L’Église, une institution vulnérable à l’écoute de son trouble

Thierry Le Goaziou[1]

 

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Résumé :

Dans un contexte sociétal où elle peine à se faire entendre, l’Église, comme institution fragile du peuple de Dieu rassemblé, doit prendre soin d’elle-même malgré les multiples crises qu’elle traverse. En s’appuyant sur sa faiblesse institutionnelle – qui lui donne paradoxalement sa force, selon la logique paulinienne (2 Co 12) – et enracinée sur un ailleurs – le Christ ressuscité -qui la précède depuis toujours, elle doit pouvoir puiser dans son fondement afin de valoriser sa vocation prophétique pour annoncer au monde ce qu’il a besoin d’entendre, sans hésiter à le troubler et à le mettre devant sa responsabilité. Récusant la tentation liminaire d’une crispation autocentrée, toujours possible, jamais souhaitable, elle est invitée à s’ouvrir sans crainte, en allant au-delà d’elle-même, poursuivant avec détermination sa mission évangélisatrice jusqu’aux confins de la terre, « sans ombre ni trouble » (Ps 33)

Mot Clés : Église, sensibilité, liminalité, soin, vocation prophétique.

Abstract :

In a societal context where it struggles to make its voice heard, the Church, as a fragile institution of the gathered people of God, must take care of itself despite the many crises it is facing. Drawing on its institutional weakness – which, paradoxically, gives it its strength, according to Pauline logic (2 Cor 12) – and rooted in a realm beyond this world – the risen Christ, who has always gone before it – it must be able to draw upon its very foundation in order to fulfil its prophetic vocation: to proclaim to the world what it needs to hear, without hesitating to unsettle it and hold it to account. Rejecting the initial temptation of self-centred rigidity – always possible, never desirable – it is called to open itself without fear, reaching beyond itself, and resolutely pursuing its evangelising mission to the ends of the earth, ‘without shadow or disturbance’ (Ps 33).

Keywords: Church, sensitivity, liminality, care, prophetic vocation

En contrepoint de l’exploration sur la vulnérabilité dans le monde éducatif, cet article aborde la façon dont l’Église, en tant qu’institution, comme peuple de Dieu rassemblé, vit sa fragilité sensible en l’intégrant dans son fonctionnement et sa mission.

En effet, elle est invitée à écouter, à décrypter, à accueillir et à valoriser les multiples perturbations qu’elle ressent, qu’elle traverse. Celles-ci la font vibrer. L’Église doit pouvoir en prendre la mesure. Elle est invitée à se mettre au diapason de ce qu’elle éprouve, à l’écoute de sa propre vulnérabilité. C’est afin de mieux s’accepter, de reconnaître ses limites, de s’obliger à se recentrer sur ce qui fait l’essentiel de sa mission qu’un tel discernement est utile. Le psalmiste le pressent lorsqu’il supplie le Seigneur face aux difficultés diverses qu’il lui faut affronter : « Quand la détresse de ce temps trouble ton Église, soutiens sa longue prière : qu’elle garde en mémoire ta fidélité de toujours[2]. » L’Église en prière confie au Seigneur ce qui la perturbe, ce qui l’écartèle, ce qui la fait douter d’elle-même. Elle en sort raffermie, déterminée. Elle se sent soutenue par la fidélité du Seigneur. De ce point de vue, elle se retrouve en capacité d’abandonner ce qui l’inquiète afin de se tourner vers ce qui lui donne sens et légitimité. Face à un monde parfois illisible, souvent dangereux, régulièrement perturbé, l’Église ne doit pas se laisser détourner de son objectif. Si elle accepte de le faire, c’est pour mieux intérioriser ce qui secoue le monde afin de le soutenir, de le préserver. Enracinée dans une foi indéfectible au Christ, elle absorbe le trouble du monde. Elle lui permet de progresser et de s’apaiser. Sa capacité de compréhension lui offre, en retour, la possibilité de s’adresser au monde. Dans cette perspective, elle ne doit pas hésiter à le troubler, c’est-à-dire à l’interroger d’une façon critique sur sa responsabilité globale face aux multiples défis de la planète. Elle est invitée à assumer pleinement sa vocation prophétique. C’est ce double mouvement, accueillir et porter la détresse mondaine, critiquer et secouer la désolation de l’humanité qui est susceptible de rendre l’Église audible et attractive en faisant de sa vulnérabilité structurelle une force et une puissance dans un dynamisme d’agir.

Cette contribution comprendra quatre étapes. D’abord, puisant aux sources de Vatican II, un rappel de la constitution de l’Église comme peuple de Dieu sensible. Ensuite, un détour par la notion de liminalité qui précédera une réflexion sur la capacité de l’Église, comme institution vulnérable, à prendre soin d’elle-même. Enfin, une valorisation de sa dimension prophétique qui s’appuie précisément sur sa faiblesse pour affirmer, selon une logique toute paulinienne, la force de l’Esprit qui l’inspire et la précède.

1. Un peuple de Dieu sensible

Les deux constitutions de Vatican II sur l’Église définissent un cadre pertinent et cohérent pour une réflexion ecclésiologique[3]. Elles permettent de l’appréhender dans la diversité de son histoire et dans la complexité de son fonctionnement. Le fait que les pères conciliaires aient choisi d’indiquer en premier lieu la dimension mystérieuse de l’Église en valorise la dimension intemporelle. Le mystère, contrairement au problème qui se résout, se contemple[4]. Le croyant est invité à s’approprier cette caractéristique originelle et fondamentale. C’est en se rendant « perméable (aux] infiltrations de l’invisible[5] » qu’il réalise à quel point l’Église englobe et surpasse l’imagination et la représentation singulières. Néanmoins, cette approche globale ne minore pas la difficulté presque aporétique de définir l’Église : « La question de l’Église est une de celles qu’on ne pose pas artificiellement, […] Elle engage trop d’enjeux vitaux, pour le chrétien et le non-chrétien, pour l’individu et la société[6]. » L’Église est donc tout autant un mystère dans l’ordre de la foi qu’un problème, voire une énigme pour le regard profane. Cette qualité de l’Église universelle se déploie dans une vision éminemment sensible ; l’Église est le corps mystique du Christ : « Dans ce corps, la vie du Christ se répand dans les croyants que les sacrements, d’une manière mystérieuse et réelle, unissent au Christ souffrant et glorifié[7]. » Cette diffusion atteint l’ensemble des membres de l’Église. Elle rayonne et permet à chaque croyant de progresser sur la voie de la conversion. Elle soutient et renforce également l’Église en tant que corps, autant charnel qu’institutionnel. Une Église-corps qui se déploie dans de multiples directions. Un corps sauvé par la force de l’Esprit protecteur[8]. Un corps sacramentel qui permet à chaque croyant mortel d’être en lien vivant avec le corps du ressuscité[9]. L’Église n’est-elle pas « sacrement du salut des hommes dans le temps de l’histoire[10] ? » Néanmoins, elle doit fait face, quotidiennement, à de multiples perturbations, internes et externes : « La vertu du Seigneur ressuscité est sa force qui lui permettre de vaincre dans la patience et la charité les afflictions et les difficultés qui lui viennent à la fois du dehors et du dedans, et de révéler fidèlement au milieu du monde le mystère du Seigneur, encore enveloppé d’ombre, jusqu’au jour où, finalement, il éclatera en pleine lumière[11]. » L’Église peut donc prendre appui auprès de l’unique source vivifiante. Dans un geste d’abandon, elle consent à se laisser porter par la dynamique résurrectionnelle. Loin d’être un corps monolithique, l’Église est riche de sa pluralité. De ce point de vue, Vatican II valorise, en particulier, l’identification analogique au peuple de Dieu[12]. Elle est certes une communauté historique qui se déploie comme tout groupe d’appartenance humaine. Mais, plus encore, « elle est peuple de Dieu dans la mesure où elle porte la marque de l’origine et du mode de rassemblement du peuple de Dieu[13]. » Cette capacité à faire peuple, l’Église la tire de la qualité de sa relation avec le Christ. Enfin, l’Église a une vocation missionnaire spécifique qui lui confère une place particulière dans le monde : « En prêchant l’Evangile, l’Église dispose ceux qui l’entendent à croire et à confesser la foi, elle les prépare au baptême, les arrache à l’esclavage de l’erreur et les incorpore au Christ pour croître en lui par la charité jusqu’à ce que soit atteinte la plénitude[14]. » Ce rapport au monde est un vecteur de croissance, de maturation, de gestion de la conflictualité. L’Église, à l’instar de chaque baptisé, est partie prenante du monde. Elle appartient à la Création. L’Église pérégrinante porte « dans ses sacrements et ses institutions, qui relèvent de ce temps, la figure du siècle qui passe[15]. » A ce titre, elle porte une lourde responsabilité éthique et la façon dont l’Église s’acquitte de cette tâche détermine sa capacité à s’inscrire dans un chemin de sainteté : « L’Église, dont le saint Concile présente le mystère, est aux yeux de la foi indéfectiblement sainte[16]. » L’appel à la plénitude de la vie chrétienne passe par une recherche permanente de cet état. Celui-ci n’est pas statique et figé mais dynamique et provisoire. Par nature discontinu, il rappelle que l’itinéraire pour y accéder est tout aussi important que le but final recherché. De ce point de vue, l’appel universel à la sainteté suggérée par Lumen Gentium est davantage un combat qu’une certitude, une voie contrariée qu’un accompagnement apaisé.

Complémentairement à une approche dogmatique, Vatican II a également approfondi la dimension pastorale du déploiement ecclésial[17]. Gaudium et Spes place au début de son déroulement un exposé préliminaire sur la condition humaine dans le monde d’aujourd’hui[18]. Rédigé il y plus de cinquante ans, il frappe par la modernité de sa tonalité et la lucidité de son diagnostic. Il constitue ainsi un témoignage pertinent sur la capacité de l’Église à jeter un regard efficient sur le monde qui l’entoure et dont elle fait partie. « Scruter les signes des temps[19] » est un exercice éthique exigeant. Il ne peut être complaisant. Par ailleurs, c’est une tâche permanente à laquelle est appelée chaque nouvelle génération de croyant. Cet exposé montre que les craintes, les inquiétudes et les angoisses de ceux qui ont précédés la génération chrétienne actuelle restent identiques. Sans doute, ce sont-elles mêmes amplifiées, voire dégradées ! L’observation inquiète de l’accélération de la décomposition de la planète en témoigne. Une approche éthique et écologique intégrale est aujourd’hui devenue indispensable. C’est une préoccupation majeure du magistère qui l’a récemment rappelé. Il en fait un axe d’analyse et d’action chrétienne prioritaire[20]. Cette urgence éthique rejoint le constat déjà repéré par les pères du Concile. Ceux-ci indiquent qu’au-delà de l’intelligence et de la capacité créatrice humaine, l’individu moderne « ne parvient pas toujours à s’en rendre maître [de son pouvoir][21]. » Plus encore, « s’efforçant de pénétrer plus avant les ressorts les plus secrets de son être, il apparaît souvent plus incertain de lui-même[22]. » Cette incertitude tend à se généraliser et met l’homme devant un impératif. Elle lui enjoint de devoir rendre compte de sa destinée :

« Marqués par une situation si complexe, un très grand nombre de nos contemporains ont beaucoup de mal à discerner les valeurs permanentes ; en même temps, ils ne savent pas comment les harmoniser avec les découvertes récentes. Une inquiétude les saisit et ils s’interrogent avec un mélange d’espoir et d’angoisse sur l’évolution actuelle du monde. Celle-ci jette à l’homme un défi ; mieux, elle l’oblige à répondre[23]. »

Les perturbations intérieures que l’individu éprouve s’inscrivent pleinement dans cette orientation. De ce point de vue, le trouble apparaît comme l’expression d’un mal-être, d’une foncière incertitude. Si le croyant ordinaire est le sujet d’une inquiétude multiforme, l’Église toute entière résonne du cumul de ses ressentis perturbés. En les compactant et en les portant, l’Église vibre au diapason de ses membres. La crainte génère une dysharmonie qui se répand sans limite, elle ébranle les fondements sur lequel l’Église est bâti. Pour les Pères, les déséquilibres du monde moderne ne peuvent être contestés. Ils s’imposent et influencent d’une façon négative l’action de l’homme. Néanmoins, ils s’inscrivent dans un « déséquilibre plus fondamental qui prend racine dans le cœur même de l’homme[24]. » La distorsion intérieure provient d’une division interne. Elle est issue des écartèlements existentiaux que l’être humain rencontre. Ce postulat met en avant la nécessité d’œuvrer en priorité au sein de l’espace intérieur. La conversion individuelle est le vecteur d’une amélioration qualitative du monde. Le chrétien ne peut y échapper car selon l’anthropologie christologique de Vatican II, « la réalisation de la vocation de l’homme correspond à [son] salut[25]. » C’est parce qu’il est conforme à sa condition d’être sauvé que le croyant réalise sa destinée. Il se doit de découvrir le salut préparé pour lui. Cependant, il ne cesse d’être sollicité dans le cadre d’une accélération permanente et agressive des propositions mondaines ; « il est sans cesse contraint de choisir et de renoncer[26]. » Face à cette dégradation globale du sens de la vie et de la condition humaine, l’Église, comme l’y invite le Concile, doit réagir et proposer une perspective morale globale, acceptable et accessible au plus grand nombre. Elle s’y emploie, guidée et soutenue par l’Esprit du ressuscité. Elle développe ainsi une stratégie de communication basée sur un rapport avec le monde mutuel et bénéfique. Elle revendique sa capacité à aider tout homme, quelle que soit sa situation. Elle cherche « à soustraire la dignité de la nature humaine à toutes les fluctuations des opinions qui […] rabaissent exagérément le corps humain ou, au contraire l’exaltent sans mesure[27]. » L’Église entend préserver l’individu de la barbarie et de la perversion. Elle souhaite, à l’inverse, valoriser sa créativité et son dynamisme. Sa parole publique cherche une voie d’équilibre, nuancée et prudente, mais aussi ferme et déterminée. En retour, en tant que « structure sociale visible[28] », elle s’enrichie par sa relation au monde. Elle se nourrit d’un dialogue constructif et curieux dans une dynamique d’alliance multiforme. Elle se veut audible afin d’atteindre, de rassurer et de promouvoir tous ceux et celles qui appellent à son secours. Cette vision chrétienne universelle entend développer, partout dans le monde, des formes de vie qui permettent un meilleur bien-être. Son ambition éthique met en avant des valeurs humaines inspirées par les béatitudes évangéliques. Cette intention ne signifie pas, pour autant, qu’elle bascule inévitablement dans l’aveuglement ou le déni. L’Église est consciente de la « défaillance[29] » de certains de ses membres. Elle ne cherche pas à camoufler ses carences institutionnelles. Elle reconnait la distance qui sépare le message évangélique de la faiblesse humaine. L’histoire montre qu’elle n’a pas toujours été d’une exemplarité et d’une fidélité incontestables. Comme institution humaine, elle est éminemment faillible et profondément perfectible. Le fait d’être guidée par l’Esprit-Saint ne la rend pas parfaite, loin de là. Comme corps vivant, elle est sensible et fragile. Elle est donc réceptive à ce qui la touche. Enfin, elle se laisse atteinte par les multiples crises que l’humanité rencontre. Elle n’est pas imperméable mais vulnérable. De ce point de vue, elle n’est pas à l’abri de la tentation de vouloir se protéger, en s’isolant.

2. Face à la crise, la tentation de la liminalité

Si l’on considère que « la foi chrétienne est expérience de fragilité[30] », il n’est pas anormal d’estimer que la situation de crise constitue un terrain d’existence ecclésial ordinaire, au point que l’Église devrait s’y enraciner durablement. Elle cesserait ainsi de craindre pour son intégrité lorsqu’elle la rencontre. De ce point de vue, une critique sociétale virulente permet de révéler sa vulnérabilité institutionnelle intrinsèque. L’Église est un édifice marqué par une incertitude fondamentale. Son origine est celle d’un tombeau vide qui ne cesse de résonner. Sa croissance part d’un manque structurant ; l’absence inexpliquée d’un corps malmené. Qui n’est plus là où les disciples l’attendaient. Un corps de ressuscité qui refuse la fixation, dont témoignent les récits d’apparition évangéliques. Le fait de s’en rendre compte est une chance pour rebondir, une opportunité à saisir pour aller de l’avant en cessant de gémir sur les contrariétés rencontrées, en s’appuyant sur sa faiblesse pour mieux atteindre le monde et se laisser toucher par sa détresse. Cependant, au regard de l’éthos sociétal du XXIème siècle, le chrétien constate avec une certaine inquiétude que les fondements structurants de l’Église sont ébranlés. Autrefois, sans doute, l’Église était en capacité « d’organiser un sol, c’est-à-dire une terre constituée : à son intérieur, on avait la garantie sociale et culturelle d’habiter le champ de la vérité[31]. » L’enracinement était possible, l’appartenance religieuse était socialement structurée. Elle constituait une norme ferme et stable. L’identité chrétienne était reconnue et acceptée. Etre croyant était un repère signifiant. La rigueur éthique du chrétien était louée. La portée de ses interrogations sur le sens de l’existence était jugée pertinente et éclairante. Le constat aujourd’hui est désenchanté : « A présent, semblable à ces ruines majestueuses d’où l’on tire des pierres pour construire d’autres édifices, le christianisme est devenu pour nos sociétés un fournisseur d’un vocabulaire, d’un trésor de symboles, de signes et de pratiques réemployés ailleurs[32]. » L’Église n’échappe pas à cette déconstruction. La vérité semble fuir la foi. L’institution ecclésiale est frappée de plein fouet par une désaffiliation généralisée. La désaffection pour les « choses de la fin[33] » s’étend. Son sol est devenu mouvant. Ses repères malléables et contestées. L’identité chrétienne qui constituait un socle solide devient fragmentée, friable. Elle se fissure, disséminant ses anciennes certitudes dans un espace social déstructuré. Rien ne semble pouvoir freiner cette « hémorragie qui vide en silence des structures laissées intactes mais exsangues, coquilles abandonnées par la vie[34]. » Le vide, l’indifférence s’installent dans les anciens contenus dogmatiques. La foi n’attire plus. Elle a perdu son attractivité. Ses angles se ramollissent. L’Église n’est plus audible ou exilée dans un espace marginal moral, défendant le dernier carré de son influence jadis si puissante.

Le cadre de référence évoqué dans le paragraphe précédent, dont le Concile est le promoteur éclairé, ne fonctionne plus. S’il agit encore, ce n’est que partiellement, à la marge, d’une façon discontinue, au sein d’îlots de résistance éparpillés. L’Église est ainsi contrainte de trouver un point d’équilibre qui perpétuellement la fuit ; ses tentatives de recomposition sont toujours précaires. Elle se retrouve, en permanence, contrainte de s’inventer. Elle vit une époque perturbée dont l’impact ne cesse de résonner. Elle semble condamnée à stagner sur une ligne de départ dont elle n’arrive pas à s’éloigner. Ses remises en causes semblent décalées, en retard. Elle ne parvient pas ou mal à rejoindre les multiples préoccupations des peuples et des sociétés. Il lui faut reprendre sa tâche missionnaire par le début, chaque jour. Cette répétition parfois perçue comme vaine est déroutante. Elle va ainsi de rupture en rupture, de commencement en commencement, ballotée par une raréfaction du croire, une amplification de la méfiance institutionnelle, un refus des arguments d’autorité. Elle cherche quotidiennement le meilleur moyen pour parvenir à habiter chrétiennement le monde tout en réassurant sa solidité intérieure. Accepter les mutations qui changent le monde, parfois le défigurent permet de rebondir. On ne peut cependant passer son temps à déplorer le processus de sécularisation. Celui-ci constitue le nouvel espace d’évangélisation. Comme institution susceptible d’être un objet d’analyse pour le regard sociologique ou l’enquête anthropologique, l’Église souffre de multiples maux et les qualificatifs qui la décrivent aujourd’hui sont sévères : institution ébranlée, argumentation dogmatique qui ne convainc plus, système désenchanté qui ne fait plus rêver. Les commentateurs n’en finissent plus d’annoncer le déclin inévitable du christianisme[35]. Ils parient sur un discrédit incontestable, une césure sociétale irréparable. Dans une société qui s’affranchit du divin, l’Église n’est plus en capacité de tenir sa vitalité prophétique. Traversée par des courants contradictoires, elle est menacée par la tentation de vouloir se replier sur elle-même. La communauté chrétienne peine ainsi à accepter la sortie du religieux qui caractérise la postmodernité[36]. Elle vivrait ce nouvel environnement avec difficulté, éprouvant une sorte de traumatisme paralysant[37]. Pour d’autres, elle serait menacée « par la fragmentation et la sectorisation, risquant de perdre son orientation diaconale et missionnaire dans [le] monde[38]. » Tant de choses, internes et externes, troublent l’Église aujourd’hui qu’elle risque de perdre effectivement de vue l’essentiel. Des situations inacceptables contribuent à amplifier ce phénomène de désertification. L’ébranlement provoqué par la pédocriminalité, par exemple, constitue un exemple emblématique de la crise morale que l’Église traverse[39]. Cette situation est particulièrement cruelle car elle touche aux fondements éthiques de son discours public et social. Les conséquences du silence, de l’absence de dénonciation sont désastreuses. En effet, c’est une perte éthique affligeante qui indique un déni profond de clairvoyance et de discernement spirituel. La gestion de cette crise incite les croyants à déserter. Elle ne peut être attractive pour ceux et celles qui, sur le seuil de la foi, en recherche, auraient eu envie de la rejoindre.

Il convient néanmoins de nuancer ce diagnostic sévère et souvent excessif. Cette relativisation ne remet pas en cause la nécessaire vigueur de cette dénonciation. Une telle dérive est inacceptable, cependant, il convient de se souvenir que l’Église a traversé de nombreuses crises. Son histoire est émaillée de ruptures, de séparations, d’effondrements, de guerres, de massacres et elle est, pour autant, toujours vivante. D’autre part, la période actuelle n’est ni pire ni meilleure qu’une autre. Les exigences éthiques évoluent et l’Église doit s’y adapter. Elles constituent simplement le nouveau cadre normatif de référence sociétale. Certes, l’environnement du monde perçu comme un village est complexe mais l’analyse gagne à rester nuancée et positive : « Voilà ce qui arrive au christianisme : il est pris dans les flots tumultueux qui le conduisent sur les terres encore incertaines de la postmodernité, avec le reste du monde[40]. » Pour le croyant attaché à son Église, la fin du christianisme est difficilement envisageable. En revanche, la « fin d’un christianisme[41] » est tout à fait probable et sans doute nécessaire pour avancer. L’objectif est de parvenir à se décentrer du déclin annoncé. La méthode consiste à penser positivement la culture en abordant favorablement l’éthos culturel où est immergée l’Église. Dans cette perspective, il convient d’inventer d’autres moyens de transmission de la foi que la simple énonciation des arguments d’autorité, supports des contenus dogmatiques. Il est alors possible de concevoir et de mettre en œuvre une annonce renouvelée de la transcendance chrétienne. La dynamique pastorale est invitée à innover, se mettant ainsi en capacité de rendre compte de l’espérance qui habite le chrétien (1 P 3,15). Reste que les difficultés à surmonter, pour y parvenir, sont nombreuses. Leur dimension aporétique est réelle. Le changement ne peut s’inscrire que dans la durée, en faisant preuve de patience et d’humilité.

Face à l’incertitude et au doute, tant dans son fonctionnement interne que vis-à-vis des défis du monde, l’Église peut être tentée par le repliement sur soi. La critique permanente qui l’assaille est de nature à crisper la structure institutionnelle. Le recentrement sur les fondamentaux est toujours l’indice d’une régression. La différence de l’altérité ne peut être éthiquement refusée même si celle-ci est cruelle, radicale et dévastatrice. Cette préférence de la fermeture, cette fuite de l’autre s’illustrent grâce à la notion de liminalité. Il est, en effet, toujours tentant, vis-à-vis de l’adversité d’abandonner. Par manque de courage, l’Église pourrait ainsi s’inscrire dans un espace liminaire spécifique. Celui-ci l’isolerait du monde. Les croyants appartenant à cet espace n’échapperaient pas à un processus inévitable d’exclusion et d’incompréhension. Ils ne pourraient s’en extraire car la dynamique propre à la liminalité serait rompue. L’analyse anthropologique constate que l’émergence de la liminalité provient d’une rupture de la continuité des rites de passage. Les sociétés humaines sont rythmées par un ternaire structurant « séparation, marge, agrégation. » Chaque moment est celui d’une expérience spécifique : préliminaire pour la phase de séparation d’avec le monde antérieur, liminaire pour la phase de marge, de seuil qui met à distance du monde, postliminaire pour l’agrégation avec le monde nouveau[42]. C’est en autonomisant la phase centrale que la liminalité s’installe dans la durée. Elle se fige dans une attitude d’autarcie, estimant pouvoir être autosuffisante[43]. Elle n’a plus besoins des apports du monde extérieur. Les échanges sont réduits et s’appauvrissent. Elle considère que le monde d’avant appartient au passé et que le monde d’après n’est pas digne d’être rejoint. Ce qui, au départ, n’était qu’un entre-deux provisoire finit par s’institutionnaliser. Le groupe liminaire fonde ainsi sur lui-même sa propre légitimité. La dangerosité d’une telle attitude réside dans le fait qu’elle n’a plus de distance critique, qu’elle bascule dans l’autojustification permanente. Elle considère avec suspicion ce qui vient la remettre en cause. L’expérience liminaire est un espace clos, autocentré. Ce concept peut s’appliquer à l’Église. Celle-ci a toujours promu des phénomènes communautaires spécifiques. La réalité monastique, par exemple, peut être perçu comme une illustration du phénomène de liminalité : « Dans l’Occident chrétien, la Règle de saint Benoît est destinée à la vie des hommes qui souhaitent vivre en communauté et se voué entièrement au service de Dieu par l’autodiscipline, la prière et le travail[44]. » Les ordres monastiques présentent de nombreuses similitudes remarquables avec les groupes marqués par la liminalité. Plus récemment, ce sont développés des mouvements « communautariens » porteurs d’une conception chrétienne puissante basée sur la formation éthique des sujets[45]. Ces nouvelles communautés de foi poursuivent à leurs façons les intuitions du mouvement charismatique, autre structure liminaire ecclésiale. Elles ont en commune le fait de vouloir vivre une authenticité spirituelle qu’elles ne trouvent plus dans le monde. Au risque d’en rompre le lien structurant et de s’enfoncer dans un isolement mortifère et fixatoire. Ce constat d’une frontière liminaire de certaines formes religieuses n’est pas contestable. De l’extérieur, il caractérise la vie spirituelle dans la tradition chrétienne. Cependant, le regard de l’ethnologue ne peut percer la raison profonde de ce regroupement séparé. Ce n’est pas par refus du monde mais pour honorer la condition chrétienne. Celle-ci consiste à appartenir au monde sans lui appartenir vraiment. « Le chrétien est étranger au monde, il est un pèlerin, un voyageur qui n’a pas d’endroit pour reposer sa tête[46]. » Par ailleurs, la densification des structures communautaires répond à une logique de fidélité inventive et d’intensification. Elles récusent l’exclusion et l’isolement. C’est pour vivre le mieux possible de la foi de l’Evangile que les croyants se regroupent en communautés structurées. En se ressourçant, elles sont plus à même d’annoncer l’Evangile partout sur la planète. Reste que cette démarche volontaire d’une mise à part du monde n’est pas à l’abri de multiples dérives. L’entre-soi ecclésial génère toujours une forme de certitude qui s’arcboute sur ses convictions. Cette forme d’Église finit par mépriser ce qui ne lui ressemble pas. Elle porte sur le monde extérieur un regard qui bascule dans l’orgueil, tel le pharisien qui se compare au publicain (Lc 18, 9-14). Elle ne juge pas digne d’accueillir ceux qui ne lui appartiennent pas. Cette crispation finit par générer des formes excessives d’existence. Le fanatisme en est une expression radicale. Il ne tolère plus la différence. Sa motivation se nourrit de sa justification qui, constatant le refus d’adhésion de l’autre, se renforce dans son bien-fondé. On peut considérer que cette perspective ecclésiale est une défiguration de celle initialement voulue par le Christ. La joie de l’Evangile ne peut admettre une telle orientation. Le magistère rappelle fermement la nécessaire transformation de l’Église. Sa nature est d’être ouverte. Sa vocation missionnaire doit être valorisée et développée, en accueillant le monde, en récusant et en combattant l’économie de l’exclusion et du rejet des plus pauvres[47].

La priorité éthique d’un refus de l’isolement de l’Église s’oppose à la tentation de la liminalité. L’un des moyens pour y parvenir consiste à ce qu’elle laisse résonner en elle les troubles et les perturbations qui la secouent. Ce n’est que par l’acceptation de sa vulnérabilité que l’Église pourra être digne de la mission qui lui est confiée. Pour consentir à ses faiblesses, elle est invitée à s’écouter elle-même, en confiant au Seigneur ce qui la tracasse. En lui remettant en permanence les contrariétés et les contradictions au sein desquelles elle se débat lourdement. Le recours au concept de résonance permet de rendre compte et de structurer cette attitude. C’est un outil d’écoute et d’auto diagnostic qui offre à l’institution la possibilité de ne pas fuir les vibrations qui la secouent. Elle offre une alternative crédible à une liminalité organisationnelle envahissante. Elle contribue à renouveler le sens de son action et de sa mission, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur d’elle-même.

3. L’Église, une institution fragile invitée à prendre soin d’elle-même

Le diagnostic d’une crise durable et profonde de l’Église évoqué précédemment est une invitation à sortir de la désespérance. Face à ce qu’elle ressent, face à ce qui la traverse, elle se doit de réagir dans une double direction. En interne, elle est invitée à écouter ses troubles. En laissant résonner en elle la parole du Christ. En se laissant toucher par la puissance de l’Esprit. En s’appuyant sur Celui qui depuis toujours la précède. Pour y parvenir, elle est invitée à prendre soin d’elle-même en s’appuyant sur l’intensité de sa prière. En externe, elle est tenue de se rappeler sa vocation prophétique. Celle-ci la rend capable d’annoncer au monde la bonne nouvelle de l’Evangile. Cet engagement ne doit pas craindre le monde. Au contraire, l’Église possède la capacité de troubler l’espace sociétal. En acceptant son trouble intérieur et en n’hésitant pas à secouer le monde, l’Église trouve un équilibre, un souffle vibratoire. Elle accomplit sa mission. La première direction est abordée ci-dessous. La seconde direction est traitée dans le paragraphe suivant.

En tant qu’institution, comme corps constitué, l’Église possède une architecture organisationnelle qui impacte durablement ses membres et son fonctionnement. On peut aisément admettre qu’elle relève d’un « modèle missionnaire » qui se caractérise d’une part par un système riche de valeurs et de croyances, d’autre part par un processus d’appartenance unificateur. L’un et l’autre dépendant d’un leadership incontestable[48]. Elle doit lutter, par ailleurs, sur un double front qui consiste à éviter l’isolement liminaire tout en se préservant de l’assimilation indifférenciée[49]. Le sens ultime de sa mission constitue un point d’ancrage fondateur. L’ensemble de ceux qui revendiquent leur appartenance à l’Église s’y référent en permanence. Cette classification considère également que les institutions, comme tout groupement constitué inscrit dans le temps, possèdent une certaine vulnérabilité. Elles doivent continuellement se réinventer, s’adapter aux nouvelles normes sociales, anticiper les évolutions sociétales pour continuer tout simplement d’exister. L’institution, par nature, est un édifice précaire et il importe, de ce point de vue, de prendre la mesure de la fragilité de l’organisation ecclésiale. L’accélération du monde renforce la vulnérabilité institutionnelle. Certains commentateurs n’hésitent pas à évoquer la défaillance des structures instituées en posant « le constat récurrent de leur inadaptation face aux situations complexes et atypiques auxquelles elles doivent répondre[50]. » Cet impératif vient questionner la légitimité de l’Église. Est-elle encore capable de répondre aux attentes du monde ? N’est-elle pas, peu ou prou, disqualifiée ? Les crises qu’elles traversent ne contribuent-elles pas à la rendre inopérante, inefficace, inaudible ? Parvient-elle encore à compenser une usure inévitable, par défaut d’adaptation ? De ce point de vue, l’Église doit être capable de faire institution autrement, en modifiant son style. Si elle veut rester une organisation apprenante, elle est invitée à faire preuve d’élasticité sans perdre en route l’essentiel. Cette souplesse valorise la plasticité des corps sociaux structurés qui sont ainsi susceptibles de résilience. Ils s’avèrent capable de surmonter leurs échecs, en tournant la page, en acceptant de reconnaître de s’être trompés. Si l’on partage ce constat d’une Église vulnérable, il faut admettre qu’elle a alors besoin d’être étayée, soutenue dans sa quête. Car, au fond, elle ne possède rien d’autre que sa propre foi en Christ pour structurer et développer sa mission, pour rendre compte de son existence. Se recevant d’un autre, elle ne peut se justifier elle-même. Elle est donc dépendante de l’amour que Dieu lui délivre. C’est sous son ombre qu’elle tire sa vitalité. C’est la raison pour laquelle une attitude de vigilance est nécessaire pour supporter son existence[51]. Le ministère épiscopal, en particulier, est chargé d’une responsabilité éthique spécifique. Il doit prendre soin du peuple qui lui est confié, tout comme le Christ a pris soin des disciples qu’il a choisis. Ce souci du peuple de Dieu par l’autorité ecclésiale permet de transformer « la vulnérabilité en grâce[52] » en le plaçant sous la protection de l’Ecriture.

Prendre au sérieux la vulnérabilité ecclésiale consiste à laisser résonner les multiples troubles qui inquiètent l’Église. Chaque membre qui la compose peut ressentir ce qu’elle éprouve en activant intérieurement son sentiment d’appartenance. Chaque chrétien porte dans sa singularité les failles et les blessures qui l’atteignent. Mieux encore, l’Église doit s’inscrire dans une démarche volontaire, globale et institutionnelle. Celle-ci consiste à choisir librement d’accepter d’être perturbée, malmenée. Elle est invitée à consentir à ce qui la trouble. Selon la proposition paulinienne (2 Co 12,1-10), c’est de sa faiblesse qu’elle peut tirer une force. La faiblesse du trouble est inscrite dans l’expérience de la démaîtrise. Des affects surgissent à l’improviste, expression d’un mal-être, d’une incertitude, d’une forme d’angoisse. C’est en consentant à les accueillir que la faiblesse cède la place à la force spirituelle. Celle-ci n’empêche rien ; elle ne retient rien non plus. Ce renversement logique est une opportunité dont l’Église doit se saisir afin de s’approprier pleinement ce qui la contrarie. Accepter son trouble, c’est le laisser résonner. C’est en l’écoutant et en l’offrant au Seigneur qu’une intériorisation de l’effroi est possible. Celle-ci met à distance l’inquiétude. Elle s’exerce à ne pas se laisser emporter pour le flux des émotions. Se demander à quoi peut bien ressembler la couleur, l’odeur, la forme de tel ou tel affect permet de ne pas être dupe de sa manifestation. Le discernement ecclésial permet d’éviter l’attrait du leurre[53]. Ce n’est pas parce que l’Église accueille ce qui la perturbe qu’il lui faut admettre l’imposture et la tromperie. Celles-ci sont toujours une tentative complaisante de souscription à une forme de paresse spirituelle. En évitant d’analyser en profondeur les causes de la perturbation, les raisons du trouble, les motifs du doute. C’est en accueillant les épreuves inévitables, parfois justifiées, qui se dressent contre elle que l’Église peut relativiser ses craintes. Elle accède ainsi à une forme d’apaisement lucide et constructif. Une sagesse spirituelle susceptible de renforcer sa légitimité.

L’un des espaces où la résonance est permanente, pour autant qu’on y soit attentif, est celui de la prière et il en existe de multiples définitions. Elles sont aussi nombreuses que les façons de prier sont variées. La prière est avant tout désir de connaître Dieu, un besoin de le contempler, de le voir face à face, au sein d’une vision béatifique[54]. Elle est parfois de l’ordre du gémissement, du cri[55], comme la plainte du palmiste qui toujours a soif de Dieu et ne cesse de le chercher (Ps 62, 2) : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, épuisée, sans eau. » Elle permet de centrer l’attention « sur la présence de Dieu en nous[56] » en consentant à l’accueillir. Elle est aussi l’espace privilégié où une modalité relationnelle spécifique et singulière émerge. Mouvement d’élévation vers Dieu, elle peut prendre la forme d’une démarche progressive, qui opère par étapes ou par degrés permettant une sortie de soi afin d’atteindre une sorte d’illumination, une forme d’union à Dieu[57]. Elle est parfois soudaine, presque brutale. Elle étourdit alors l’orant qui fait l’expérience d’une sidération ; celle d’être saisi par Dieu. Parfois fluide, elle est aussi expérience de l’âpreté. Si l’alacrité s’y invite, la désolation n’est pas en reste. La prière comme processus est d’ailleurs une expérience déroutante ; à partir de quand un croyant peut-il estimer avec justesse qu’il est bien en train de prier ? Probablement jamais. L’incertitude de la prière la rend inclassable. La finalité reste inconditionnée. Son paradoxe réside également dans le fait qu’elle ne garantit rien. La prière est promesse mais sa réponse est aléatoire. Elle est parole, demande mais aussi silence car parfois, il n’est pas utile de verbaliser ce que l’orant offre au Seigneur (Ps 138,4) : « Avant qu’un mot ne parvienne à mes lèvres, déjà Seigneur tu le sais. » Le croyant lutte pour réussir à apprendre à prier correctement (Luc 11,7). Il s’efforce de suivre l’une des recommandations évangéliques majeures qui consiste à prier sans discontinuer, sans se lasser, en persévérant (Lc 18,1). De ce point de vue, la prière est un exercice incertain, périlleux, qu’il faut perpétuellement renouveler. Ce monde intérieur constitué par la prière est contrasté, à la fois lumineux et opaque. Une certitude persiste néanmoins ; le croyant comme l’Église toute entière « ne peut vivre sans le poumon de la prière[58]. » Celle-ci est susceptible d’aider l’Église à travailler sur elle-même. C’est une illustration possible du mouvement intérieur d’acceptation du trouble. Ce qu’elle vit dans la prière, l’Église peut l’étendre à toutes les autres situations existentielles qu’elle rencontre, supporte, accompagne. Elle en tire un bénéfice qui la met en position favorable afin de ne pas se laisser abattre. Elle peut rebondir, en reprenant l’avantage sur ce qui la freine ou la bloque. Elle se retrouve armée pour annoncer au monde la bonne nouvelle évangélique. Cette annonce peut s’avérer conflictuelle si elle vient déranger le caractère absurde du monde. Cette perspective permet à l’Église de valoriser la force de sa parole prophétique.

4. La vocation prophétique de l’Église qui vient troubler le monde

L’Église doit accepter de prendre soin d’elle-même. C’est parce qu’elle s’estime et se reconnait vulnérable qu’elle n’hésite pas à se mettre sous le regard protecteur et rassurant de Dieu. En s’appuyant sur la puissance de son Esprit saint, elle est en capacité d’écouter et d’intégrer les perturbations mondaines qui l’assaillent, les troubles qui la secouent, sans éprouver de vertige paralysant. En intériorisant les crises traversées, elle laisse résonner leur impact. Ce travail intérieur lui permet de mieux les accepter. Ce faisant, elle y trouve une énergie nouvelle et celle-ci la rend susceptible en retour de s’adresser à ce même monde pour lui rappeler l’importance de ses droits et plus encore celle de ses devoirs. Elle rappelle à la création toute entière l’inaliénable dignité de tout être vivant, sa nécessaire protection, l’indispensable promotion de son épanouissement. Par cette parole forte, l’Église laisse résonner la bonne nouvelle de l’Evangile dans le monde. Par son intermédiaire, elle permet aux vibrations des béatitudes de se répandre. Elles atteignent chaque être humain dans sa singularité. C’est en redevenant combative qu’elle invente les vecteurs pertinents de demain pour la transmission de la foi. Cette posture prophétique et missionnaire relève de l’exercice légitime de son charisme[59]. Elle n’est pas propriétaire de ce talent mais délégataire. Le don de la parole lui est soufflé par la puissance divine. C’est par la communion au rayonnement du Christ qu’elle accomplit sa mission. Elle ne doit pas en avoir peur. Au contraire, elle ne devrait avoir de cesse de s’en montrer digne. Guidée par l’Esprit, elle va au-devant du monde en le considérant non comme un adversaire ou un ennemi mais comme un partenaire. C’est le lieu explicite de l’annonce du Christ ressuscité. C’est l’espace central où a « lieu le combat[60] » qui met aux prises la vérité de l’Evangile et la capacité réceptive de ses auditeurs potentiels. Ce monde est susceptible d’évoluer, de changer, de comprendre. Il mérite d’être sauvé mais il ne peut y arriver seul, et cela ne se fait pas sans effort, sans durée, sans combat, sans douleur. Pour y parvenir, elle établit une forme de rupture douce avec la face obscure du monde. L’Église l’accompagne pour le soutenir dans ses efforts visant à réduire la barbarie qu’il est susceptible de produire. L’objectif de sa parole publique est de signifier au monde sa responsabilité globale, en particulier en ce qui concerne l’avenir de la planète et des générations futures. Mais pas seulement. La dimension sociale de l’Evangélisation dénonce les situations qui sont insupportables[61]. Elles sont nombreuses et variées ; de l’exclusion sociale à l’oppression, du rejet de la différence à l’emprisonnement, de la contrainte à l’aliénation. Pour celles-ci, l’exigence éthique de justice n’est pas négociable. Il ne s’agit pas de rompre brutalement la rencontre, dans le cadre d’une stratégie frontale de jugement et de condamnation. L’ambition est de promouvoir une forme d’harmonie qui ne transige pas sur les valeurs fondamentales et universelles de l’humanité. Le dialogue ecclésial ne relève pas d’une gentillesse de bon aloi mais d’un rapport critique à la vérité. C’est en allant au-devant du réel, en s’y insérant que la vérité de Dieu s’accomplit. Et non en restant au dehors, à la surface des choses et des combats. Autrement dit, le discours social de l’Église ne doit pas craindre une certaine conflictualité. Le courage qu’elle tient de Celui dont elle reçoit tout peut l’y aider. Il a y donc une urgence et une obligation morale à dire les choses telles qu’elles sont. Les dénoncer fermement lorsque cela s’avère nécessaire est un impératif éthique. L’Église tente de réparer un rapport troublé au monde en réintroduisant de la fluidité tout autant que de l’exigence. La démarche missionnaire qui consiste à prendre soin du monde passe par le charisme de la dénonciation de l’injustice sociale. Elle rend service au monde en ne le laissant pas prisonnier de ses compromissions et de ses illusions. Elle l’aide à sortir des processus d’aliénation dans lesquels il s’est enfermé et dont il ne peut sortir. De ce point de vue, l’état du monde témoigne de sa capacité à s’isoler lui-même. Il désavoue sa propre nature, sa place emblématique au sein de la création toute entière[62], pour se figer dans des espaces liminaires régressifs. La barbarie à travers la diversité de ses formes génère sa propre légitimité. Elle exclut tout ce qui est sensé et sensible et s’auto-justifie. Elle détruit tout ce qui menace son pouvoir et décime toute aspiration à la transcendance. C’est en obligeant le monde à considérer l’importance de sa condition sensible que l’Église lui indique un horizon possible d’ouverture et d’accomplissement[63]. Le monde, dans sa réception de la parole ecclésiale est invité à avoir le souci de lui-même. La reconnaissance de sa fragilité contribue à promouvoir la nécessaire « sauvegarde de la maison commune[64]. » Cet appel résonne et invite à être à l’écoute de ses propres troubles. Reconnaître ses propres impasses est possible s’il accepte d’être troublé par la parole prophétique de l’Église. En regardant en face, sans frémir, l’abîme de la catastrophe au bord duquel il se tient. Le peuple de Dieu en marche promeut ainsi un chemin de miséricorde qui cherche « à être en résonance profonde avec les enjeux de la postmodernité[65]. » Sans complaisance mais avec lucidité et charité. Sans jamais désespérer de ne pouvoir y arriver.

Pour parvenir à établir cette forme d’alliance combative, précaire et raisonnée, l’Église possède un outil pertinent : sa capacité d’annonce prophétique. Celle-ci est un atout tout autant qu’une méthode. L’atout réside dans sa liberté de ton. La parole ecclésiale est libre, inspirée par le Verbe lumineux de Dieu et aucun espace ne lui est inaccessible. Quant à la méthode, l’Église dispose des moyens de communication adaptée pour se faire entendre, même dans les endroits les plus reculés de la planète. Elle dispose donc des moyens pour réussir sa mission. Cependant, il lui faut prendre la mesure de l’impact de l’exercice concret de la fonction prophétique. Une grande majorité des oracles qui sont attribués aux prophètes dans la Bible relèvent d’une dénonciation vigoureuse de l’injustice sociale[66]. Le prophète est celui dont la reconnaissance est postérieure à son action. C’est toujours après que l’on comprend pourquoi il est intervenu avant, car il faut du temps pour admettre que sa dénonciation de l’insupportable et ses annonces de l’inimaginable sont fondées[67]. Le prix à payer de ce courage est une mise au ban de la société. S’élever contre l’intolérable est dangereux. Tous les prophètes convergent vers une critique sans concession des abus du pouvoir. Cette accusation publique les expose à la jalousie, à la vengeance, à l’éradication. L’important est qu’ils puissent être mis hors d’état de nuire. Pour que le silence revienne et que la parole de feu prophétique se taise, le pouvoir est prêt à les supprimer. Cette posture est difficile à assumer. Elle rappelle que la vocation prophétique met en jeu la totalité de l’existence. Le prophète risque sa vie. Il est souvent incompris de son vivant. Lorsqu’il parvient à se faire entendre, il est souvent trop tard. Cette posture sociale du « lanceur d’alertes » assume une condition peu enviable, celle d’une exclusion liminaire. En effet, l’expérience vécue des prophètes appelés par Dieu relève d’une liminalité existentielle. La vocation prophétique peut se comprendre comme la mise en mouvement d’une longue lignée d’êtres ordinaires. Mis à part par la puissance divine, ils sont appelés à être serviteurs et témoins au sein d’une existence nouvelle, consacrée à l’annonce de la parole. La crainte initiale de la rencontre divine (Is 6,5) est l’expression d’un trouble qui ne peut, normalement, que déboucher sur la mort. L’expérience prophétique n’est-elle pas, par nature, une expérience perturbante, voire traumatisante ? N’affecte-t-elle pas d’une façon définitive l’être appelé par Dieu ? Ne transforme-t-elle pas en profondeur celui qui est chargé d’une mission singulière ? Le prophète s’interroge, effrayé. Il doit anticiper une métamorphose inédite. Des déchirements inévitables ne manqueront pas d’advenir. Il y a alors un avant et un après de l’appel. Les récits de vocation des prophètes évoquent ce choc sidérant. L’acceptation n’est pas linéaire ou fluide. Le prophète, comme Jonas, résiste à l’appel. Cependant, on constate que la puissance de Dieu et l’attractivité de sa parole sont plus fortes que la peur de la mort et le repli sur soi. Le trouble initial du prophète est appelé à se subsumer. Marqués par l’éblouissement divin et la lourdeur de la charge qu’ils ont reçue, ils parcourent le monde sans répit. Leur identité nouvelle les conduit à l’habiter sans pourtant lui appartenir définitivement. Désormais, c’est à la mission dont Dieu les a chargés qu’ils appartiennent. Guetteur pour l’humanité (Ez 3,16), ils sont séparés du reste des mortels afin de mieux se consacrer à l’exclusivité de leur vocation. Cette attitude radicale est un modèle qui est susceptible d’inspirer l’Église. En assumant sa fonction prophétique, elle choisit de suivre un itinéraire perturbé et incertain. Elle est invitée à demeurer en Dieu au cœur du monde[68]. Elle ne craint pas l’exclusion car elle s’appuie sur Celui qui la précède et qui a vaincu le monde (Jn 16,33). Elle assume ainsi pleinement sa condition d’institution liminaire. En dépassant ses craintes, elle se dévoue avec enthousiasme et générosité.

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A partir d’un rappel de la constitution dogmatique de l’Église promulguée par Vatican II, cet article a rappelé la dimension sensible du corps ecclésial, comme peuple de Dieu incarné. La notion de liminalité aura permis de préciser la façon dont l’Église se doit de prendre soin d’elle-même, sans fuite, sans crainte, avec courage et lucidité. Cette capacité lui permet d’accepter la résonnance de sa fragilité et renforce ainsi sa mission prophétique à la face du monde. Se recevant d’un ailleurs qui la précède, l’Église vit du souffle de la révélation et dépend entièrement de Celui qui la conduit et la protège. Cette certitude heureuse lui permet de vivre et d’accepter sa vulnérabilité, sa dépendance au souffle divin sa perméabilité à l’Esprit, tant il est vrai que le seul à prendre véritablement soin du soin lui-même, c’est le Christ Seigneur que l’Église annonce et continue d’annoncer en dépit ou avec tout ce qu’elle traverse.

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Pour citer cet article
Référence électronique :
Thierry Le Goaziou, « L’Église, une institution vulnérable à l’écoute de son trouble »
Educatio [En ligne], 17| 2026. URL : http://revue-educatio.eu

Droits d’auteurs
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[1] Docteur en théologie morale, directeur général de l’ADAPEI de la Nièvre, co-directeur du 1er cycle soir au Theologicum. Aux Facultés Lopyola à Paris.

[2] Prière de conclusion du Ps 76, in Le Psautier, version œcuménique, Paris, Cerf, 2000, p. 141.

[3] Vatican II, Paris, Editions du Centurion, 1967. Constitution dogmatique Lumen Gentium, pp. 11-116 ; constitution pastorale Gaudium et Spes, pp. 207-348.

[4] Marcel Gabriel, Le mystère de l’Être, Paris, Présence de Gabriel Marcel, 1997.

[5] Marcel Gabriel, op. cit., p. 188.

[6] Vidal Maurice, L’église, peuple de Dieu dans l’histoire des hommes, Paris, Le Centurion, 1975, p. 9.

[7] Vatican II, Paris, Editions du Centurion, 1967, Lumen Gentium 7, op. cit., p. 20.

[8] Joubert Jacques, Le corps sauvé, Paris, Cerf, 1991.

[9] Sesboüé Bernard, L’homme, merveille de Dieu, Essai d’anthropologie christologique, Paris, Salvator, 2015, p. 340.

[10] Sesboüé Bernard, op. cit., p. 334.

[11] Vatican II, Lumen Gentium 8, op. cit., p. 25.

[12] Le chapitre II de Lumen Gentium.

[13] Vidal Maurice, op. cit., p. 81.

[14] Vatican II, Paris, Editions du Centurion, 1967, Lumen Gentium 17, op. cit., p. 40.

[15] Vatican II, Lumen Gentium 48, op. cit., p. 94.

[16] Vatican II, Lumen Gentium 39, op. cit., p. 78.

[17] Vatican II, Paris, Editions du Centurion, 1967. Constitution pastorale Gaudium et Spes, op. cit.

[18] Vatican II, Gaudium et Spes 4-10, op. cit., pp. 212-221.

[19] Vatican II, Gaudium et Spes 4.1, op. cit., p. 212.

[20] Pape François, Laudato Si, Sur la sauvegarde de la maison commune, Paris, Salvator, 2015.

[21] Vatican II, Paris, Editions du Centurion, 1967. Constitution pastorale Gaudium et Spes 4.3, op. cit. p. 213.

[22] Vatican II, Gaudium et Spes 4.3, op. cit., p. 213.

[23] Vatican II, Gaudium et Spes 4.5, op. cit., p. 214.

[24] Vatican II, Gaudium et Spes 10.1, op. cit., p. 220.

[25] Sesboüé Bernard, op. cit., p. 274.

[26] Vatican II, Paris, Editions du Centurion, 1967. Constitution pastorale Gaudium et Spes 10.1.

[27] Vatican II, Gaudium et Spes 41.2, op. cit., p. 261.

[28] Vatican II, Gaudium et Spes 44.3, op. cit., p. 269.

[29] Vatican II, Gaudium et Spes 43.6, op. cit., p. 267.

[30] Certeau de Michel, La faiblesse de croire, Paris, Le Seuil, 1987, p. 313.

[31] Certeau de Michel, op. cit., p. 307.

[32] Certeau de Michel, op. cit., p. 307.

[33] Sesboüé Bernard, op. cit., p. 346.

[34] Certeau de Michel, op. cit., p. 308.

[35] Xerri Jean-Guilhem, A quoi sert un chrétien ? Paris, Cerf, 2014.

[36] Dans la lignée de l’ouvrage de Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde, Paris, Gallimard, 1983.

[37] Arènes Jacques, Croire au temps du Dieu fragile, Psychanalyse du deuil de Dieu, Paris, Cerf, 2012.

[38] Theobald Christoph, « Faire de la théologie dans un christianisme diasporique », in RSR, 107/3, juillet-septembre 2019, p. 417.

[39] Margron Véronique, Un moment de vérité, Paris, Albin Michel, 2019. Thiel Marie-Jo, L’Église catholique face aux abus sexuels sur mineurs, Paris, Bayard, 2019.

[40] Xerri Jean-Guilhem, op. cit., p. 57.

[41] Xerri Jean-Guilhem, op. cit., p. 58.

[42] Van Gennep Arnold, Les rites de passage, Paris, Picard, 2016.

[43] Turner W. Victor, Le phénomène rituel, structure et contre-structure, Paris, PUF, 1990.

[44] Turner W. Victor, op cit., p. 107.

[45] RSR, « La morale chrétienne au défi des communautés », Janvier-mars 2007, Tome 95/1.

[46] Turner W. Victor, op cit., p. 107. Inspiré par Lc, 9,58.

[47] Sur l’ensemble de ces thèmes, Pape François, La Joie de l’Evangile, Paris, Cerf, 2014.

[48] Mintzberg, Henry Le management, Voyage au centre des organisations, Eyrolles, Editions d’Organisations, 2004, pp. 389-414.

[49] Mintzberg Henry, op. cit., p. 408.

[50] Lambert-Rouay Sophie, « La vulnérabilité des institutions face à la stabilisation de la marge », in Catherine Fino, Laurent Villemin (Dir), Vulnérabilités, Paris, Cerf, 2019, p. 159.

[51] Forestier Luc, « Supporter l’Église ? Vulnérabilité et ecclésiologie », in Catherine Fino, Laurent Villemin (Dir), Vulnérabilités, Paris, Cerf, 2019, p. 191.

[52] Forestier Luc, op. cit., p. 192.

[53] Bonnefoy Yves, Poèmes, Paris, Gallimard, 1982, « Le leurre du seuil », p. 251-332.

[54] Nicolas de Cues, Le Tableau ou la vision de Dieu, Paris, Cerf, 1986. Durel Bernard, Le nuage de l’inconnaissance, Paris, Albin Michel, 2009.

[55] Metz Jean-Baptiste, Memoria passionis, Paris, Cerf, 2009, p.90.

[56] Keating Thomas, Prier dans le secret, Paris, La Table Ronde, 2000, p. 167.

[57] Bernard Charles André, Le Dieu des mystiques, Paris, Cerf, 1994, p. 346.

[58] Pape François, La Joie de l’Evangile, Paris, Cerf, 2014, p. 221.

[59] Vatican II, Paris, Editions du Centurion, 1967. Constitution dogmatique Lumen Gentium.

[60] Gagey Henri-Jérôme, La vérité s’accomplit, Paris, Bayard, 2009, p. 279.

[61] Pape François, op. cit., p. 161 et suivantes.

[62] Pape François, Laudato Si, Sur la sauvegarde de la maison commune, Paris, Salvator, 2015.

[63] Haroche Claudine, L’avenir du sensible, les sens et les sentiments en question, Paris, PUF, 2008.

[64] Pape François, op. cit.

[65] Xerri Jean-Guilhem, op. cit., p.85.

[66] Asurmendi Jesus, « Les prophètes et la critique politique et sociale », RETM, n°304, Paris, Cerf, 2019.

[67] Asurmendi Jesus, op. cit., p. 60.

[68] Balthasar Hans Urs v., Le cœur du monde, Versailles, Saint Paul, 1997.