La laïcité pour vivre ensemble avec nos différences

Bruno Garnier, Théodora Balmon et Jacky Le Menn (sous la direction de)
Université de Corse – Albiana – 2017 – 218 p.

Cet ouvrage procède, lui aussi, d’un colloque universitaire, tenu en Corse en décembre 2016. Et, de fait, plusieurs communications portent sur des thématiques propres à l’ile. Cependant, il importe spécialement de signaler celle du Professeur Bruno Garnier, qui y enseigne les sciences de l’éducation, en raison de la clarté bienvenue avec laquelle il met en évidence quelques aspects des problématiques de la laïcité.

Et d’abord, contrairement à ceux pour qui elle viserait une inculcation idéologique particulière, un rationalisme exclusif, l’auteur signale d’emblée que « elle n’est pas une option spirituelle parmi d’autres ; elle est ce qui rend possible la coexistence de toutes les options, philosophiques ou religieuses » (p. 12). Elle pose « l’égalité en droit des options spirituelles et religieuses » (p. 13). Mais, surtout et plus encore, reprenant le titre du colloque « vivre ensemble avec nos différences », il indique à juste titre que ce n’est pas « vivre malgré nos différences » (p. 20). Le choix de ce mot change tout. Il faudrait souligner davantage encore qu’il signifie et induit des stratégies opposées : « malgré » implique de s’efforcer péniblement de supporter et de subir ces différences pour sauver une coexistence, alors que « avec » comporte de les accueillir et de les respecter sans les camoufler. Aujourd’hui, il est clair que l’appréhension à l’égard de l’Islam, se substituant à celle que soulevait naguère le christianisme, accroît ce désir d’occulter : on est à l’inverse de l’ouverture que préconisait P. Jouguelet : « parler de tout, avec tous » (1). Passer de « malgré » à « avec » serait, pour une société moderne, un bel objectif.

En revanche, il est contestable d’écrire que celui-ci « implique également que toutes les religions respectent les lois de l’Etat » (p. 13). On sait bien, depuis Antigone, qu’il n’en est pas ainsi et que des conflits violents et graves peuvent surgir de l’incompatibilité morale d’une mesure injuste ou contraire à des convictions fondamentales. C’est là une source de contentieux qu’il ne suffit pas de nier pour le tarir, et des polémiques contemporaines le confirment douloureusement. La loi ne supprime pas les problèmes qu’elle prétend s’efforcer de réguler. Une autre question est posée  par une remarque de M. Auduc qui, après une claire analyse des vertus de la laïcité, écrit que l’Ecole « enseigne des savoirs légitimes et non des croyances ou des opinions » (p. 90). On retrouve ce laïcisme rationaliste qui, en assimilant et en proscrivant dédaigneusement « croyances » et « opinions », témoigne d’une légèreté épistémologique qui expose logiquement cette « opinion » à un non moins légitime dédain. On renvoie pour cela à la recension des Actes du Colloque de Lyon. Quoi qu’il en soit, cela confirme combien il est difficile de vivre avec nos différences.

Guy Avanzini