Baptiste Jacomino[1]
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Je me souviens d’une élève qui refusait d’écrire le mot « Dieu » dans sa version latine un jour où nous traduisions une lettre de Sénèque à Lucilius, parce que, disait-elle, sa religion lui interdisait de prononcer le nom de Dieu. Derrière cette prise de position, il y avait une question tentaculaire. Pourquoi n’étais-je pas, moi, soumis à la même loi qu’elle ? Pensais-je vraiment qu’il soit possible de nommer Dieu ? Dès lors qu’on parle de Lui, notamment dans le cadre de dispositifs pédagogiques, ne trahit-on pas sa transcendance, ce qui, en Lui, échappe à toute délimitation, à toute nomination, à toute prise humaine ? La tradition spirituelle chrétienne témoigne de diverses réponses possibles à cette question. On aurait tort de parler de Dieu aux élèves en donnant l’impression que le problème serait définitivement résolu ou qu’il ne serait pas digne d’intérêt.