La pertinence des enseignements d’Edgard Morin et de Paulo Freire pour une formation pédagogique transformatrices

Patrícia Fonseca Ferreira Fleury[1]

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Résumé
Notre recherche vise à répondre à la question directrice suivante : comment proposer une formation des enseignants qui articule la pensée complexe d’Edgar Morin avec la pédagogie sociopolitique de Paulo Freire ? Dans ce contexte, l’articulation épistémologique entre les propositions de Morin (2011) et de Freire (2019) est pertinente. Elle s’appuie sur les sept savoirs nécessaires à l’éducation de demain et les savoirs nécessaires à la pratique éducative. Notre recherche-action montre une forte identification des enseignants aux perspectives de Freire et de Morin et met en évidence la nécessité de repenser les pratiques pédagogiques, en les guidant à travers des processus de formation ancrés à la fois dans la complexité et une éducation transformatrice.

Mots clés : Formation des enseignants, Pensée complexe, Pédagogie sociopolitique, Éducation transformatrice, Recherche-action

Abstract
This article sought to investigate the necessary transformation of pedagogical practices, understood as a process that demands teacher training capable of responding to new knowledge. In this context, the epistemological articulation between the propositions of Morin (2011) and Freire (2019) is relevant, taking as its foundation the seven necessary knowledges for the education of the future and the knowledges necessary for educational practice. The research sought to answer the guiding question: how to propose a teacher training that articulates the complex thought of Edgar Morin with the sociopolitical pedagogy of Paulo Freire? The study aimed to analyze the contributions of participating teachers regarding the relevance of incorporating the knowledge of these authors into teacher training. The results revealed a strong identification of the teachers with the perspectives of Freire and Morin and pointed to the need to re-signify pedagogical practices, guiding them through formative processes anchored in complexity and transformative education.

Keywords: Teacher training, Complex thinking, Sociopolitical pedagogy, Transformative education, Action research

Resumen
Nuestra investigación tiene como objetivo responder a la siguiente pregunta principal: ¿cómo ofrecer una formación docente que articule el pensamiento complejo de Edgar Morin con la pedagogía sociopolítica de Paulo Freire? En este contexto, la articulación epistemológica entre las propuestas de Morin (2011) y Freire (2019) es relevante. Se basa en los siete conocimientos necesarios para la educación del mañana y los conocimientos necesarios para la práctica educativa. Nuestra investigación-acción muestra una fuerte identificación de los docentes con las perspectivas de Freire y Morin y pone de relieve la necesidad de replantearse las prácticas pedagógicas, guiándolas a través de procesos de formación anclados tanto en la complejidad como en una educación transformadora.

Palabras clave: Formación docente, Pensamiento complejo, Pedagogía sociopolítica, Educación transformadora, Investigación-acción

INTRODUCTION

L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) propose quatre piliers fondamentaux pour le développement des connaissances dans l’éducation du XXIe siècle : savoir, faire, être et vivre ensemble, considérés comme complémentaires et en phase avec les exigences mondiales et sociales contemporaines (Delors, 2001). Cependant, pour progresser vers une éducation tournée vers l’avenir, il est essentiel de construire des pratiques pédagogiques fondées sur de nouvelles connaissances, ancrées dans la complexité et la perspective transformatrice de l’éducation, capables de guider le tissage continu et intégré des savoirs.

Pour le développement de pratiques pédagogiques fondées sur de nouvelles perspectives de transformation de l’éducation, nous mettons en lumière les sept savoirs nécessaires à l’éducation de demain, selon Edgar Morin, ainsi que les savoirs nécessaires à la pratique éducative de Paulo Freire.  En 1999, à la demande de l’UNESCO, Edgar Morin a systématisé un ensemble de réflexions comme point de départ d’une refonte de l’éducation et d’une mobilisation face aux difficultés rencontrées dans un système éducatif fragilisé par les exigences de la mondialisation. Ces savoirs sont fondamentaux pour de nouvelles pratiques éducatives, fondées sur la complexité et la réforme de la pensée, afin de faire face aux multiples crises sociales, politiques et économiques qui menacent la planète.

Ces réflexions ouvrent la voie à une éducation nouvelle pour l’avenir, fondée sur un engagement envers de nouvelles pratiques pédagogiques imprégnées de valeurs et ancrées dans l’éthique, la justice sociale et la paix. Edgar Morin les présente ainsi : L’aveuglement du savoir : erreur et illusion ; Les principes du savoir pertinent ; Enseigner la condition humaine ; Enseigner l’identité terrestre ; Faire face aux incertitudes ; Enseigner la compréhension et l’éthique de l’humanité.

L’ère planétaire exige de situer la connaissance du monde dans son ensemble, de concevoir le contexte, le global, le complexe et le multidimensionnel, d’articuler et d’organiser les savoirs et, ainsi, de connaître et de reconnaître les problèmes contemporains. Concernant l’enseignement de la condition humaine, Morin (2011) reconnaît la diversité culturelle inhérente à tout ce qui est humain, se reconnaissant dans son humanité même.

Ainsi, l’éducation de demain doit étendre son champ d’action à la condition humaine, car « connaître l’humain, c’est avant tout le situer dans l’univers et non le séparer de lui » (Morin, 2011, p. 43). Selon l’auteur, l’être humain est dans ce monde, partageant un savoir qui doit être contextualisé pour être pertinent, questionnant notre condition humaine et notre place dans le monde, et soulignant le lien indissoluble entre l’unité et la diversité de tout ce qui est humain. La notion de connaissances pertinentes et contextualisées est bien décrite dans d’autres ouvrages de Morin, tels que Teaching to Live (Morin, 2015) et Science with Conscience (Morin, 2005).

Concernant l’importance de l’enseignement de l’identité terrestre, Morin (2011) affirme que le développement de l’ère planétaire et le destin planétaire de l’humanité requièrent la reconnaissance de cette identité, qui doit être envisagée comme une réalité à part entière dans le cadre de l’éducation. Dans ce contexte, il est essentiel de sensibiliser les élèves à la gravité de la crise planétaire complexe à laquelle nous sommes tous confrontés, partageant un destin commun.

Par ailleurs, quant à la capacité à appréhender l’incertitude, Morin (2011, p. 17) soutient qu’« il est nécessaire d’apprendre à naviguer dans des océans d’incertitude au sein d’un archipel de certitudes » afin de comprendre l’inévitable incertitude de l’histoire humaine, qui demeure une aventure inconnue, car l’avenir à construire est ouvert et imprévisible. Pour Morin (2011), la capacité à transmettre la compréhension implique de léguer un héritage à l’éducation de demain, ce qui requiert le développement de la compréhension et la transformation de la pensée.

Concernant la connaissance et l’éthique humaine, Morin (2011) soutient que l’enseignement d’une éthique future repose sur l’inscription des origines de la conscience et de l’esprit humains au sein d’une chaîne de sens : individu-société-espèce, aboutissant à une éthique proprement humaine, l’anthropoéthique. Dans ce processus, l’individu, la société et l’espèce sont des éléments indissociables, car la conscience émerge de cette triade complexe, tout comme la culture s’en nourrit, s’y soutient et s’y unifie.

Il est fondamental de viser une pensée complexe, telle que proposée par Morin (2015), capable de contextualiser, de relier et de reconnecter différents domaines du savoir et, surtout, d’embrasser les dimensions de la vie qui s’inscrivent dans un réseau complexe de plus en plus multidimensionnel et multiréférentiel. De nouvelles pratiques pédagogiques centrées sur l’éducation sont de plus en plus nécessaires pour prendre en compte la valeur d’une condition plus humaine et responsable, fondée sur le développement d’une éthique et d’une compréhension qui tiennent compte de la diversité culturelle et de la pluralité des individus. À cette fin, l’action pédagogique doit créer des espaces de dialogue, de créativité, de démocratie et de réflexion pour la construction du savoir de manière transdisciplinaire, avec des pratiques pédagogiques ancrées dans la solidarité, la justice sociale, l’éthique et la paix.

Dans ce contexte dialogique et démocratique, nous envisageons les connaissances nécessaires à la pratique éducative de Freire (2019), fondée sur sa pédagogie de l’autonomie, écrite par l’auteur en 1992. Cette pédagogie présente la proposition d’un savoir nouveau, basé sur une éthique critique actualisée, qui englobe les problématiques quotidiennes de l’enseignant, le savoir-faire et le savoir-être pédagogique, sans pour autant renoncer au rêve, à la rigueur, à la simplicité et au sérieux qui caractérisent l’acte éducatif.

Avec une pédagogie fondée sur l’éthique et le respect de la dignité et de l’autonomie de l’apprenant, Paulo Freire souligne dans ses ouvrages tels que : L’Éducation comme pratique de la liberté (Freire, 1994), L’Éducation dans la ville (Freire, 2001) et Pédagogie des opprimés (Freire, 2019), l’importance de comprendre la pratique enseignante comme une dimension sociale de la formation humaine, en insistant sur la solidarité comme engagement historique et social, comme l’une des formes de lutte capables d’établir et de promouvoir l’éthique universelle de l’être humain.

L’un des fondements de la vision sociopolitique de la Pédagogie de l’autonomie de Paulo Freire réside dans la défense de la transformation sociale. Sa proposition éducative transcende la dimension individuelle pour s’orienter vers un changement collectif et structurel. Pour Freire (2019), l’éducation doit constituer un instrument d’émancipation et de construction d’une société plus juste, où éducateurs et apprenants s’engagent dans des actions concrètes favorisant la transformation sociale, en questionnant et en affrontant les structures d’injustice qui imprègnent la réalité.

Cela étant dit, les connaissances nécessaires à la pratique pédagogique s’accompagnent d’une réflexion critique sur cette pratique, où théorie et pratique ne sont pas envisagées de manière dualiste, mais plutôt comme un tout indissociable. Ainsi, la pratique pédagogique doit reposer sur une authenticité dialogique, et la pratique de l’enseignant doit s’inscrire dans une démarche de changement ancrée dans une éthique pédagogique.

Selon Freire (2019), savoir enseigner exige le respect du savoir des apprenants, car cela requiert esprit critique, sens esthétique et éthique. Pour l’auteur, savoir enseigner implique d’incarner les mots par l’exemple, l’enseignement nécessitant une réflexion critique sur la pratique. D’autres aspects du savoir nécessaires à la pratique pédagogique, toujours selon Freire (2019, p. 7), sont les suivants : savoir enseigner ne consiste pas à transmettre des connaissances, mais plutôt à « créer les conditions de leur propre production ou construction ». Savoir enseigner requiert le respect de l’autonomie de l’apprenant, car pour l’auteur, cela exige humilité, tolérance et une lutte pour la défense des droits des éducateurs, avec la conscience que savoir enseigner implique de comprendre que l’éducation est une forme d’intervention dans le monde. Pour l’éducateur, savoir enseigner exige d’être disponible pour le dialogue, tout comme cela exige de vouloir le meilleur pour les apprenants.

Comprendre ces éléments est essentiel pour parvenir à une pratique éducative qui favorise l’autonomie, la conscience critique et la participation active à la société. La pédagogie de Freire n’est pas une simple théorie, mais un appel à une transformation profonde et significative de la conception et de la pratique de l’éducation. Nous relevons plusieurs points clés de sa pédagogie sociopolitique, notamment l’importance du dialogue, de la conscience critique et d’une pratique éducative qui dépasse la simple transmission de connaissances, pour viser la libération et la transformation sociale.

La reconnaissance de la transformation nécessaire des pratiques pédagogiques et de l’urgence de la métamorphose de l’éducation implique de proposer une formation des enseignants qui s’inscrive dans un nouveau paradigme. Nous pensons qu’il serait opportun, à l’heure actuelle, d’adopter l’alliance entre les propositions d’Edgar Morin et de Paulo Freire, qui repose sur une vision de la complexité dans l’éducation transformatrice. Morin (2011) propose l’articulation et l’organisation des savoirs afin de reconnaître et de comprendre les problèmes du monde ; cela requiert une réforme de la pensée, compte tenu de l’inadéquation du processus d’enseignement-apprentissage, de plus en plus vaste, profond et complexe, avec des savoirs, d’une part, désunis, divisés et compartimentés, et, d’autre part, des réalités ou des problèmes de plus en plus multidisciplinaires, transversaux, multidimensionnels, transactionnels, globaux et planétaires.

Ainsi, nous considérons les travaux de ces auteurs comme pertinents, dans la mesure où ils soulignent l’importance d’une vision pédagogique systémique, interdisciplinaire, réflexive et multidimensionnelle. La richesse de leurs recherches envisage une éducation d’avenir, fondée sur un enseignement dialogique et transformateur, prenant en compte la complexité et la réforme de la pensée et du savoir. Par conséquent, nous mettrons en lumière, à travers l’étude de ces travaux, les éléments qui incitent à la réflexion sur les connaissances nécessaires à l’éducation de demain et à la pratique pédagogique.

Pour favoriser une métamorphose de l’éducation, la formation des enseignants doit s’appuyer, selon Moraes (2021), sur l’adhésion aux concepts épistémologiques de Paulo Freire et d’Edgar Morin. Les savoirs pédagogiques développés par ces deux auteurs envisagent un enseignement transdisciplinaire, dialogique, éthique, intégratif, créatif et multidimensionnel, permettant l’application des nouvelles connaissances indispensables à l’éducation du XXIe siècle.

Nous pensons que les limites du processus d’enseignement-apprentissage résultent d’une vision réductionniste et disciplinaire, ainsi que d’une fragmentation des connaissances, ce qui se traduit par une perspective limitée et réductrice dans le processus éducatif. C’est pourquoi nous recherchons une conception de l’éducation fondée sur une formation des enseignants ancrée dans de nouvelles connaissances, avec une vision plus complexe, plus large et transformatrice, permettant de former des individus plus humains, critiques et responsables. Il est cependant urgent de redéfinir les pratiques pédagogiques à partir de processus de formation guidés par la complexité et une éducation transformatrice. Dans ce contexte, la problématique de recherche suivante a émergé : comment concevoir un programme de formation des enseignants qui articule la pensée complexe d’Edgar Morin et la pédagogie sociopolitique de Paulo Freire ?

À cette fin, nous envisageons une formation des enseignants fondée sur de nouveaux savoirs ancrés dans la complexité, pour une éducation transformatrice, dans une perspective critique et réflexive. Face à ce défi, l’enseignement doit intégrer les nouveaux savoirs nécessaires à la formation des enseignants, en tant que ressources pour relever les défis de l’enseignement et de l’apprentissage.

MÉTHODE

La recherche sur le thème « La connaissance d’Edgar Morin et de Paulo Freire pour une pratique pédagogique transformatrice » a fait l’objet d’une étude menée auprès d’un groupe d’enseignants brésiliens et portugais participant à une formation en ligne, sous la supervision d’une équipe de recherche d’un établissement d’enseignement supérieur de l’État du Paraná. Cette recherche, financée par le CNPq, s’intitulait : « La connaissance de Morin et de Freire dans le réseau d’interconnexions de la vision de la complexité et de l’éducation critique : des outils pour un changement de paradigme dans la pratique pédagogique ».

L’étude a soulevé la problématique suivante : comment concevoir un programme de formation des enseignants qui articule la pensée complexe d’Edgar Morin et la pédagogie sociopolitique de Paulo Freire ? L’objectif général était d’analyser, avec les enseignants participant à la recherche, la pertinence d’intégrer les connaissances d’Edgar Morin et de Paulo Freire dans leur pratique pédagogique.

Pour atteindre l’objectif de l’étude, une approche de recherche qualitative a été privilégiée, car elle privilégie l’étude de contextes significatifs. Creswell (2010, p. 211) décrit la recherche qualitative comme « interprétative, le chercheur étant généralement impliqué dans une série d’expériences approfondies et soutenues avec les participants ». L’étude présentée ici est exploratoire, puisqu’elle porte sur un objet d’étude nécessitant des informations complémentaires. Selon Sampieri et al. (2013), les études exploratoires permettent, entre autres, d’approfondir la connaissance de phénomènes relativement méconnus, d’obtenir des informations sur la possibilité de mener une investigation plus complète dans un contexte réel particulier et d’établir des priorités pour les recherches futures.

Les études exploratoires permettent de se familiariser avec des phénomènes relativement méconnus, d’obtenir des informations sur la possibilité de mener des recherches plus approfondies dans un contexte particulier, d’explorer de nouveaux problèmes, d’identifier des concepts ou des variables prometteurs, d’établir des priorités pour les recherches futures ou de vérifier des affirmations et des postulats. Ce type d’étude est courant en recherche, notamment lorsque les informations sont rares (Sampieri et al., 2013).

La démarche exploratoire s’est concentrée sur le développement d’une recherche-action qualitative, permettant d’analyser la pertinence de la construction des connaissances à partir du contexte de recherche. Selon McNiff (2002), la recherche-action suit un cycle interactif comprenant la planification, la mise en œuvre, l’observation des résultats et une réflexion sur le processus. Ce cycle permet des ajustements continus, les participants jouant un rôle actif dans l’identification des problèmes, l’élaboration des stratégies d’intervention et la prise de décision tout au long du processus.

Le contexte de recherche était composé de 52 enseignants brésiliens et portugais travaillant dans l’enseignement fondamental. La recherche a impliqué la participation active et collaborative des enseignants par le biais de questionnaires, de la production de textes et d’une participation dynamique et réflexive à un forum Google Classroom.

Afin de garantir leur anonymat, les enseignants ont été désignés par les lettres P1 à P52. Ils ont été invités à s’exprimer pendant et à la fin du processus d’enquête, en relatant leurs expériences vécues lors des modules de formation et des discussions collectives. Ces interventions ont été enregistrées. Dans leurs contributions enregistrées, ils ont pu démontrer la nécessité d’une pratique pédagogique qui prenne en compte l’autonomie et le rôle actif de l’élève, notamment dans le cadre de l’utilisation de méthodologies actives combinées aux technologies numériques.

Pour la constitution des données, nous avons discuté avec les enseignants de l’importance de leurs récits d’expériences pédagogiques, en nous appuyant sur leurs perceptions de la formation des enseignants et sur l’articulation des idées d’Edgar Morin et de Paulo Freire. Ces échanges ont eu lieu via un forum sur Google Classroom.

L’aspect méthodologique de la recherche était fondamental pour l’investigation, la méthode scientifique choisie guidant l’analyse et l’investigation afin d’atteindre les objectifs fixés. Après avoir déterminé le champ d’investigation et les participants, nous avons défini l’ensemble des procédures, méthodes et techniques permettant de construire une vision spécifique de la réalité et de garantir la crédibilité des résultats. La méthodologie de recherche-action qualitative et exploratoire a permis : (i) de répondre de manière satisfaisante à la problématique de recherche ; (ii) d’atteindre les objectifs fixés pour le projet de recherche ; (iii) de mener une analyse précise et rigoureuse ; (iv) d’établir des indicateurs pertinents et fondamentaux pour aborder les concepts de la formation des enseignants.

La méthode d’analyse documentaire et de contenu employée s’appuie sur les techniques de vérification et les procédures méthodologiques définies par Bardin (2020). Ce dernier conçoit cette procédure de description analytique comme une méthode de catégorisation, permettant la classification des composantes à partir des données et éléments extraits de l’analyse documentaire. L’analyse de contenu est une technique de recherche utilisée pour explorer et comprendre les significations sous-jacentes des textes, discours, images ou autres types de données. Selon Bardin (2020, p. 11), « l’analyse de contenu constitue actuellement un ensemble d’instruments méthodologiques de plus en plus précis et en constante amélioration, applicables à des « discours » extrêmement divers ». Elle propose une description objective, systématique et quantitative du contenu lui-même, tout en permettant l’analyse des significations.

En ce sens, cette recherche a pris en compte la collecte de données et d’informations grâce aux contributions des enseignants participants, ainsi que l’analyse de contenu de ces données et informations, afin de comprendre les significations et d’en extraire les significations, les communications et les interprétations de la réalité.

RÉSULTATS

Concernant les contributions des 52 enseignants participants, tous issus de l’enseignement fondamental, recueillies lors de l’étude des modules thématiques, nous avons observé leur adhésion aux idées de Freire et Morin ainsi que la présence d’éléments et de concepts issus de ces auteurs dans leurs pratiques pédagogiques. Ceci souligne le dialogue mené par les auteurs en faveur d’une éducation transformatrice, fondée sur le dépassement du paradigme simplificateur. Afin de garantir leur anonymat, les enseignants ont été désignés de P1 à P52. Ils ont été invités à s’exprimer tout au long et à la fin du processus de recherche, à travers des récits de leurs expériences vécues lors des modules de formation et des discussions collectives, lesquels ont été enregistrés et documentés. Dans leurs contributions enregistrées, ils ont démontré la nécessité d’une pratique pédagogique qui prenne en compte l’autonomie et le rôle actif de l’élève, et qui intègre la contextualisation de manière transdisciplinaire et dialogique dans la conduite de leurs enseignements.

Nous mettons ici en lumière les contributions des participants concernant l’analyse de la première catégorie, « éducation transformative/transformation ». Nous avons vérifié l’identification des participants avec Freire et Morin en nous basant sur la convergence de leurs concepts dans les pratiques pédagogiques des enseignants en matière d’éducation transformative, comme l’a rapporté P7 :

« Je partage l’avis de Paulo Freire et d’Edgar Morin : leurs enseignements sont fondamentaux pour améliorer et transformer l’éducation. Paulo Freire nous démontre que l’éducation ne se limite pas à la transmission de connaissances, mais est transformatrice, libératrice, créative et transcendante, permettant à l’apprenti d’être acteur de faire son propre apprentissage et de contribuer positivement à son avenir. Edgar Morin, quant à lui, présente la transdisciplinarité comme la voie à suivre pour une éducation et un savoir complexes et transformateurs, toujours ouverts au changement. Freire et Morin nous incitent à repenser nos pratiques pédagogiques et à valoriser le savoir et la compréhension subjectifs de chaque individuel, en nous appuyant sur l’attention portée aux apprenants, la contextualisation, l’expérience et la réalité individuelle, afin d’enseigner plus efficacement et d’offrir à l’élève la possibilité d’apprendre par la pratique, en s’appuyant sur la théorie à la pratique. Ces deux auteurs partagent le même objectif : transformer l’éducation et nous apprendre à toujours fonder nos pratiques pédagogiques sur l’éthique, le respect de la dignité humaine, et bien plus encore. » (P7)

Cette déclaration rejoint l’opinion de P33 concernant l’importance de travailler avec le dialogue épistémologique entre Freire et Morin pour une éducation politique et transformatrice :

« Je partage les idées de Paulo Freire et d’Edgar Morin sur l’éducation, envisagée comme un acte intentionnel et politique, comme l’unique moyen de transformation sociale et comme un facteur permettant de dépasser le savoir fragmenté et réductionniste qui empêche une grande partie de la population de s’épanouir pleinement en tant qu’êtres humains, à la fois uniques et divers. Je crois que ces deux aspects permettent de comprendre les implications persistantes et émergentes qui caractérisent le processus d’enseignement-apprentissage et l’intervention nécessaire. » (P33)

La pratique d’une pensée complexe et transdisciplinaire englobe le développement et l’importance d’une rationalité dialogique, intuitive et globale, au sein d’une culture engagée en faveur de la responsabilité sociale et politique, des valeurs de la vie et de l’urgence d’agir pour la transformation sociale, sous le couvert des besoins éducatifs (Fleury et Behrens, 2022). Dans cette perspective, Petraglia et al. (2020) établissent un lien entre deux penseurs majeurs du contexte éducatif contemporain, qui encouragent une réflexion avec et au sein de la diversité en privilégiant l’éducation comme vecteur de transformation de la société.

De la convergence des pensées de Morin et de Freire, nous soulignons la nécessité de parler davantage d’éducation à l’humanisation. En ce sens, ils insistent sur l’urgence de dépasser les modèles éducatifs conservateurs, fondés sur des stéréotypes traditionnels, et d’établir une compréhension de l’éducation dans le rôle dialogique de l’enseignement et de l’apprentissage, dans les relations entre enseignants et élèves, avec l’objet de connaissance à comprendre et son contexte local, sans pour autant négliger la dimension globale. Tout cela conduit à penser les singularités, sans pour autant ignorer la multiplicité et la diversité (Guérios et al., 2021).

Pour la transformation des pratiques pédagogiques, fondée sur le dialogue entre Freire et Morin, nous constatons, à travers les témoignages d’enseignants, la nécessité de dépasser le paradigme simplificateur associé à des pratiques traditionnelles et fragmentées. Dans cette perspective, P49 a souligné :

Je partage l’avis de Freire lorsqu’il affirme que l’acte d’éduquer est un processus continu impliquant à la fois l’enseignant et l’apprenant, et que tous deux enseignent et apprennent ; autrement dit, ce qui échappe à l’un peut être présent dans le savoir de l’autre. Malheureusement, un enseignement fragmenté, axé sur des matières isolées, affaiblit et entrave la transformation, et il nous incombe, à nous enseignants, de rechercher des alternatives pour permettre d’éventuels changements. Certes, ce n’est pas chose aisée, mais la pensée de Morin nous aide à mieux appréhender la navigation à travers divers domaines du savoir, à identifier l’importance d’autres domaines que celui dans lequel nous avons été formés, et ainsi à enrichir nos cours de nouvelles connaissances et compétences. J’ai compris que la pensée complexe nous conduit à diverses perspectives sur les aspects qui touchent notre réalité et celle de nos élèves, qu’ils soient sociaux, culturels, politiques, religieux, économiques, etc. Tout cela contribue à ce que, par l’éducation, nous ayons un esprit bien formé et non un esprit encombré d’éléments qui ne contribuent pas à notre développement intellectuel, éducatif et émotionnel. (P49)

Ce compte rendu est similaire à la contribution de P48 concernant l’identification aux concepts de Freire et Morin et leurs convergences vers le dépassement du paradigme simplificateur :

« Non seulement je partage leur point de vue, mais il m’est impossible de ne pas m’identifier aux propositions de Paulo Freire et d’Edgar Morin, d’autant plus qu’ils parviennent à présenter une vision systémique et holistique de la manière dont l’éducation devrait être conçue, représentée et chérie ! Ces penseurs présentent de nombreuses convergences. Ainsi, à mon sens, il existe un chemin commun entre eux : celui du dépassement du passé, par le dépassement du paradigme newtonien-cartésien et simpliste, afin de semer le présent, par la création d’une nouvelle vision pédagogique et la réforme de la pensée, pour la construction de l’avenir, avec la vision d’une éducation qui favorise l’épanouissement de la personne, du sujet éthique – un citoyen conscient, libre, responsable et citoyen du monde. » (P48)

Face aux nouveaux contextes éducatifs, Prigol et Behrens (2020) soulignent la nécessité d’une réforme de la pensée et d’une reconnexion des savoirs. Ceci implique une transformation de l’éducation et des pratiques pédagogiques des enseignants, et requiert un soutien immédiat à la formation initiale et continue des enseignants, intégrant une nouvelle théorie de l’éducation. L’objectif est ainsi de dépasser une vision paradigmatique positiviste, réductionniste et fragmentée qui a traditionnellement structuré la formation et les connaissances des enseignants.

Dans cette perspective, nous privilégions une conception de l’éducation qui s’appuie sur les constructions épistémologiques de Freire et Morin, soulignant l’importance du dialogue et la convergence des points de vue. Ce dialogue permet de tisser des pistes qui soutiennent épistémologiquement une pratique pédagogique nouvelle, complexe et transformatrice. Parmi les convergences et complémentarités entre les deux théories, nous soulignons la vision éthique, la réforme de la pensée, la contextualisation, le dialogue, l’autonomie et le rôle protagoniste de l’étudiant dans la reconnexion des connaissances (Prigol ; Behrens, 2020).

Considérant la nécessité de favoriser le rôle actif des élèves et l’identification des enseignants aux concepts de Freire et Morin pour la formation d’individus autonomes et proactifs, P50 a souligné :

« Je partage pleinement l’idée que l’éducation ne saurait se réduire à un simple acte de transmission du savoir (peut-être une simple reproduction du savoir mondial transmis de génération en génération), mais qu’elle doit être un acte politique, créatif, transcendant et libérateur. Même en enseignant à de jeunes enfants, je crois qu’il est essentiel de travailler avec cette idée et d’offrir à mes petits le plaisir de découvrir et de construire, de voir comment de simples choses nouvelles qu’ils apprennent ou construisent transforment leur vie, leurs relations et les font grandir sur les plans pédagogique et humain. J’aime donner aux plus jeunes l’occasion d’être les protagonistes de leur propre histoire et de leur propre parcours, et oui, comme Paulo Freire et Edgar Morin l’ont justement souligné, de faire en sorte que les élèves deviennent des sujets responsables de leur propre processus de formation et de transformation. » (P50)

Ce point de vue rejoint l’opinion de P9 lorsqu’il aborde l’importance de favoriser le rôle actif des élèves dans le processus d’enseignement-apprentissage pour une éducation transformatrice :

« Je partage l’avis de ces deux penseurs, car les idées de Freire et de Morin rejoignent les changements proposés dans le nouveau programme du lycée où je travaille. Ils placent l’élève au cœur de son propre parcours éducatif. De plus, tous deux proposent d’établir des liens entre les différents domaines du savoir, car la connaissance scientifique s’inscrit dans un contexte complexe qui doit être appréhendé dans son ensemble et non de manière isolée. » (P9)

Il est nécessaire et urgent de considérer l’éducation comme un moteur d’émancipation des élèves et de reconstruction du sujet social actif, capable d’ouvrir de nouvelles voies dans le développement continu des savoirs. En ces temps d’incertitudes, caractéristiques de l’ère contemporaine, la pensée éducative requiert un dialogue critique et une ouverture constante à la nouveauté. Dans cette perspective, nous mettons en lumière l’articulation des idées de Freire et Morin, dont les contributions et les points communs de leurs postulats pour l’avenir du champ éducatif sont soulignés (Nascimento, 2013).

Selon Moraes (2021), la pratique éducative dialogique du sujet social contemporain appréhende la complexité, en s’appuyant sur le respect de la dignité humaine, de l’identité planétaire, de la diversité culturelle et sur la recherche de voies menant à une éducation dédiée à l’étude de la complexité et à l’éducation dialogique. Dès lors, nous comprenons que le dialogue entre Freire et Morin met en lumière des fondements épistémologiques qui s’interconnectent et se complètent, formant des présupposés épistémologiques qui soutiennent un travail pédagogique interdisciplinaire et transdisciplinaire, en vue d’une pratique éducative dialogique, complexe et émancipatrice (Moraes, 2021). C’est ce que P23 a souligné en rejoignant la perspective des auteurs sur la transdisciplinarité.

« Je partage les idées de Freire et de Morin et je suis fasciné par la dynamique qui consiste à considérer l’importance d’impliquer différents niveaux de réalité, différents domaines ou champs de connaissances avec nos élèves, ce qui exige de nous une véritable pensée transdisciplinaire pour la compréhension, la rencontre des savoirs. Je crois qu’une attitude transdisciplinaire est absolument nécessaire, qu’il s’agit de naviguer entre différents champs de connaissances afin que l’éducation ne soit véritablement valable, comme il le souligne, que lorsqu’elle contribue à former un esprit équilibré. » (P23)

L’opinion de P23 converge avec le récit de P35 sur la transdisciplinarité dans la poursuite d’une pratique plus dialogique et multidimensionnelle :

« Je partage cet avis et crois fermement que les connaissances et les enseignements de Paulo Freire et d’Edgar Morin sont essentiels pour améliorer et transformer l’éducation. Paulo Freire nous montre que l’éducation ne doit pas se limiter à la transmission de savoir, mais doit être transformatrice, libératrice, créative et transcendante, permettant à l’apprenant d’être acteur de son propre apprentissage et responsable d’un avenir meilleur. Edgar Morin, quant à lui, présente la transdisciplinarité comme la voie à suivre pour une éducation et un savoir complexes et transformateurs, toujours ouverts au changement. » (P35)

Selon Boneti et al. (2021), s’appuyant sur la pensée d’Edgar Morin et de Paulo Freire, il est possible de construire une école centrée sur l’enseignement en adoptant des prémisses indispensables, telles que : la connaissance se construit par le dialogue ; l’interrelation entre recherche objective et subjective ; l’interconnexion de la nature et de la subjectivité avec l’objectivité rationnelle ; l’interconnexion du monde scolaire et du monde pratique de la vie, avec la resignification du mot ; la reconstruction de l’idée d’union entre la vie et la mort ; la valorisation de l’esprit critique, de la curiosité et de la recherche dans la pratique éducative ; l’attribution de qualité et de rationalité à la poésie, à l’expression littéraire et à l’art ; la rupture avec la pensée linéaire de la dualité entre cause et effet ; la rupture avec le précepte de l’infaillibilité de la connaissance ; l’association de la connaissance comme capacité de lecture non seulement du mot, mais aussi du monde social, politique, économique, culturel, bref, du monde pratique de la vie.

La tentative de convergence entre Freire et Morin suggère, au sein de Brauer et Freire (2021), une discussion pertinente, qui donne la mesure de distances encore plus grandes au sein du paradigme traditionnel et souligne l’importance de la construction d’un savoir situé. Ce savoir, ancré dans les connaissances antérieures de l’apprenant et sa réalité, est ensuite converti en modes de pensée et d’action écologiquement responsables, médiatisés par le langage, et transformateurs de la pensée, de l’individu et de la société. À cette fin, il y a la nécessité de concevoir des pratiques sociales et des discours qui soient non seulement neutres, mais qui englobent les choix d’idées et de politiques, révélant des rapports de pouvoir susceptibles d’engendrer divers effets dans le monde social.

Dans ce processus d’humanisation de l’espace éducatif, P16 aborde la nécessité d’un travail de contextualisation selon la perspective de Freire et Morin, en vue de la transformation du réel.

Au-delà de mon adhésion aux idées de Freire et Morin sur l’éducation, je suis convaincu qu’elles offrent de nombreuses solutions aux défis que l’éducation devra relever demain. J’aimerais souligner certaines de leurs idées auxquelles je souscris, la première, à mon avis, étant partagée par les deux auteurs, bien que présentées différemment. La contextualisation de l’enseignement, des contenus et des connaissances à développer en éducation fait de plus en plus consensus parmi les enseignants, et c’est en grande partie grâce à ces auteurs. Freire nous alerte sur la nécessité d’une compréhension approfondie du contexte et de la société dans lesquels l’école et les élèves évoluent. C’est à partir de cette connaissance du réel que nous identifierons les mots et les thèmes qui suscitent l’intérêt des élèves pour les activités pédagogiques favorisant l’acquisition de connaissances et l’apprentissage. C’est également à partir de ces contenus contextualisés et circonscrits que l’enseignant entreprend d’élargir le contenu aux niveaux national et international, tout en le généralisant. (P16)

Cette déclaration trouve des similitudes avec l’opinion de P34, identifiant les concepts de Freire et Morin lorsqu’il s’agit de contextualisation et de socialisation dans toutes les facettes de l’enseignement :

Je partage totalement ce point de vue ! Pour moi, les concepts de Paulo Freire selon lesquels il n’y a pas d’enseignement sans apprentissage et que l’enseignement n’est pas un simple transfert de connaissances constituent le fondement et l’essence même du métier d’enseignant ; ce serait le minimum, à mon sens. De plus, la complexité de la pensée de Morin, qui consiste à appréhender l’élève comme un être humain multidimensionnel, à analyser le contexte, l’aspect social et toutes les facettes afin que l’enseignement soit aussi inclusif et large que possible, est essentielle. Comme le soulignent ces deux penseurs, l’éducation est politique, fondée sur l’éthique et la citoyenneté. Le savoir est un trésor inestimable, qui nous rend plus complets et plus humains au sein de la société complexe dans laquelle nous vivons. J’ai vraiment apprécié d’approfondir ces concepts et je m’y suis pleinement reconnu ! Excellent ! Toute l’éducation dans le monde devrait reposer sur ces principes. (P34)

Pour Freire et Morin, l’éducation est un instrument de démocratie et de citoyenneté, visant, par le dialogue, à construire une éducation complexe, critique, réflexive et transformatrice. Selon Guimarães (2020), Freire fonde sa conception de l’éducation sur la capacité concrète de l’élève à apprendre et à se développer, dans un processus de découverte de soi en tant que sujet critique et autonome. Morin, quant à lui, développe une conception théorique de l’être humain comme un être multidimensionnel. Tous deux proposent la participation d’expériences concrètes, appliquant leurs théories fondées sur la contextualisation et l’humanisation, afin de faire évoluer le modèle éducatif et de promouvoir une perception de la réalité nouvelle, vers une vision systémique, dialectique et expérientielle.

Selon Moraes (2021) et Fleury et Behrens (2022), Morin et Freire envisagent la recherche d’une nouvelle posture de l’humanité dans la société. Tous deux aspirent à une vision renouvelée de l’homme et du monde et considèrent l’enseignant et l’élève comme des collaborateurs dans le processus d’enseignement-apprentissage, démontrant ainsi dans leurs postulats l’importance du dialogue pour le développement de pratiques plus démocratiques, éthiques et inclusives. Partant de cette conception et de l’importance de leurs travaux pour une pédagogie plus dialogique en vue de la transformation du paysage éducatif, P25 a déclaré :

« En tant qu’institutrice dans l’État du Paraná, je m’efforce d’appliquer les idées de Freire et de Morin dans ma pratique quotidienne. C’est un défi car le système éducatif est organisé de manière fragmentée et repose sur un modèle bancaire (un dépôt de connaissances), mais par l’étude, la discipline et la pratique, inspirés par ces penseurs et aussi par les échanges avec les élèves, nous œuvrons à une éducation plus dialogique. » (P25)

Le point de vue de P25 rejoint la déclaration de P46 concernant la nécessité de dépasser un modèle d’éducation bancaire et réductionniste pour adopter une pratique pédagogique fondée sur le dialogue et la participation des étudiants.

« Morin et Freire conçoivent tous deux l’homme comme un univers de possibles. Dans cette perspective, l’éducation doit être un instrument de croissance et de découverte. L’humanisation se réalise dans la mesure où l’on transcende les limites et les frontières prédéterminées de la pensée. Un système scolaire qui cherche à uniformiser ses sujets, en les classant de manière segmentée, est incapable d’offrir la libération et la transcendance nécessaires. En ce sens, que ce soit à travers la dialectique mise en avant par Freire ou la perspective épistémologique et de complexité soulignée par Morin, tous deux perçoivent le sujet et la société dans lesquels il vit à partir d’une éducation fondée sur le dialogue. » (p. 46)

L’éducation transformatrice et complexe de Freire et Morin s’inscrit dans un dialogue constructif pour la construction du savoir et souligne l’importance de contextualiser les contenus, de développer l’autonomie des élèves et de disposer d’un enseignant démocratique, éthique, critique et empathique. Dans la perspective d’une éducation axée sur la compréhension des réalités sociales, locales et globales, les auteurs insistent sur la pertinence de la dimension éthique, qui englobe les dimensions personnelle, civique et sociale ; autrement dit, ils œuvrent pour une éducation qui enseigne comment vivre avec amour (Prigol ; Behrens, 2020).

Les témoignages des enseignants ont révélé leur adhésion aux idées de Freire et Morin ainsi que la présence d’éléments et de concepts issus de ces auteurs dans leurs pratiques pédagogiques. Ils s’inscrivent ainsi dans une démarche visant à construire une éducation transformatrice, en dépassant le paradigme simpliste qui appréhende le savoir et le savoir-faire de manière fragmentée et réductionniste. Nous avons constaté que les enseignants comprennent la nécessité d’une pratique pédagogique transformatrice qui valorise l’autonomie et la participation active des élèves, en intégrant la contextualisation de manière transdisciplinaire et en s’appuyant sur le dialogue et la compassion dans leur pratique enseignante.

DISCUSSION

À partir des témoignages des participants recueillis tout au long et à la fin du cours en ligne, nous avons constaté la présence d’éléments et de concepts issus des travaux de Freire et Morin, ainsi que de leur dialogue épistémologique, dans les pratiques pédagogiques des enseignants. L’accent a été mis sur la construction d’une éducation transformatrice, fondée sur le dépassement du paradigme simplificateur qui appréhende le savoir et le savoir-faire de manière fragmentée et réductionniste, et qui ne s’inscrit pas dans un modèle d’éducation standardisé, ni aujourd’hui ni demain. Par conséquent, les enseignants ont souligné la nécessité d’une pratique pédagogique transformatrice, attentive à la complexité, qui prenne en compte l’autonomie et le rôle central de l’apprenant, travaille à la contextualisation de manière transdisciplinaire, et privilégie le dialogue et la bienveillance dans la conduite de l’enseignement.

       La recherche a mis en évidence la nécessité de redéfinir les pratiques pédagogiques par le biais de processus de formation ancrés dans la complexité et l’éducation transformatrice, en tenant compte du dialogue entre les concepts de Freire et de Morin. Ce dialogue favorise de nouvelles pratiques pédagogiques pour une éducation transformatrice centrée sur l’éthique, la condition humaine, le développement de la compréhension, l’acceptation de la pluralité individuelle, la diversité culturelle et l’engagement dans les relations individu-nature-société, en privilégiant les savoirs transdisciplinaires. De plus, il offre une riche opportunité d’explorer différentes perspectives sur la construction du savoir, l’éducation et la compréhension de la complexité.

L’intérêt des travaux d’Edgar Morin et de Paulo Freire réside dans la possibilité d’enrichir et d’élargir leurs approches de la compréhension du savoir, de l’éducation et de la complexité, face à une réalité de plus en plus globalisée. Leurs contributions respectives sont significatives. Ainsi, la complémentarité de leurs perspectives sur les questions liées au savoir, à l’éducation et à la transformation sociale a motivé la convergence de leurs travaux.

Les constructions épistémologiques de Paulo Freire et d’Edgar Morin, confirmées par la recherche-action, ont permis une synergie entre leurs approches, favorisant une compréhension plus approfondie et plus globale des enjeux éducatifs et sociaux. L’intégration de leurs perspectives a conduit à l’élaboration d’un cadre conceptuel plus solide pour relever les défis éducatifs plus complexes d’un monde de plus en plus technologique.

Les interventions des enseignants ont mis en lumière l’urgence de dépasser le paradigme simplificateur encore dominant, caractérisé par la fragmentation, le cloisonnement des savoirs et des approches monodisciplinaires qui réduisent la connaissance à de simples dimensions quantifiables. Ce modèle engendre une « intelligence aveugle », incapable de saisir la complexité et de promouvoir une compréhension globale du réel. Il devient donc essentiel de plaider en faveur d’une éducation critique, transformatrice et dialogique, profondément ancrée dans le vécu des élèves, les exigences contemporaines de la société et les enjeux culturels et économiques qui imprègnent le quotidien scolaire.

CONSIDÉRATIONS FINALES

Dans le cadre des connaissances et des pratiques pédagogiques des enseignants, cette recherche visait à répondre à la question suivante : comment concevoir un programme de formation des enseignants qui articule la pensée complexe d’Edgar Morin et la pédagogie sociopolitique de Paulo Freire ? L’objectif général a été atteint grâce à une analyse interprétative qui a mis en lumière la pertinence d’intégrer les constructions théoriques des deux auteurs afin de constituer un nouveau savoir indispensable à la formation des enseignants contemporains.

L’enquête, menée selon une approche qualitative et ancrée dans la recherche-action, s’est avérée pertinente pour répondre à la problématique posée. La démarche méthodologique a permis une analyse rigoureuse de la pertinence des travaux de Morin et de Freire pour une pratique pédagogique critique et transformatrice. Ce travail de recherche a abouti à la création d’une formation pédagogique en ligne, qui a permis de réfléchir aux nouvelles exigences éducatives et à la nécessité d’intégrer une vision complexe, dialogique et éthique dans le travail d’enseignement.

Les résultats indiquent que la réalité éducative actuelle exige l’adoption des fondements épistémologiques défendus par Freire et Morin. Les liens entre leurs idées soulignent la nécessité d’une approche pédagogique transdisciplinaire, intégrative et créative, centrée sur le développement humain. Ainsi, l’importance des connaissances nouvelles pour l’éducation de demain a été mise en évidence, capables de promouvoir des transformations significatives au sein de l’environnement scolaire et d’orienter les pratiques éducatives vers des enjeux contemporains plus pertinents.

Afin de mieux comprendre ces pratiques, nous avons cherché à construire une démarche d’investigation favorisant le dialogue entre différentes informations, contextes et perspectives. Cette démarche, articulée autour de la pensée complexe de Morin et de la pédagogie libératrice de Freire, a révélé que, selon les enseignants participants, les pratiques pédagogiques doivent être repensées à la lumière de ces cadres conceptuels pour transformer véritablement la réalité éducative.

On espère que les résultats de cette étude contribueront à une nouvelle perspective sur l’école et sur la société elle-même, qui exige aujourd’hui d’autres manières d’apprendre et de comprendre la complexité du monde. Il est urgent de consolider l’école comme un espace vivant, dialogique, critique et intellectuellement stimulant, où les élèves peuvent penser, agir et coexister en s’appuyant sur des processus de formation pertinents et contextualisés.

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Pour citer cet article
Référence électronique : Patrícia Fonseca Ferreira Fleury «  La pertinence des enseignements d’Edgar Morin et de Paulo Freire pour une formation pédagogique transformatrice. », Educatio [En ligne], 16bis | 2026. URL : https://revue-educatio.eu

Droits d’auteurs
Tous droits réservés

[1] Enseignante en éducation – Université pontificale catholique du Paraná – Brésil