La différence des sexes, chemin vers Dieu

Laurent Stalla-Bourdillon
Paris, Desclée de Brouwer, 2026

Le livre de Laurent Stalla-Bourdillon paraît un an après le lancement des programmes nationaux d’EVARS (Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle) de l’Éducation nationale. Le père Stalla-Bourdillon n’est pas de ceux qui pensent que ces sujets ne devraient pas être traités dans les écoles. Il ne veut pas les réserver à la sphère familiale. En revanche, il reproche aux programmes de l’Éducation nationale d’aborder ces questions sous un angle étroitement techniciste. Ils sont en cela à l’image d’une époque qui prétend épuiser la question du « pourquoi » par une approche causaliste, en expliquant le fonctionnement du corps et de la reproduction humaine sans en interroger le sens.

L’ambition du livre de Laurent Stalla-Bourdillon est, au contraire, de renouer avec une logique finaliste. Encore faut-il préciser de quel finalisme on parle. Ce n’est pas celui, souvent moqué par les Lumières, qui consiste à défendre que les jambes ont été créées pour marcher ou les nez pour porter des lunettes. La théorie darwinienne de l’évolution enseigne que tel organe n’a pas été conçu pour remplir une fonction physiologique préétablie : c’est plutôt la sélection naturelle qui a retenu des mutations. Cela n’empêche pas de lire la réalité du corps humain et particulièrement la différence des sexes comme un texte à déchiffrer.

Plutôt que de rechercher seulement les causes de ce que l’on observe, il s’agit de savoir de quoi ces réalités sont le signe annonciateur. On ne se demande pas alors uniquement ce qui, dans les relations sexuelles, procure le plaisir ou permet la reproduction. On lit la différence sexuelle comme une image de l’amour de Dieu auquel l’humanité est appelée. Le livre de la Genèse, tel qu’il est traduit est analysé par le père Stalla-Bourdillon, indique un tel chemin. Une attention fine aux détails du texte conduit à la traduction suivante : « Dieu dit : “Nous ferons Adam à notre image, selon notre ressemblance.” Elohim crée l’Adam à son image… mâle (zakar) et femelle (neqevah), il les crée. » On entend là que la nature humaine, composée de féminin et de masculin, devient source de connaissance et chemin vers Dieu lui-même. Il faut qu’il y ait séparation pour qu’il y ait amour.Cette lecture prend le contre-pied d’un certain discours aujourd’hui en vogue qui, au nom de l’égalité, veut abolir la différence entre les sexes, comme si la différence conduisait nécessairement à la domination. Laurent Stalla-Bourdillon condamne la montée du paradigme du « même ». Dans des sociétés de plus en plus tentées par les apparentes facilités de l’uniformité, il contribue à faire droit à la fécondité de la différence.