Bertrand BERGIER
Retours gagnants. De la sortie sans diplôme au retour diplômant.

Peter Lang, Bruxelles, 2022, 226 p.

Ce livre est à la fois original, bienvenu et opportun. Prenant acte de l’usure de l’École, que manifestent tout particulièrement l’échec scolaire et la décision individuelle de quitter l’institution sans avoir acquis de diplôme, Bertrand Bergier entreprend d’élucider la signification de ce phénomène et étudie les voies d’une remédiation.

A la lecture de cet ouvrage très documenté, nous avons d’abord apprécié sa maîtrise méthodologique, que manifestent particulièrement la finesse de ses analyses comme la clarification du phénomène de l’absentéisme, dont il discrimine les diverses étapes. Celui qui abandonne l’École volontairement et sans diplôme va, certes, jouir d’abord de la liberté ainsi acquise mais il va bientôt éprouver aussi désarroi et ennui. Cette situation déroutante va l’amener à envisager l’éventualité d’une reprise d’étude, en vue de l’obtention d’un diplôme. Mais, ce faisant, il se heurte à toutes sortes de difficultés, susceptibles de ruiner son projet, sauf s’il maintient la volonté de soutenir son effort.

L’observation de ces cas amène à privilégier deux remarques fondamentales pour expliquer ce processus complexe de départ et de retour. Il est clair d’abord que, à travers les modalités les plus complexes, l’élément déterminant de ce mouvement est d’abord d’ordre affectif : ce qui commande l’évolution de l’adolescent dans ses incertitudes et ses changements, c’est d’abord la qualité des relations intra familiales. Comme aux autres moments du développement du sujet, c’est bien toujours ce facteur relationnel qui est premier. Secondement, et plus précisément, l’auteur dégage une hypothèse dont la formulation et l’énoncé justifient la citation intégrale : « plus les jeunes de notre population sont issus de catégories professionnelles modestes, plus les facteurs de décrochage les distinguant de manière significative concernent les registres cognitifs et pédagogiques ; plus ils sont issus de catégories favorisées, plus le facteur distinctif est d’ordre relationnel » (pp.52-53). Enfin, on n’appréciera pas moins l’étude des difficultés que soulèvent le retour à une formation diplômante. L’auteur propose à cet égard une analyse qui approfondit et renouvèle la psychologie de l’adolescent comme les diverses problématiques qui ouvrent à des vues proprement anthropologiques.

On félicitera volontiers Monsieur Bergier de ce beau travail, qui mérite d’être poursuivi et approfondi, dans la ligne des recherches qu’il suggère.

Guy AVANZINI