Les écoles catholiques dans le monde – Première partie

Tendances des inscriptions

Quentin Wodon*

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Résumé : À l’échelle mondiale, l’Église catholique estime que 35 millions d’enfants étaient inscrits dans ses écoles primaires en 2018, avec 19 millions d’enfants supplémentaires inscrits au niveau du secondaire et plus de 7 millions en maternelle. Comment le nombre d’élèves dans les écoles catholiques a-t-il évolué au cours des dernières décennies ? Dans quelles régions du monde et dans quels pays la croissance des inscriptions a-t-elle lieu, et où observe-t-on un déclin ? Compte tenu de la croissance démographique et de la hausse des taux de scolarisation au primaire et secondaire dans les pays en développement, quelles seront les tendances probables des inscriptions dans le futur ? Enfin, quelles sont certaines des implications de ces tendances pour les défis auxquels les écoles catholiques doivent faire face ? Cet article en deux parties propose des éléments de réponse à ces questions. Après une brève discussion de l’importance d’investir dans l’éducation des enfants et des jeunes, la première partie de l’article considère les changements dans la géographie des inscriptions en écoles catholiques au niveau mondial au cours des quatre dernières décennies. La seconde partie de l’article explore certains des défis auxquels les systèmes éducatifs font face, et les réponses que les écoles catholiques pourraient y apporter.

Introduction

Dans le contexte des efforts déployés par la communauté internationale pour atteindre les objectifs du développement durable, les organisations confessionnelles jouent un rôle important dans l’offre de services d’éducation et de santé. Une grande partie de ces organisations sont chrétiennes, et en particulier catholiques. Pour les soins de santé, un exemple frappant est celui des associations chrétiennes de santé (Christian Health Associations) qui fournissent des soins dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne (Olivier et al., 2015; Dimmock et al., 2017). Pour l’éducation, de grands réseaux d’écoles sont gérés par les diocèses et plusieurs ordres religieux, particulièrement à nouveau en Afrique.

L’Église catholique estime que 35,0 millions d’enfants étaient inscrits dans les écoles catholiques primaires en 2018, avec en plus 19,3 millions d’enfants inscrits dans des écoles secondaires et 7,3 millions en maternelle (Secretaria Status, 2020). Au total, cela représente près de 62 millions d’élèves, sans compter les étudiants inscrits dans les universités. L’Église catholique gère ainsi probablement le troisième plus grand réseau d’écoles au monde après les gouvernements chinois et indien.

L’objectif de la première partie de cet article est d’estimer les tendances à long terme des inscriptions en écoles catholiques. Il est à noter qu’augmenter le nombre des élèves dans les écoles catholiques n’est pas nécessairement un objectif de l’Église. Cependant, lorsque les inscriptions baissent, cela peut représenter une menace pour l’existence même des écoles catholiques.

Compte tenu du pluralisme qui caractérise les sociétés d’aujourd’hui et du fait que de nombreux élèves des écoles catholiques ne sont pas catholiques, la Congrégation pour l’éducation catholique (2017) définit une école comme un lieu de formation intégrale résultant d’une rencontre vivante avec un patrimoine culturel. Elle appelle à une éducation qui mène à un humanisme fraternel et à une civilisation de l’amour. Veiller à ce que l’éducation soit dispensée «dans une clé catholique» est le principal objectif des écoles catholiques (Delfra et al., 2018). Mais cela n’implique pas que la taille n’a pas d’importance. Tant que les écoles catholiques sont fidèles à leur mission, dispenser une éducation de qualité à un plus grand nombre plutôt qu’à un plus petit nombre d’élèves aide l’Église, y compris pour sa mission d’évangélisation, qui ne doit bien sûr pas être assimilée à du prosélytisme.

Pour la société, un réseau solide d’écoles catholiques peut être bénéfique de plusieurs manières. Certaines études suggèrent que les élèves inscrits dans les écoles catholiques ont de meilleurs résultats scolaires que ceux inscrits dans les écoles publiques[1]. Les écoles catholiques et l’Église en général ont une longue tradition de service auprès des plus pauvres (Pontifical Council for Justice and Peace, 2004; Francis, 2015; McKinney, 2018). Même si les écoles catholiques ne servent pas en priorité les pauvres, elles servent néanmoins des millions d’enfants pauvres, y compris en Afrique (Wodon, 2014, 2015, 2019c, 2020b). Il est aussi souvent suggéré que les écoles catholiques aident à la formation morale et spirituelle de leurs étudiants. Les écoles catholiques et autres écoles confessionnelles offrent des options précieuses aux parents, contribuant ainsi à un pluralisme dans les choix éducatifs qui s’offrent à eux. On peut également faire valoir que les écoles catholiques contribuent à leur communauté (Brinig et Garnett, 2015) et à des niveaux élevés de participation civique (Dee, 2005), même si les preuves à cet effet restent limitées. Les écoles génèrent également des économies importantes pour les budgets de l’éducation de l’État (Wodon, 2019a). De ces manières diverses, un réseau solide d’écoles catholiques bénéficie aux sociétés ainsi qu’à l’Église, de sorte qu’il semble utile d’examiner les tendances des inscriptions comme mesure de la contribution des écoles catholiques aux systèmes et sociétés éducatifs.

Comment le nombre d’élèves dans les écoles maternelles, primaires et secondaires catholiques a-t-il évolué au fil du temps? Où se situe la croissance et où observe-t-on un déclin? Compte tenu de la croissance démographique et de la hausse des taux de scolarisation dans les pays en développement, la présence des écoles catholiques dans ces pays va-t-elle continuer à augmenter? Enfin, quelles sont certaines des implications de ces tendances dans ce que l’on pourrait appeler la géographie de l’éducation catholique pour les enjeux économiques et environnementaux auxquels les écoles catholiques doivent faire face ? Cet article en deux parties propose des éléments de réponse à ces questions. Tout d’abord, pour offrir davantage de contexte, une première section est dédiée à montrer l’importance des investissements dans l’éducation pour l’avenir des enfants, de leurs familles, de leurs communautés, et des sociétés dans leur ensemble. Ensuite, sur base des données administratives de l’Église, le reste de la première partie de l’article considère les changements qui ont eu lieu dans la géographie de l’éducation catholique au niveau mondial. Dans la seconde partie de l’article, l’objectif est d’explorer certains des défis auxquels les systèmes éducatifs – dont les réseaux catholiques, sont confrontés et les réponses et engagements qui peuvent être considérés pour y répondre.

Importance des investissements en éducation

Les éducateurs catholiques sont bien conscients de l’importance des investissements dans l’éducation des enfants et des jeunes. Ce n’est pas un hasard que le Pape François ait lancé un appel pour un Pacte mondial sur l’éducation en octobre 2020. Les orientations du Pacte sont détaillées dans l’instrumentatis laboris rédigé par la Congrégation pour l’éducation catholique (Congregation for Catholic Education, 2019), et elles s’inspirent fortement des encycliques Laudato Si’ et Fratelli tutti (Francis, 2015, 2020). Cependant, pour les lecteurs peu familiers avec les résultats de la littérature académique sur les bienfaits de l’éducation, il peut malgré tout être utile de mentionner certains des impacts positifs que l’éducation génère en lien avec les objectifs du développement durable adoptés par la communauté internationale en 2015. Disposer d’une bonne éducation a bien évidemment une valeur en soi, mais aussi des implications pour presque tous les domaines de vie des enfants, dont les opportunités qu’ils auront à l’âge adulte. L’analyse qui suit est adaptée de la synthèse dans Wodon (2019b, pour plus de détails, voir Wodon et al., 2018a, 2018b).

Revenus du travail et réduction de la pauvreté: l’éducation est essentielle pour échapper à la pauvreté. Des estimations pour de nombreux pays suggèrent que les hommes et femmes ayant une éducation primaire (partielle ou achevée) ne gagnent environ que 20 à 30 pour cent de plus en moyenne que ceux qui n’ont aucune éducation. Ces impacts sont faibles et ils ne sont observés que lorsque les travailleurs sont alphabètes. Par contre, les hommes et femmes ayant fait des études secondaires peuvent s’attendre à gagner presque deux fois plus que ceux qui n’ont aucune éducation, et ceux qui ont fait des études supérieures peuvent s’attendre à gagner trois fois plus. En outre, l’enseignement secondaire et supérieur est souvent associé à une participation plus élevée au marché du travail et à une moindre probabilité de chômage. Étant donné que les revenus du travail sont essentiels pour que les ménages évitent la pauvreté, l’amélioration des résultats scolaires – à la fois en termes de niveau d’instruction et d’apprentissage – a le potentiel de réduire considérablement la pauvreté.

Mariage des enfants, fécondité et santé des femmes: un manque d’éducation a des conséquences particulièrement négatives pour les jeunes filles. Lorsqu’elles abandonnent l’école, elles sont plus susceptibles de se marier ou d’avoir des enfants à un âge où elles ne sont pas encore prêtes à le faire, que ce soit physiquement ou émotionnellement. Cela entraîne à son tour un large éventail de conséquences négatives non seulement pour elles, mais aussi pour leurs enfants et la société dans son ensemble. Permettre aux jeunes filles de terminer l’école secondaire est l’un des meilleurs moyens de mettre fin au mariage des enfants et à la maternité précoce. Chaque année supplémentaire de scolarité au secondaire est associée à une réduction des risques de mariage d’enfants et de maternité précoce. De plus, les femmes mariées trop jeunes ont tendance à avoir plus d’enfants au cours de leur vie. En réduisant les risques de mariage précoce, l’enseignement secondaire universel pourrait réduire indirectement les taux de fécondité, ce qui permettrait d’accélérer la transition démographique et de générer un dividende démographique important dans les pays qui en ont le plus besoin. L’éducation secondaire universelle pour les filles augmenterait aussi leurs connaissances en matière de santé et leur capacité à se faire soigner. Elle réduirait aussi les risques d’être victimes de violence conjugale.

Santé et nutrition des enfants: l’éducation a des impacts intergénérationnels. Des parents mieux éduqués sont mieux équipés pour aider leurs propres enfants à réussir à l’école. L’éducation parentale est également importante pour la santé et la nutrition, car elle réduit les risques de mortalité ou de manque de croissance pour les enfants de moins de cinq ans. De plus, les enfants nés de mères de moins de 18 ans au moment de leur naissance encourent également des risques plus élevés de mortalité et de malnutrition. Ainsi, une meilleure éducation pour la mère réduit ces risques à la fois directement et indirectement par son impact sur la procréation trop précoce. L’enseignement secondaire universel pour les mères et les pères réduirait également, comme mentionné ci-dessus, la pauvreté des ménages, ce qui serait là encore bénéfique pour réduire la mortalité et la malnutrition des enfants de moins de cinq ans. Enfin, les enfants nés de mères éduquées sont plus susceptibles d’être enregistrés à la naissance, un droit clé pour les enfants qui peut influencer l’exercice d’une série d’autres droits.

Autonomie et prise de décision: les hommes et femmes mieux éduqués ont tendance à avoir plus d’autonomie dans leur vie. L’autonomie (« agency » en anglais) peut être définie au sens large comme la capacité d’exercer des choix. Cette capacité dépend de l’environnement, de l’accès à des ressources spécifiques, et des réalisations passées des personnes qui affectent la confiance en soi. L’éducation a clairement un impact sur les ressources dont disposent les individus, notamment par son impact sur les revenus du travail. Elle affecte les réalisations passées, les capacités et la confiance en soi. Le décrochage scolaire peut en effet miner cette confiance. Mais l’éducation affecte également la capacité de prise de décision d’autres manières. Pour les femmes, le manque d’éducation conduit à une moindre capacité de prise de décision au sein de leur ménage lorsque les maris accaparent l’autorité.

Capital social et institutions: une meilleure éducation est également associée à une probabilité plus élevée de pouvoir compter sur des amis en cas de besoin financier. Elle facilite aussi la capacité à s’engager dans des comportements altruistes tels que le bénévolat, les dons à des œuvres caritatives et l’aide à des étrangers. Ce n’est bien sûr pas parce que ceux qui sont plus instruits sont intrinsèquement plus altruistes que ceux qui sont moins instruits. Non, simplement les personnes mieux scolarisées sont souvent mieux placées dans leur vie pour avoir la possibilité d’aider les autres.

Pour l’ensemble des effets, si l’éducation primaire est nécessaire, elle n’est souvent pas suffisante. Pour les hommes tant que pour les femmes, les gains associés au niveau d’instruction sont beaucoup plus importants avec l’enseignement secondaire qu’avec l’enseignement primaire. Ceci est probablement en partie le reflet de l’échec de nombreux systèmes éducatifs à garantir les apprentissages des compétences fondamentales dans les premières années de scolarisation. Mais l’implication reste qu’il est essentiel de permettre à tous les enfants de poursuivre leurs études au secondaire, ce qui exige un apprentissage adéquat dès le primaire (comme cela est discuté plus en détails dans la seconde partie de cet article ; voir Wodon, 2021a).

Tendances dans les inscriptions en écoles catholiques

Il est clair que les investissements en éducation sont extrêmement importants non seulement pour les individus qui en bénéficient, mais aussi pour leurs communautés et les sociétés dans leur ensemble. Comment le nombre d’élèves dans les écoles catholiques a-t-il évolué au cours des dernières décennies aux niveaux mondial et régional?  Les données sur le nombre d’élèves dans les écoles catholiques sont disponibles dans les annuaires statistiques annuels de l’Église catholique. Ces données semblent être d’une qualité suffisante pour une analyse fiable, au moins aux niveaux globaux et régionaux. Environ cinq pour cent des juridictions ecclésiastiques ne remplissent pas le questionnaire annuel qui leur est envoyé pour collecter les données, mais il s’agit typiquement de petites juridictions, de sorte que les données manquantes n’affectent pas de manière substantielle les résultats agrégés.

Le tableau 1 et les graphiques 1 à 4 présentent les estimations du nombre d’inscriptions dans les écoles catholiques pour la maternelle, les écoles primaires et les écoles secondaires, ainsi que les trois niveaux ensemble. Les données pour les écoles primaires et secondaires sont fournies de 1975 à 2018. Pour les crèches et écoles maternelles, la série commence en 1980. Les estimations sont fournies par régions telles que définies dans l’annuaire statistique de l’Église. En 2018, la dernière année pour laquelle les données sont disponibles, 7,3 millions d’enfants étaient inscrits dans des crèches et écoles maternelles catholiques dans le monde, 35,0 millions dans les écoles primaires et 19,3 millions dans les écoles secondaires, pour un total de plus de 62 millions d’élèves au total.

Tableau 1: Tendances du nombre d’élèves inscrits dans les écoles catholiques (en milliers)

1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2018
Maternelle
Afrique 162,4 312,5 484,6 646,2 1.147,9 1.149,4 1.277,5 2.327,0
Amériques 514,0 800,6 968,7 1.042,1 1.331,1 1.541,7 1.409,6 1.235,3
Asie 607,0 840,0 1.058,6 1.327,0 1.369,8 1.651,4 1.761,1 1.846,2
Europe 1.634,4 1.796,5 1.845,1 1.901,3 1.681,0 1.714,5 1.923,4 1.890,0
Océanie 7,6 37,0 33,5 33,9 37,1 109,7 107,0 78,3
Monde 2.925,4 3.786,7 4.390,5 4.950,5 5.566,8 6.166,7 6.478,6 7.376,9
Primaire
Afrique 4.221,0 5.610,7 7.052,5 8.393,8 9.356,4 10.158,4 12.435,8 15.821,3 19.365,1
Amériques 7.101,5 6.838,6 7.118,2 7.380,6 7.198,3 7.554,7 7.045,0 6.766,0 6.143,7
Asie 3.215,1 3.752,6 3.929,0 4.289,9 4.539,6 4.668,9 4.907,5 5.023,8 5.608,8
Europe 4.552,5 3.979,0 3.810,3 3.569,2 3.607,6 3.099,4 3.003,7 2.846,0 3.126,7
Océanie 493,6 480,3 480,2 510,9 544,1 615,7 692,1 694,0 767,7
Monde 19.583,7 20.661,2 22.390,3 24.144,5 25.245,9 26.097,1 28.084,1 31.151,2 35.012,0
Secondaire
Afrique 599,0 806,5 1.032,4 1.275,2 1.701,7 2.267,1 3.438,1 4.540,9 5.462,8
Amériques 2.930,2 3.364,0 3.521,2 3.506,0 3.603,7 3.797,6 3.696,6 3.868,1 3.684,0
Asie 2.607,8 3.150,9 3.720,9 3.982,1 4.134,5 4.017,4 4.985,1 5.292,0 5.993,4
Europe 3.149,2 3.436,0 3.485,0 3.358,3 3.459,2 3.593,8 3.721,2 3.666,4 3.657,7
Océanie 236,0 257,6 306,8 319,3 333,3 350,8 391,1 426,1 509,6
Monde 9.522,3 11.015,0 12.066,3 12.440,9 13.232,4 14.026,7 16.232,1 17.793,6 19.307,3
  Total
Afrique 4.820,0 6.579,6 8.397,4 10.153,6 11.704,3 13.573,4 17.023,4 21.639,8 27.154,8
Amériques 10.031,7 10.716,6 11.440,1 11.855,3 11.844,1 12.683,3 12.283,2 12.043,7 11.063,0
Asie 5.822,9 7.510,5 8.489,9 9.330,6 10.001,1 10.056,1 11.544,0 12.076,9 13.448,3
Europe 7.701,7 9.049,3 9.091,8 8.772,6 8.968,1 8.374,3 8.439,4 8.435,8 8.674,5
Océanie 729,7 745,5 824,0 863,7 911,3 1.003,6 1.192,9 1.227,1 1.355,5
Monde 29.106,0 34.601,5 38.243,3 40.975,9 43.428,9 45.690,6 50.482,8 55.423,4 61.696,2

Source : Données compilées par l’auteur à partir des annuaires statistiques annuels de l’Église.
Remarque : Les totaux pour 1975 ne sont pas comparables aux années suivantes en raison du manque de données sur la maternelle.

 

Source: Auteur, sur base des annuaires statistiques de l’Église.
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Source: Auteur, sur base des annuaires statistiques de l’Église.
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Source: Auteur, sur base des annuaires statistiques de l’Église.
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Source: Auteur, sur base des annuaires statistiques de l’Église.
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Au moins cinq tendances intéressantes sont à noter. Premièrement, le nombre total d’inscriptions a plus que doublé dans le monde, passant de 29,1 millions en 1975 à 61,7 millions en 2018 (la conclusion ne change pas si l’on tient compte du fait qu’en 1975 les informations pour la maternelle ne sont pas disponibles). Cette croissance a été concentrée en Afrique et, au sein de cette région, en Afrique subsaharienne. Cela n’est pas surprenant étant donné que le continent a un taux de croissance démographique élevé et que grâce aux efforts en faveur de l’éducation pour tous, même si des lacunes subsistent (UNESCO Institute of Statistics, 2019), les taux de scolarisation ont considérablement augmenté, en particulier au niveau du primaire. Ainsi, pour les réseaux catholiques, 27,2 millions d’enfants inscrits dans les écoles catholiques en 2018 vivaient en Afrique, dont 19,4 millions en écoles primaires. Cela représente 55 pour cent des enfants inscrits dans les écoles catholiques à ce niveau dans le monde. Le nombre d’enfants scolarisés dans la maternelle et au secondaire en Afrique est estimé à 2,3 millions et 5,5 millions d’élèves, respectivement, soit dans les deux cas environ trois enfants sur dix inscrits dans les écoles catholiques du monde. L’Asie est l’autre région qui connaît une forte augmentation de la scolarisation en termes absolus, principalement du fait des progrès réalisés en Inde, notamment au niveau secondaire. Il convient toutefois de noter qu’au cours des dernières années, les inscriptions mondiales dans l’enseignement catholique se sont stabilisées, avec même une baisse récente (quoique minime). Dans le contexte de la crise de la COVID-19, il peut y avoir un risque que certaines écoles catholiques aient perdu des élèves, et qu’une partie d’entre elles aient pu fermer (Wodon, 2020c, 2020d, 2020e).

Deuxièmement, comme le montrent le tableau 2 et le graphique 5, il existe des différences entre régions en ce qui concerne la proportion d’élèves inscrits par niveau. Globalement, les écoles primaires représentent 56,7 pour cent des inscriptions dans les écoles catholiques en 2018, contre 31,3 pour cent pour les écoles secondaires et 12,1 pour cent pour les écoles maternelles. Cependant, en Afrique, les écoles primaires représentent 71,3 pour cent des effectifs. Ceci est en partie dû au fait que la transition vers les écoles secondaires est encore faible dans de nombreux pays (seulement quatre étudiants sur dix en Afrique sub-saharienne achèvent le premier cycle du secondaire, selon les données de la Banque mondiale). En revanche, en Europe, les écoles primaires ne représentent que le tiers (36,0 pour cent) des inscriptions totales dans les écoles catholiques. Cela est dû non seulement à une forte scolarisation au niveau du secondaire, mais également à des taux de scolarisation élevés dans les crèches et les écoles maternelles. La proportion d’élèves inscrits dans le primaire au niveau mondial a progressivement diminué, passant de 67,3 pour cent en 1975 à 56,7 pour cent en 2018.


Source: Auteur, sur base des annuaires statistiques de l’Église
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Tableau 2: Proportion d’élèves inscrits dans les écoles catholiques par niveau (%)

1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2018
Maternelle
Afrique 2,5 3,7 4,8 5,5 8,5 6,8 5,9 8,6
Amériques 4,8 7,0 8,2 8,8 10,5 12,6 11,7 11,2
Asie 8,1 9,9 11,3 13,3 13,6 14,3 14,6 13,7
Europe 18,1 19,8 21,0 21,2 20,1 20,3 22,8 21,8
Océanie 1,0 4,5 3,9 3,7 3,7 9,2 8,7 5,8
Monde 8,5 9,9 10,7 11,4 12,2 12,2 11,7 12,0
Primaire
Afrique 87,6 85,3 84,0 82,7 79,9 74,8 73,1 73,1 71,3
Amériques 70,8 63,8 62,2 62,3 60,8 59,6 57,4 56,2 55,5
Asie 55,2 50,0 46,3 46,0 45,4 46,4 42,5 41,6 41,7
Europe 59,1 44,0 41,9 40,7 40,2 37,0 35,6 33,7 36,0
Océanie 67,6 64,4 58,3 59,2 59,7 61,4 58,0 56,6 56,6
Monde 67,3 59,7 58,5 58,9 58,1 57,1 55,6 56,2 56,7
Secondaire
Afrique 12,4 12,3 12,3 12,6 14,5 16,7 20,2 21,0 20,1
Amériques 29,2 31,4 30,8 29,6 30,4 29,9 30,1 32,1 33,3
Asie 44,8 42,0 43,8 42,7 41,3 40,0 43,2 43,8 44,6
Europe 40,9 38,0 38,3 38,3 38,6 42,9 44,1 43,5 42,2
Océanie 32,4 34,6 37,2 37,0 36,6 35,0 32,8 34,7 37,6
Monde 32,7 31,8 31,6 30,4 30,5 30,7 32,2 32,1 31,3

Source : Données compilées par l’auteur à partir des annuaires statistiques annuels de l’Église.
Remarque : Les totaux pour 1975 ne sont pas comparables aux années suivantes en raison du manque de données sur la maternelle.

 

Troisièmement, proportionnellement par rapport à l’année de base, les taux de croissance les plus élevés sont également observés en Afrique, mais ils sont également élevés en Asie et en Océanie (voir le tableau 3 et le graphique 6). Les taux de croissance annuels pour la période de 1975 à 2018 pour les inscriptions au primaire, au secondaire et au total, et de 1980 à 2018 pour les inscriptions dans les crèches et les écoles maternelles, sont calculés en tenant compte de la composition. Ils sont fournis dans le tableau 3 et représentés sur le graphique 6. En Afrique, les taux de croissance annuels sont estimés à 7,3 pour cent pour les crèches et écoles maternelles, 3,6 pour cent pour les écoles primaires, 5,3 pour cent pour les écoles secondaires et 4,1 pour cent pour la scolarisation totale. Ces taux de croissance sont deux à trois fois plus élevés que ceux observés au niveau global. En Asie, les taux de croissance des inscriptions sont légèrement supérieurs à ceux observés globalement, à 3,0 pour cent pour les crèches et les écoles maternelles, 1,3 pour cent pour les écoles primaires, 2,0 pour cent pour les écoles secondaires et 2,0 pour cent pour les inscriptions totales dans les écoles catholiques de la maternelle au secondaire.

En revanche, dans les Amériques et en Europe, les taux de croissance sont beaucoup plus faibles et parfois négatifs. Pour les Amériques, il faut noter une différence entre les États-Unis et les autres pays. Alors que les inscriptions continuent d’augmenter dans certains pays d’Amérique centrale et d’Amérique latine, il y a eu une forte baisse des inscriptions aux États-Unis, passant de plus de cinq millions d’élèves dans les écoles primaires et secondaires au début des années 1960 à seulement 1,8 million environ aujourd’hui. Comme le notent Murnane et al. (2018, voir aussi Wodon, 2018b), la baisse des inscriptions a affecté plus généralement les écoles privées. La stagnation des salaires pour la classe moyenne a rendu difficile l’inscription par les parents de leurs enfants dans les écoles privées en raison de leur coût en l’absence de subventions étatiques ou fédérales.

 


Source: Auteur, sur base des annuaires statistiques de l’Église.
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Tableau 3: Taux de croissance annuel des inscriptions dans les écoles catholiques (%)

1975-

1980

1980-

1985

1985-

1990

1990-

1995

1995-

2000

2000-

2005

2005-

2010

2010-

2018

1975-

2018

Maternelle
Afrique 14,0 9,2 5,9 12,2 0,0 2,1 7,8 7,3
Amériques 9,3 3,9 1,5 5,0 3,0 -1,8 -1,6 2,3
Asie 6,7 4,7 4,6 0,6 3,8 1,3 0,6 3,0
Europe 1,9 0,5 0,6 -2,4 0,4 2,3 -0,2 0,4
Océanie 37,2 -2,0 0,2 1,8 24,2 -0,5 -3,8 6,3
Monde 5,3 3,0 2,4 2,4 2,1 1,0 1,6 2,5
Primaire
Afrique 5,9 4,7 3,5 2,2 1,7 4,1 4,9 2,6 3,6
Amériques -0,8 0,8 0,7 -0,5 1,0 -1,4 -0,8 -1,2 -0,3
Asie 3,1 0,9 1,8 1,1 0,6 1,0 0,5 1,4 1,3
Europe -2,7 -0,9 -1,3 0,2 -3,0 -0,6 -1,1 1,2 -0,9
Océanie -0,5 0,0 1,2 1,3 2,5 2,4 0,1 1,3 1,0
Monde 1,1 1,6 1,5 0,9 0,7 1,5 2,1 1,5 1,4
Secondaire
Afrique 6,1 5,1 4,3 5,9 5,9 8,7 5,7 2,3 5,3
Amériques 2,8 0,9 -0,1 0,6 1,1 -0,5 0,9 -0,6 0,5
Asie 3,9 3,4 1,4 0,8 -0,6 4,4 1,2 1,6 2,0
Europe 1,8 0,3 -0,7 0,6 0,8 0,7 -0,3 0,0 0,3
Océanie 1,8 3,6 0,8 0,9 1,0 2,2 1,7 2,3 1,8
Monde 3,0 1,8 0,6 1,2 1,2 3,0 1,9 1,0 1,7
  Total
Afrique 6,4 5,0 3,9 2,9 3,0 4,6 4,9 2,9 4,1
Amériques 1,3 1,3 0,7 0,0 1,4 -0,6 -0,4 -1,1 0,2
Asie 5,2 2,5 1,9 1,4 0,1 2,8 0,9 1,4 2,0
Europe 3,3 0,1 -0,7 0,4 -1,4 0,2 0,0 0,3 0,3
Océanie 0,4 2,0 0,9 1,1 1,9 3,5 0,6 1,3 1,5
Monde 3,5 2,0 1,4 1,2 1,0 2,0 1,9 1,4 1,8

Source : Données compilées par l’auteur à partir des annuaires statistiques annuels de l’Église.
Remarque : Les totaux pour 1975 ne sont pas comparables aux années suivantes en raison du manque de données sur la maternelle.

Quatrièmement, il existe de fortes différences entre pays quant à la taille de leurs réseaux d’écoles catholiques. Le tableau 4 présente les 15 pays avec le plus grand nombre d’élèves en 2018. Ces 15 pays représentent environ les deux tiers des effectifs mondiaux dans les écoles catholiques. L’Inde domine vu la taille même du pays, mais les quatre pays suivants sont tous d’Afrique subsaharienne: la République Démocratique du Congo (RDC), l’Ouganda, le Kenya et le Malawi. Trois de ces quatre pays sont classés en 2020 comme étant à faibles revenus par la Banque mondiale, ce qui signifie qu’ils ont un niveau de revenu national brut par habitant de 1.035 dollars ou moins en 2019. Le quatrième pays, le Kenya, ainsi que l’Inde sont des pays à revenus intermédiaires (tranche inférieure), le niveau suivant dans la classification des revenus de la Banque mondiale. Le fait que la présence des écoles catholiques soit aujourd’hui particulièrement importante dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires est positif pour la mission de l’Église de servir les pauvres. Dans des pays comme la RDC, même les ménages du second quintile supérieur de revenus ne sont en aucun cas «aisés» économiquement.

La part de marché des écoles catholiques dans les différents pays résulte en partie de facteurs historiques et, dans certains cas, de la faiblesse des États suite à de longues périodes de conflit, comme c’est le cas en RDC. En RDC ainsi qu’en Ouganda, au Kenya et au Malawi, la plupart des écoles catholiques sont en fait écoles publiques et qui sont au moins partiellement financées par l’État. En RDC par exemple, les écoles catholiques font partie des écoles dites conventionnées (Backiny-Yetna et Wodon, 2009; Wodon, 2017). En Ouganda aussi, la majorité des écoles catholiques sont des écoles publiques (Wodon, 2021b). La part de marché des écoles catholiques est également élevée en Belgique, le plus petit des pays inclus dans le tableau 4, ceci en raison d’un système qui finance les écoles catholiques et publiques (presque) à parts égales. À l’inverse, dans les autres pays, la part de marché des écoles catholiques est souvent faible suite au soutien limité et parfois inexistant de l’État.

 

Tableau 4: Pays avec un million ou plus délèves inscrits en écoles catholiques en 2018

Maternelle Primaire Secondaire Total
Inde 1.184.522 3.907.185 4.038.841 9.130.548
RD Congo 78.239 4.316.789 1.557.110 5.952.138
Ouganda 183.519 4.882.705 450.674 5.516.898
Kenya 413.238 2.673.575 889.294 3.976.107
Malawi 462.791 1.835.418 173.315 2.471.524
France 391.615 630.785 1.134.850 2.157.250
États Unis 152.753 1.278.673 574.887 2.006.313
Rwanda 193.988 1.140.958 352.564 1.687.510
Espagne 237.577 569.872 591.029 1.398.478
Argentine 210.143 635.426 520.749 1.366.318
Philippines 98.760 381.053 798.745 1.278.558
Belgique 197.493 465.302 556.803 1.219.598
Mexique 160.653 533.076 414.472 1.108.201
Ghana 188.622 524.020 289.955 1.002.597
Brésil 183.453 598.126 204.650 986.229

Source : Source : Données compilées par l’auteur à partir de l’annuaire statistique de l’Église de 2020.

Cinquièmement, le taux de croissance de la scolarisation en maternelle est le plus élevé. C’est une bonne nouvelle car la petite enfance est une période critique dans la vie des enfants. Les investissements dans la petite enfance ont tendance à générer des rendements économiques particulièrement élevés, souvent supérieurs à ceux des investissements réalisés plus tard dans la vie. C’est le cas en particulier pendant les 1.000 premiers jours de la vie d’un enfant lorsque le cerveau se développe, mais également plus tard pour s’assurer que les enfants sont prêts à entrer à l’école primaire (Black et al., 2017). Permettre la scolarisation au niveau de la maternelle est une des interventions clés que les gouvernements doivent encourager pour le développement humain (Denboba et al., 2014).

Le nombre des inscriptions dans les écoles catholiques a considérablement augmenté au cours des quatre dernières décennies. Cela signifie-t-il que la « part de marché » des écoles catholiques a elle aussi augmenté? Pas nécessairement, vu la croissance démographique et l’expansion de l’accès à l’éducation au cours de la même période. Le nombre d’inscriptions dans d’autres types d’écoles, non seulement publiques, mais aussi privées laïques (Heyneman and Stern, 2014; World Bank, 2017), a également augmenté. Pour calculer la part de marché des écoles catholiques, Wodon (2018a) compare les inscriptions en écoles catholiques avec le total des inscriptions tous réseaux confondus au niveau national (données de l’Institut de statistique de l’UNESCO). L’analyse est réalisée pour le primaire et le secondaire car les données sont moins fiables au niveau de la maternelle. Il se trouve que la part de marché des écoles catholiques n’a pas beaucoup changé au cours du temps. Elle est juste en dessous de 5 pour cent au niveau mondial pour le primaire, et à un peu plus de 3 pour cent pour le secondaire, mais avec de fortes variations selon les pays. En Afrique, la part de marché des écoles catholiques a légèrement augmenté au niveau du primaire, alors qu’elle a diminué au niveau du secondaire. Dans les Amériques, il y a eu une baisse liée en grande partie à la réduction des inscriptions en écoles catholiques aux États-Unis mentionnée précédemment. En Asie, les parts de marché ont légèrement augmenté au cours des quatre décennies au niveau du primaire, mais elles ont diminué au niveau du secondaire. Il est à noter que les écoles catholiques sont essentiellement absentes en Chine. En Europe, il y a une augmentation des parts de marché au niveau du secondaire et une diminution au niveau du primaire. Enfin, en Océanie, où les parts de marché des écoles catholiques sont très élevées suite à la présence de subsides publics, les parts de marchés ont légèrement augmenté.

Conclusion

Outre une brève discussion de l’importance d’investir dans l’éducation des enfants et des jeunes, l’objectif de la première partie de cet article était de documenter les grands changements dans la géographie des inscriptions en écoles catholiques au niveau mondial au cours des quatre dernières décennies. L’article a permis de à jour avec des données jusqu’en 2018 une analyse des tendances dans les inscriptions dans les écoles catholiques aux niveaux mondial et régional initialement publiée en anglais dans Educatio Catholica (Wodon, 2018a). Les tableaux et graphiques ont été mis à jour sur base des dernières données disponibles des annuaires statistiques de l’Église.

Six principales conclusions se dégagent de l’analyse. Premièrement, les inscriptions dans les écoles catholiques ont considérablement augmenté au cours des quatre dernières décennies. Deuxièmement, étant donné que les inscriptions augmentent plus rapidement dans la maternelle et dans les établissements secondaires, les écoles primaires, même si elles accueillent encore la majorité des élèves, représentent une part moindre du total aujourd’hui. Étant donné le taux de scolarisation déjà élevé dans de nombreux pays au niveau du primaire, leur potentiel de croissance est moindre. Troisièmement, les taux de croissance des inscriptions les plus élevés sont observés en Afrique, à la fois en termes absolus et en pourcentage par rapport à la base. Cela est dû à la croissance démographique et à la progression de la scolarisation en Afrique. Quatrièmement, il existe de grandes différences entre pays quant à la taille des réseaux d’écoles catholiques. Cinquièmement, on observe des taux de croissance élevés pour les crèches et écoles maternelles, ce qui est une bonne nouvelle. Enfin, malgré la croissance des inscriptions, globalement la part de marché des écoles catholiques a légèrement diminué au niveau du secondaire, mais elle a légèrement augmenté au niveau primaire.

Bien que l’interprétation de ce que ces tendances peuvent impliquer pour l’avenir des écoles catholiques dépasse le cadre de l’article, quelques observations générales peuvent être suggérées. Cinq observations sont faites ci-après comme matière à réflexion sans prétendre à l’exhaustivité. Certains de ces thèmes ainsi que d’autres sont explorés plus en détail dans la seconde partie de cet article.

Premièrement, le fait que la plus grande partie de la croissance des inscriptions dans les écoles catholiques au cours des quatre dernières décennies ait été observée dans les pays africains à faible revenu ne signifie pas que, dans ces pays, les écoles catholiques parviennent à atteindre les pauvres. Le risque pour les écoles de servir principalement des enfants de familles aisées a depuis longtemps été reconnu (Congrégation pour l’éducation catholique, 1977). Les congrégations religieuses qui étaient en mesure dans le passé de dispenser un enseignement quasi gratuit dans leurs écoles n’ont plus le personnel et les ressources nécessaires pour le faire aujourd’hui. Dans les pays où le soutient de l’État est inexistant ou faible, le recouvrement des coûts par les écoles peut les amener à devenir inabordables pour les pauvres. Il est peu probable que ces pressions vont changer changent. Au contraire, elles risquent de s’aggraver. Il est crucial pour les réseaux catholiques d’engager des discussions avec les gouvernements sur la possibilité de recevoir un financement au moins partiel lorsque ce n’est pas le cas.

Deuxièmement, bien que l’analyse ait été menée séparément pour les trois niveaux de scolarisation considérés, il existe des liens entre ces trois niveaux. Bien que les inscriptions en maternelle ne conduisent pas nécessairement à une augmentation du nombre d’inscriptions dans les écoles primaires catholiques, le lien entre inscriptions en écoles primaires et secondaires est plus fort. Vu l’augmentation des inscriptions au primaire, la croissance des inscriptions devrait se poursuivre au niveau secondaire. Cela a des implications pour la planification. Les gouvernements utilisent régulièrement des modèles de prévision pour prédire les inscriptions futures à différents niveaux en fonction de divers paramètres. Ce type d’analyse pourrait aussi être bénéfique pour les réseaux catholiques, notamment pour évaluer les implications budgétaires de la croissance des inscriptions.

Troisièmement, l’augmentation des inscriptions peut provenir du fait que davantage d’élèves sont accueillis dans les écoles existantes, ou de la création de nouvelles écoles. Le risque pour les réseaux catholiques est de ne pas avoir les moyens de construire de nouvelles écoles, en particulier au niveau secondaire où le coût de nouvelles écoles est plus élevé qu’au niveau primaire. Si les gouvernements et les réseaux privés non confessionnels élargissent la couverture de leurs réseaux en particulier au niveau du secondaire, la part de marché des écoles catholiques à ce niveau pourrait continuer à diminuer, ce qui pourrait affaiblir la force des réseaux catholiques.

Quatrièmement, dans certains pays, il est possible qu’un arbitrage doive être réalisé entre les différentes priorités des écoles catholiques. D’une part, les écoles catholiques souhaitent maintenir, voire renforcer la formation spirituelle et morale des élèves. Pour ceci, comme l’a noté Grace (2002a, 200b), le « capital spirituel » des enseignants est essentiel. Mais d’autre part, les écoles doivent également veiller à ce que les élèves réussissent leurs études. Même si dans certains pays les écoles catholiques ont de meilleurs résultats que les écoles publiques, cela ne veut pas dire que les étudiants apprennent suffisamment. Le Rapport sur le développement dans le monde sur l’éducation (World Bank, 2018) et d’autres études (par exemple Bashir et al., 2018, pour l’Afrique subsaharienne) montrent qu’au primaire, de nombreux systèmes éducatifs ne parviennent pas à s’assurer que les étudiants maîtrisent l’alphabétisation et les calculs de base. Même les meilleurs étudiants dans les pays à bas revenus ont des niveaux de performance beaucoup plus bas que les étudiants en pays riches. Ces lacunes sont aussi observées parmi les élèves des écoles catholiques, avec des conséquences importantes pour l’avenir de ces enfants à l’âge adulte. Il ne s’agit pas ici de dresser une mission des écoles catholiques contre une autre, mais simplement de reconnaître que les deux missions sont complémentaires et que des efforts à long terme doivent être entrepris dans les deux domaines. Il serait dangereux de privilégier uniquement le renforcement de la formation spirituelle et morale.

Enfin, même si le nombre d’inscriptions dans les écoles catholiques n’a cessé de croître au cours des 40 dernières années, il ne faut pas sous-estimer la pression concurrentielle à laquelle ces écoles sont aujourd’hui confrontées. Cette pression concurrentielle va probablement augmenter à l’avenir, y compris dans les pays en voie de développement. L’offre éducative publique se développe, et l’émergence d’écoles privées à faible coût représente une concurrence additionnelle. Alors que certaines écoles catholiques bénéficiaient jadis d’un avantage comparatif grâce à des enseignants qualifiés et peu coûteux issus d’ordres religieux, c’est moins le cas aujourd’hui. Les réponses des écoles catholiques à la pression concurrentielle croissante devront être définies en fonction des contextes locaux, mais la nécessité de maintenir la qualité va probablement s’intensifier avec le temps.

 

 

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Pour citer cet article
Référence électronique : Quentin Wodon, « Les écoles catholiques dans le monde : Première partie : tendances des inscriptions », Educatio [En ligne], 11 | 2021. URL : http://revue-educatio.eu

Droits d’auteurs
Tous droits réservés

* L’auteur est Lead Economist à la Banque mondiale et chargé de mission (pro bono) avec l’Organisation Internationale de l’Enseignement Catholique. La première partie de cet article est en partie adaptée et actualisée d’une analyse publiée en anglais dans Educatio Catholica (Wodon, 2018a). L’analyse et les opinions exprimées n’engagent que l’auteur et non pas la Banque mondiale, ses directeurs exécutif ou les pays qu’ils représentent.

[1] Voir par exemple Evans et al. (1995) et Altonji et al. (2005) pour les États-Unis et Parra-Osorio et Wodon (2014) pour l’Amérique Latine ; certaines études suggèrent cependant que les effets positifs sur l’apprentissage ne sont pas toujours présents – voir Jepsen (2003) et Elder et Jepsen (2014) aux États-Unis.