hobbes, Machiavel).

C’est le triomphe de l’esprit de géométrie sur l’esprit de finesse, au grand dam de Pascal, le recours à une explication causale à la fois linéaire et diachronique[21], reposant sur une logique exclusive (avec le principe de non-contradiction), et à la fois réduite au formel et au matériel[22].

L’humain est décrit comme un sujet (pensant) –cogito ergo sum-, qui fait des êtres environnants des objets (d’étude). Il ne fait plus partie de la nature, mais de la culture qui l’affranchit des contingences et des dépendances matérielles selon la philosophie des lumières.

Dans ce contexte historique et idéologique, sous-tendu par le mythe du progrès, naissent le capitalisme et la civilisation du confort, l’invention du « citoyen du monde » de Kant, de l’homme rationnel, civilisé, qui se juge au-dessus du « naturel » ou du « sauvage ».

Les inventions techniques sont époustouflantes et nourrissent aux yeux de tous le succès du progrès. Le mode de vie privilégié par la culture de l’époque devient celui de la ville, de la propriété et de l’ordre public que la politique a placé au sommet de son action et non plus le bien commun. La vie moderne devient lieu d’agitations, du temps compressé, de la planification, et l’ère industrielle achèvera dans la population cette rationalisation du temps[23] : c’est le règne de l’efficace, de l’utile, de la simplification du réel, de la conquête et de la domination. La règle devient penser mathématiquement (expliquer rationnellement) et agir dans le sens du progrès c’est-à-dire de transformer le réel et le présent, car le passé est « dépassé » et toujours insatisfaisant, plutôt que ressentir, éprouver, juger, transmettre.

C’est l’installation de la pensée dualiste en ses composantes : corps/âme, nature/culture et public/privé, sujet/objet. C’est apparition de l’anthropocentrisme moderne dans lequel l’homme est mesure (rationnel) de toute chose pour paraphraser Démocrite[24].

Écouter

De façon mystérieuse et révélatrice en même temps, l’équilibre bénédictin – résumé par la devise « ora et labora » définie par la règle de Saint-Benoît qui débute par l’injonction à écouter[25]-, s’est inversé en Occident moderne. Labora, travaille, est devenu : transforme le réel toujours insatisfaisant, mais si possible fais-le par les autres ou par des machines ; ora, prie ou médite, est devenu : calcule pour réussir mais fonce toujours, ne prends pas le temps de souffler et de méditer sur ta vie !

A contrario, écouter le réel, l’accueillir en soi doit alors redevenir une priorité. Dans une perspective d’écologie intégrale, c’est-à-dire comprendre et vivre que « tout est lié », il s’agira de placer l’écoute au niveau des quatre relations fondamentales et constitutives : avec soi, avec les autres, avec le monde et la nature, et avec Dieu[26] .

S’écouter tout d’abord ! Dans le jansénisme et ses avatars ou relents historiques, la peur de nourri l’orgueil a eu pour conséquence dramatique de ne plus apprendre à écouter son corps quand il souffre, quand il est fatigué ou abîmé. La peur de la sensualité a conduit à se méfier de nos sens, la peur des passions de n’avoir que des sentiments nobles et purs .

S’écouter, c’est d’abord ressentir, être présent à soi ici et maintenant, dans cet instant et dans ce lieu, en prenant conscience de mon ressenti immédiat, de la limpidité ou non de mes pensées, etc.

Cette écoute possède l’épaisseur de mon être : la vie de mon corps qui s’exprime grâce à une sensibilité interne (sensation de chaleur ou de froid, bien-être malaise, gestion tranquille ou non etc.), les émotions qui  m’assaillent ou qui s’apaisent, l’univers de mes sentiments négatifs ou positifs (colère, paix, injustice, satisfaction, peurs, aspiration bien, au vrai et au beau.. .), mes désirs (sexuels -mais oui, les fantasmes sont toujours fabriqués par mon inconscient-, la faim, la soif, l’envie de bouger ou de me reposer.. .)

Écouter les autres ensuite, et pas seulement quand ils parlent ou s’expriment par écrit mais quand ils communiquent parfois malgré eux, leurs gestes, leur attitude. Cela suppose d’avoir conscience de leur présence et d’avoir envie d’en tenir compte, par empathie. Sans ce désir de les écouter, pas de relation partagée et réellement réciproque : comment prendre soin de l’autre si on ne prend pas la peine de l’écouter au sens large du terme. Certes, rien n’est facile dans ce domaine, !

L’écoute au sens large inclut celle des maîtres, des enseignants, des parents, des anciens présents ou non, par le biais de la littérature, de l’histoire. Elle nécessite de faire taire, au moins pour un temps, son ego et d’opter pour une attitude de docilité et bienveillance, de respect de l’expérience et de l’âge. Cette écoute peut renseigner aussi sur un danger potentiel qui pourrait venir de la part des autres : agressivité, manipulation ou sur leur détresse ou leur malaise…

A une autre échelle, écouter l’autre, c’est écouter les autres quand ils peuvent me conseiller, m’apporter une expérience, une ouverture d’esprit que je n’ai pas, voire la connaissance d’une autre culture. Mais l’écoute sensible est un préalable indispensable. Cette disposition intérieure n’exclut pas le jugement personnel, la prise de distance intelligente et sage, l’examen critique en un second temps !

L’écoute de la création et des autres créatures

Si la nature est « un livre »[27], elle ne se lit pas comme un livre. Si la nature parle, elle ne parle pas comme nous[28]. Alors comment l’entendre ? Au moins comment l’écouter, la ressentir en allant à sa rencontre, en l’accueillant soit. C’est le rôle de la sensibilité et cela se fait par notre corps[29] .

L’écoute demande une immersion, même fragmentaire par le toucher, le contact et plus largement par l’écoute et par les sens. La prise au sérieux de la matière, le ressenti de l’air, le râpeux des spores présentes sous la feuille d’une fougère, la mélodie du rossignol ou le jacassement de la pie, le roucoulement parfois pénible de la tourterelle…

Sans la sensibilité, la nature reste opaque, il faudra la forcer à parler ou projeter sur elle des idées extérieures pour l’expliquer[30]. Sans la sensibilité, comment peut-on la rejoindre, dans son existence, percevoir les dangers qu’elle peut présenter dans sa face sauvage, ses besoins et sa souffrance, quand elle a malmenée la sécheresse, la surexploitation, l’asservissement ?

Le monde prend sens quand je comprends que le rougeoyant du cocher de soleil parle à mon âme différemment du bleu acier de certains ciels d’hiver froids et secs, quand je ressens de l’irritation au bruit d’une femelle moustique en quête de sang ou quand je suis ému par la sensibilité craintive du petit faon aperçu au loin. L’expérience de contempler, allongé par terre un soir d’été, l’admirable Voie Lactée, me parle de l’immensité divine et ne peut être remplacée par rien d’autres au monde.

Certes, cette écoute demande un apprentissage, une transmission, une éducation, un éveil, mais elle n’en demeure pas moins une œuvre intime, que personne ne peut faire à ma place. Se sentir relié à tout l’univers, c’est commencer par l’écouter en ces éléments physiques, naturels, changeants, uniques ou répétés. C’est entrer dans une sensibilité poétique, qui me fait toucher du doigt le mystère de l’existence et le jaillissement secret de toute chose[31] .

III- Pistes de réhabilitation de la sensibilité dans le cadre scolaire

Des outils intéressants sont donnés sur le site de l’UNESCO ou sur le site gouvernemental en vue de valoriser le développement durable à l’école, qui, sous bien des aspects, n’est pas très différent de l’écologie intégrale prônée par le pape François[32]. J’aimerais ajouter quelques idées concrètes pour aider humblement les équipes et communautés éducatives à valoriser la sensibilité, à mieux l’intégrer dans le parcours et l’environnement éducatif. Ce sont des suggestions, parfois provocantes, je peux l’admettre, et à rebours de vingt ans minimum, de choix, d’orientation plus ou imposés.

Repenser les bâtiments et la cour de l’école

Puisqu’un jeune passe plusieurs heures de sa journée à l’école, l’on comprend que certains s’y pensent en prison, tant les matériaux que l’architecture s’en rapprochent parfois !

Prendre au sérieux la question de la sensibilité demande de s’intéresser aux questions architecturales par :

– l’utilisation réfléchie de matériaux plus naturels,
– la prise en compte de l’orientation Est/Ouest/ Nord-Sud adaptée au climat et au lieu,
– le verdissement des locaux[33],
– la lutte contre l’uniformisation des bâtiments entre eux et en leur intérieur,
– la recherche d’harmonie entre les angles droits, les carrés, les ovales et les ronds,
– la création d’un centre comme une cour d’honneur par exemple,
– la création de couloir de circulation larges et éclaires,
– et la décoration intérieure des classes.

La question des couleurs est importante pour éviter les coloris ternes ou au contraire agressifs et sans harmonie les uns avec les autres. À ce sujet, une attention spéciale pour l’éclairage dans la mesure où les néons et les LED dits à lumière chaude émettent beaucoup de lumière verdâtre assez déprimante et délétère pour le moral.

Il faut aussi souligner la question de l’aération les salles et de permettre aux élèves de voir, quand ils sont assis, sinon de la verdure, au moins un peu de ciel !

La cour d’école est un vaste chantier, compte-tenu parfois du peu de place qu’il lui est accordé. Il serait bon :

– d’éviter d’imperméabiliser la totalité de cette cour et de revenir de la pouzzolane par exemple, et en évitant l’asphalte ou le « minéral », privilégier d’autres coloris que le gris ou noir,
– de planter des arbres, et pas seulement se contenter d’un unique platane ou d’un cèdre au centre de la cour !
– de penser son implantation dans l’ensemble des bâtis, en tenant compte de la circulation des jeunes, et de l’importance concrète d’avoir un centre géographique et un lieu de rassemblement.

Repenser la journée, voire le calendrier scolaire tout entier

La règle actuelle des 5 semaines de cours et des 2 semaines de repos ne correspond pas au rythme de la vie et des saisons. Le temps biologique, cosmique, n’est pas uniforme. Il serait bon de revenir à deux vraies coupures des vacances de Noël et de Pâques et de raccourcir les vacances intermédiaires. En revanche, vers la fin de l’année, un jour férié ou deux de temps en temps pour reprendre souffle, comme les ponts de mai, sont à maintenir, de la même façon que l’on fait des micro-siestes à défaut de pouvoir dormir la nuit suffisamment mais qui permettent de « tenir »[34].

De la même façon, il serait bon d’éviter le compresser les horaires en agrandissant le temps de midi pour permettre la détente et la digestion, en laissent quelques plages horaires supplémentaires pour l’étude et certainement en revenant à 4 jours et demi par semaine de cours. Il ne s’agit pas de télécharger le plus rapidement possible un contenu informatif dans le cerveau des jeunes, mais de leur donner le temps d’assimiler, d’intégrer, et de grandir !

Dans la journée, sans doute en s’appuyant ce qui est fait à l’école allemande, repenser la répartition des cours entre le matin et l’après-midi selon le type de matière. En général, on s’aperçoit que les études neurophysiologistes les plus récentes donnent souvent raison aux anciennes méthodes d’apprentissage, elles seraient à consulter pour le rythme scolaire !

La place du corps

Je serais tout à fait favorable d’imposer chaque matin, 10 minutes de gymnastique obligatoire, avec des exercices d’assouplissement et pourquoi pas une petite chorégraphie pour « dérouiller » les articulations ! En tous cas, des exercices de respiration à cette occasion, comme lors de la préparation au chant, me paraissent essentiels, ne serait-ce que pour calmer les générations d’hyperactifs et de stressés que nous fabriquons… Mais aussi pour prendre conscience du souffle, de l’air, du rythme vital qui nous relient à l’univers.

La marche pourrait être davantage valorisée plutôt que de prendre systématiquement une voiture ou un bus, à condition que les cartables ou sacs soient peu lourds…

La question du costume à l’école devrait être reposée sans idéologie ou jugements préconçus et sans revenir non plus à la jupe bleu marine ou à la cravate so british ! Mais pourquoi pas une couleur par niveau ? Ou pour le niveau Primaire, le collège, le lycée ? Le sens du vêtement en anthropologie est une question sérieuse, qu’on a vendue en quelque sorte à l’injonction de la mode, diktat bien trop imposant sur les jeunes et discriminant par ailleurs entre les milieux sociaux ou les communautés. On se change bien pour faire du sport, ou pour un bal ou un mariage, pourquoi ne pas se changer pour aller à l’école ? Cela met en condition et redonne du sens à ce que nous allons vivre.

La différence sexuelle d’un côté, constitutive de l’humanité quoiqu’on en dise, et la disparition du rôle du père en Occident depuis trente ans historiquement et psychosocialement constatée[35], devraient obliger à repenser la mixité. Envisager la possibilité des classes de filles et des classes de garçons mais au sein d’un même établissement ? Favoriser en plus du sport, des classes non mixtes pour certains cours ? En revalorisant le rôle et la place de l’enseignant dans la société, attirer des hommes dans ces filières[36] alors qu’elles sont très largement féminisées aujourd’hui, pour que les élèves en déficit de figure paternelle puissent au moins avoir un enseignant « mâle » dans leur parcours (je dirai la même chose mais à l’envers, si les femmes étaient trop peu nombreuses !)[37]

L’alimentation et la boisson

Sans parler d’une alimentation moins riche en viande et issue de l’agriculture raisonnée ou « biologique », il serait bon de reposer la question de la convivialité spécialement parce que l’on a imposé des self-services dans tous les établissements. Manger devant un plateau n’est pas la même chose que manger autour d’une table en partageant les mêmes plats… Cela demanderait-il que les enseignants mangent au milieu des élèves, et que soit valorisé le mélange des générations ? Sans parler de mettre moins de distance entre l’enseigné et l’enseignant, sans pour autant gommer la fonction hiérarchique indispensable à la transmission.

Il serait tout à fait souhaitable, sinon que les jeunes puissent jardiner et pourquoi pas manger ce qu’ils ont cultivé, en tout cas que chaque établissement possède un jardinier et un potager grillagé, visible de l’école, et dont les produits seraient servis à la cantine. Ainsi concrètement serait gardée en mémoire l’origine de la nourriture et retissé le lien avec la terre et le monde des paysans.

Pour ce qui est de la boisson, si on ne peut avoir de l’eau de source à la place du village, une fontaine pourrait signifier symboliquement que l’eau vient de la terre (mère) et qu’elle est un élément vital fondamental.

Revaloriser le travail manuel et créatif

Avec tout ce qui a été dit sur la sensibilité, et l’importance du développement intégral (complet) de chaque jeune, comment ne pas donner de l’importance concrète aux arts dans l’éducation des jeunes[38] ? Apprendre le solfège et le chant, peindre et dessiner, danser, faire du théâtre, participer à des projets d’architecture ou fabriquer des maquettes, composer de la poésie ou la déclamer en public, lire des grands auteurs… Lancer certains projets ou certains concours chaque année pourraient permettre aux élèves de se mettre au service du bien commun de la vie de l’établissement et de se montrer créatifs.

Plus largement, repenser la séparation filière classique et filière dite professionnelle pour ne pas revaloriser la seconde. Peut-être tout simplement faire cohabiter sur le même site les deux parcours.

Une nouvelle pédagogie

Sans en rajouter par rapport les textes innombrables émis par éducation nationale, depuis plusieurs décennies, il me semble important de repenser la pédagogie en acte :

– en faisant davantage travailler la mémoire visuelle ou auditive,
– en proposant des séances de lecture collective de grandes œuvres pour donner le goût de lire nature plutôt que d’apprendre à faire des analyses de texte intéressantes, certes, mais qui relèverait peut-être plus des études supérieures que du lycée,
– intégrer spécialement dans les cours des humanités la possibilité en petits groupes de faire des scénettes ou du sketch,
– n’oublions pas que donner un cours est un jeu, une mise en scène avec un côté nécessairement théâtrale qu’il ne faut pas gommer pour être conforme à une image lénifiante ou trop maternelle de l’enseignement,
– favoriser les sorties en plein air, les sorties culturelles en petits groupes,
– se relier à l’ensemble des hommes qui nous ont précédés, en intégrant l’histoire des découvertes dans toutes les disciplines, car ce qu’on enseigne aujourd’hui est issu d’une longue transmission-tradition,
– repenser le programme des SVT en partant des êtres vivants concrets en 6e et 5e et non de fonctions abstraites comme la respiration ou des éléments de génétique moléculaire décrits sans avoir les bases de la connaissance des formes de vie,
– faire travailler ponctuellement plusieurs professeurs en même temps pourrait être une très bonne idée pour varier les sensibilités et la diversité des approches, sur certains thèmes ou projets.

Sensibilité spirituelle

Pour ce qui est la valorisation de la dimension spirituelle qui nourrit l’ensemble de nos dimensions constitutives, et qui concerne aussi la sensibilité, il est important de :

– favoriser de temps en temps, quand on le peut, le silence, et les espaces de méditation,
– cultiver une « atmosphère » de joie et de paix,
– de favoriser une culture du débat et du dialogue avec l’apprentissage de l’argumentation, de l’esprit critique et du jugement esthétique,
– ne pas oublier non plus que la spiritualité ne se confond pas avec la religion.

Conclusion

Globalement à la fois pour la sensibilité et permettre à toute l’épaisseur humaine de se former, nous revenons à la question de la Culture et de la transmission adaptées aux élèves selon leur origine sociale et leur propre parcours, comme de leurs capacités à développer. Revaloriser ne signifie pas faire passer au second plan l’apprentissage classique et le développement des langues et du français, des exercices logiques des mathématiques, de la philosophie, etc. Mais cela signifie permettre un meilleur développement de tous les aspects qui nous constituent en tant qu’humain et image de Dieu, corps, âme et cœur, et semer pour l’avenir une génération plus équilibrée en général, plus ancrée dans le réel et la nature, plus attentive par empathie et compassion aux besoins des autres et de la nature. Car aimer c’est prendre soin, dit le pape François[39], et comment prendre soin sans être nous-mêmes des êtres doués de sensibilité et l’ayant bien intégrée en nous ?

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Pour citer cet article
Référence électronique: Michel Raquet, « Comment réhabiliter, promouvoir et intégrer et réintégrer la sensibilité dans l’éducation ? », Educatio [En ligne], 11 | 2021. URL : http://revue-educatio.eu

Droits d’auteurs
Tous droits réservés

[1] Jacques Tassin, Pour une écologie du sensible, éd. Odile Jacob, 2020.

[2] L’intellectualisme peut être défini dans son sens psychologique comme « Doctrine qui affirme la spécificité, l’antériorité ou la prédominance des fonctions intellectuelles par rapport aux autres aspects du psychisme, notamment par rapport à l’affectivité et à la volonté, qui sont alors considérés comme réductibles ou du moins subordonnés à l’intelligence. » selon le centre de national de ressources textuelles et lexicales CNRTL, https://www.cnrtl.fr/definition/intellectualisme

[3] Il faudra également faire mention du positivisme d’Auguste Comte, « qui se caractérise par le refus de toute spéculation métaphysique et l’idée que seuls les faits d’expérience et leurs relations peuvent être objets de connaissance certaine », et du scientisme, « Attitude consistant à considérer que toute connaissance ne peut être atteinte que par les sciences, particulièrement les sciences physico-chimiques, et qui attend d’elles la solution des problèmes humains. » selon le CNRTL.

[4] Voir l’article du sociologue Vincent Troger, « L’enseignement professionnel victime de l’académisme à la française » 2013, Points de vue, 18 janvier 2013, Observatoire des inégalités, https://www.inegalites.fr/L-enseignement-professionnel-victime-de-l-academisme-a-la-francaise

[5] Francis Bacon et René Descartes ont refusé a priori le raisonnement d’analogie pour connaître le réel.

[6] Jean-Bernard Paturet : « La sensibilité est liée au système de représentation sociale (philosophique et scientifique) d’une culture historiquement donnée. », in « Sensation, culture, sensibilité », Tréma, 11 | 1997, 5-18.

[7] Cela semble aller de pair avec la généralisation d’un certain conformisme de bon aloi, c’est-à-dire celui de « ne pas dire un mot au-dessus de l’autre ».

[8] Une certaine évolution positiviste se fait sentir avec les notions d’« intelligence émotionnelle », de management bienveillant, dans le management de grandes entreprises et la prise en compte des facteurs de risques psychosociaux.

[9] Voir le « lean management » ou management « dégraissé », efficace et rentable des années 90. Voir aussi le Rapport sur l’enseignement de l’excellence opérationnelle dans les grandes écoles d’ingénieurs et de management,
https://www.entreprises.gouv.fr/files/files/directions_services/secteurs-professionnels/etudes/rapport-dorison.pdf

[10] David Sander, « Quand les émotions favorisent l’apprentissage », in la revue La Recherche, n. 539, septembre 2018 ; Pascaline Minet, « Les neurosciences au service de la pédagogie » dans La Recherche, n. 457, novembre 201.

[11] Le risque de déséquilibre psychoaffectif des enfants à problèmes des « hauts potentiels » va dans ce sens. Voir Marie-France Hirigoyen, Les Narcisse, éd. Pocket, 2020, et Laurent Schmitt, Le Bal des ego, éd. Odile Jacob,2014.

[12] Danièle Linhart, La comédie humaine du travail. De la déshumanisation taylorienne à la sur-humanisation managériale, éd. Érès 2015 ; Martine Brasseur, et Fatine Biaz, « L’impact de la digitalisation des organisations sur le rapport au travail : entre aliénation et émancipation », Question(s) de management, vol. 21, no. 2, 2018, pp. 143-155.

[13] Voir la question des risques psychosociaux et des profils narcissiques en Europe, voir Philippe Vergne, auteur de « Le mal du siècle : la manipulation », TheBookeditons.com ; Pascal Ide, Manipulateurs, les personnalités narcissiques. Détecter, comprendre, agir, éd. de l’Emmanuel, 2016.

[14] Préclin Edmond. Les conséquences sociales du jansénisme. In : Revue d’histoire de l’Église de France, tome 21, n°92, 1935, pp. 355-391. Voir aussi les écrits de Nicolas Malebranche.

[15] « Urgence poétique », orchestrée par Laurence VIELLE et Corentin LAHOUSTE, Presses universitaires de Louvain, 2020, et l’émission de France culture du 2/6/2017avec Olivier Barbarant et Thomas Clerc sur les États généraux de la poésie à Paris en 2017 : https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-1ere-partie/etat-durgence-poetique

[16] Selon J.R.R. Tolkien dans Le seigneur des anneaux, à propos de Saroumane.

[17] La perception d’une transcendance s’effectue au niveau de que les hébreux appellent cœur et les mystiques fine pointe de l’âme ou conscience. Si on n’a pas la foi, on peut cependant parler à cet endroit d’intériorité et de la conscience.

[18] Au Moyen Age, on reconnaissait d’autres sciences comme la théologie, l’alchimie…

[19] René Descartes, Discours de la méthode.

[20] Voir le concept d’état de nature chez le philosophe Hobbes, dans le Léviathan ou Matière, forme et puissance de l’État chrétien et civil, 1651.

[21] Pour Descartes, il s’agissait du choc entre deux choses étendues.

[22] Au détriment d’une intelligence ouverte qui admettait a priori ses limites, de la finalité et du sens intrinsèque, de la logique inclusive (une chose et son contraire peuvent être vraies en même temps, sous un certain rapport) et de l’analogie (philosophie scolastique à l’époque du XVIIe).

[23] Se projeter en permanence sur la vie est plus ou moins loin, programmer, planifier au détriment de la présence au présent. D’exclamation de souci, la recherche de sécurité procès de ce stress occidental, cette peur de l’avenir non prévu. On vit dans ce qu’on va faire juste après, du lundi en pensant déjà week-end, et le week-end en pension déjà au dimanche soir ! voir Max Weber : La profession et la vocation de savant (texte rédigé en 1917), in Économie et société 1922), pour qui la révolution industrielle est la principale réalisation de la rationalisation du monde.

[24] Cet anthropocentrisme moderne est en lien étroit avec l’humanisme Olivier Agard, « La question de l’humanisme chez Max Scheler », Revue germanique internationale, 10 | 2009, 163-186.

[25] C’est la reprise de l’injonction très biblique « Chema,Israël » : « écoute, Israël », Dt 6,4.

[26] Laudato Si’ n. 66 : « Ces récits suggèrent que l’existence humaine repose sur trois relations fondamentales intimement liées : la relation avec Dieu, avec le prochain, et avec la terre. » et n 210 : « L’éducation environnementale … tend également à s’étendre aux différents niveaux de l’équilibre écologique : au niveau interne avec soi-même, au niveau solidaire avec les autres, au niveau naturel avec tous les êtres vivants, au niveau spirituel avec Dieu. »

[27] LS n. 6, n. 12 et n. 85.

[28]
« La Nature, qui mêle une âme aux rameaux verts,
…Toujours en dialogue avec l’esprit de l’homme,
Lui donne à déchiffrer les animaux, qui sont
Ses signes, alphabet formidable et profond »,
la Chouette, les contemplations, Victor Hugo.

[29] LS n. 155.

[30] « La nature est une femme publique. Nous devons la mater, pénétrer ses secrets et l’enchaîner selon nos désirs. » Bacon, F. 1995 (rééd.) La Nouvelle Atlantide, Flammarion, Paris.

[31] Heidegger Les Hymnes de Hölderlin : La Germanie et Le Rhin, Paris, « Bibliothèque de philosophie », éd Gallimard, 1988.

[32] Voir Michel Raquet, « Développement durable et écologie intégrale ». Revue de l’université catholique de Lyon, n. 33, juin 2018, pp 51-58.

[33] Voir le développement de la « biophilie » avec Edward O. Wilson, Biophilia, Cambridge, Harvard University Press, 1984.

[34] François Testu, « Rythmes scolaires : les recentrer sur l’enfant », 16 février 2013, revue Pour la science ; Alice Mougin, « Quels sont les rythmes scolaires les plus adaptés ? », Regards croisés sur l’économie, vol. 12, no. 2, 2012, pp. 245-247.

[35] Roger, P. (2014), « La disparition du père : de l’affaissement du symbolique l’angoisse du réel », Filigrane, 23 (1), Qu’est la psychanalyse devenue ? Pp 67–82.

[36] Comment se fait-il qu’en France les hommes désertent l’enseignement de la littérature, la participation aux chorales, la pratique ou l’intérêt pour l’art en général, excepté en vieillissant, à la retraite quand ils n’ont plus rien à prouver ? Cela doit en dire long sur l’image de la virilité aujourd’hui et à celle de la féminité, par effet miroir, et surtout sur l’importante que notre société « sérieuse » accorde à la sensibilité…

[37] Mathieu Quénée, « Vers une féminisation à 100% du métier d’enseignant… »

Vers une féminisation à 100% du métier d'enseignant…

[38] « Le président de la République s’est engagé à ce que tous les enfants bénéficient d’un parcours culturel cohérent et exigeant durant le temps de leur scolarité car c’est indispensable pour leur formation intellectuelle, sensorielle et déterminant pour leur permettre d’être autonome dans leurs choix culturels. »https://www.education.gouv.fr/l-ecole-des-arts-et-de-la-culture-11723 consulté en septembre 2020.

[39] Audience générale du pape François, “Contempler et prendre soin”, deux attitudes nécessaires afin de sauvegarder la création et notre avenir, 16 septembre 2020.