Archives de l’auteur : Avanzini Guy

Anniversaire des Filles de Marie-Auxiliatrice

Les Filles de Marie-Auxiliatrice – dites Sœurs Salésiennes de Don Bosco (SMA) – célèbrent en ce moment leur 150ème anniversaire.  Comme toutes les congrégations religieuses spécialisées dans l’éducation, elles méritent et reçoivent l’hommage dû à leur dévouement et à leurs compétences.

Les congrégations présentent généralement une originalité, une spécificité : celles de leurs objectifs et, plus encore, de leur spiritualité. Il s’agit précisément de leur « charisme ». Les Filles de Marie-Dominique Mazzarello manifestent, en la matière, une forte singularité : solidement adossées à la pédagogie de Don Bosco, à qui elles doivent leur élan et leur sécurité, fortes de leur charisme, elles ont su, simultanément, sauvegarder et aménager leur autonomie. De plus, disposant du « système préventif » et de la thématique de la confiance, elles ont très vite perçu combien leurs origines leur permettaient de tirer parti d’une certaine proximité avec les courants libéraux qui commençaient à la même époque à se déployer dans la conception de l’éducation des filles.

Guy Avanzini

Jean-Marie Petitclerc – Portrait de Saint Dominique Savio

Paris, Salvator, 2020, 144 p.

C’est, dit-il, aux adolescents eux-mêmes que, à leurs propres demandes, le Père Petitclerc adresse cet ouvrage. Son hypothèse, c’est évidemment que la figure de ce jeune Saint (1842-1857), Dominique Savio, canonisé en 1954, suscite un désir d’identification : hypothèse risquée, néanmoins, dans la mesure de la différence entre « les jeunes d’aujourd’hui », volontiers rebelles à toutes normes, et ceux du XIXème siècle. Cependant, si l’on ne cède pas à des représentations trop sommaires, Dominique Savio peut leur parler à sa façon. Son message ne porte pas, en effet, d’abord sur les enseignements scolaires mais sur la vie relationnelle quotidienne, au sein de l’établissement. C’est là qu’il est original et peut exercer un rôle.

Son originalité, c’est la manière dont il s’efforce de transformer le climat de la récréation et de l’internat. C’est à ces moments-là qu’il exerce une très grande influence en s’efforçant de faire cesser « les bagarres, les comportements agressifs, la violence, voire les désirs malsains » ; il s’efforce d’animer la vie fraternelle et de cultiver la bonne entente entre élèves. Il peut donc être considéré comme l’ancêtre ou l’inventeur de la « médiation » par la façon dont il intervient pour mettre fin aux conflits. C’est pourquoi Jean-Marie Petitclerc peut voir en lui le début des pratiques de médiation. On peut considérer que, à ce titre, il est, une fois de plus, au départ des intuitions pédagogiques de Don Bosco.

Guy Avanzini

Victoire Degez – Guide pratique et simple pour
une orientation réussie

Paris, Salvator, 2020, 240p.

Face à l’imprévisibilité du monde à venir, l’incitation adressée aux adolescents de « choisir » leur avenir pourrait prendre l’allure d’un défi ou d’une provocation : comment opter au sein de l’indiscernable ? Quelle pertinence accorder à une aspiration affectée de tant de facteurs aléatoires ? N’est-ce pas là une situation impossible, propre à induire le désarroi, sinon la colère, ou l’ironie, la déception, voire la dépression ? Ne sont-ce pas là les effets prévisibles d’une incitation qui peut sembler ironique ? N’est-elle pas une raison suffisante pour susciter ou accroître le découragement, le désintérêt scolaire, sinon le « décrochage » ? Mais, sans s’abandonner au pire, le risque majeur est celui d’un avenir affecté d’un poids de déterminants sociaux et socio-économiques insurmontables. Cela ne rend-il pas absurde l’idée de choix ? Quel sens prend en effet, dans cette situation, l’expérience d’une motivation ou d’un désir dont le contexte compromet l’obtention ?

Cependant, voici que, récemment, l’horizon semble commencer à se dégager ; cela est dû à diverses initiatives qui ont renouvelé les problématiques de l’orientation. Le signe en est donné, notamment, par diverses publications (cf. par exemple celle de : M. Chevreul. Ta vie est une mission. Paris, éditions Emmanuel, 2020, 178p.) et celle de Madame Degez, qui ont réhabilité une sphère de liberté pour l’orientation : ils n’y voient plus seulement la recherche d’une correspondance, plus ou moins garantie, entre une formation et un métier ; ils y voient, au contraire, le lieu possible de réalisation d’une « vocation » impliquant de considérer le choix professionnel comme voué à la réalisation d’un désir, comportant lui-même de fortes dimensions éthiques. Dans la même perspective, on voit émerger et se développer la notion de coach, impliquant la légitimité d’une aide à porter à un sujet pour faciliter son adaptation et favoriser sa réussite. Dans le même sens la diffusion, parfois abusive et insuffisamment maîtrisée, de la notion d’accompagnement qui, rigoureusement entendue, valorise le soutien à la réalisation d’un projet que son auteur ne parviendrait pas à faire aboutir seul, mais qu’il mènerait à bien avec un soutien approprié. Tout cela implique la reconnaissance d’une certaine liberté de jeu, et non l’acceptation aveugle de l’évolution socio-économique.

Pour Madame Degez, il ne s’agit pas « d’être orienté », c’est-à-dire d’apprendre d’un testing ce dont on serait capable, et d’y adhérer docilement, mais de travailler à son accomplissement.

A cet égard, la démarche à laquelle Madame Degez invite est celle d’une démarche active de toute la famille, qui réfléchit, avec l’intéressé, de son orientation. Nous sommes, ici, dans une attitude radicalement opposée à celle qui consiste à consulter « l’orienteur », plus encore « l’orientateur ». L’objectif est de réagir à certains critères susceptibles d’aider l’adolescent à identifier son portrait : quels sont ses goûts et ses points forts et, inversement, ses faiblesses ? quels sont, également, ses désirs et ses craintes ? Quelles sont, enfin, ses possibilités objectives et son propre contexte ? C’est l’ensemble des conclusions dégagées de cette réflexion qui le conduira à une réflexion saine susceptible d’aboutir à une décision délibérée, source de liberté.

Guy Avanzini

Agnès Charlemagne – Je t’écoute : petit guide pour
transmettre la foi entre les générations

Paris, 2020, éditions Créer, 190 p.

Justement connue et estimée pour ses activités pastorales dans les établissements catholiques d’enseignement, Agnès Charlemagne vient de publier un livre qui est à la fois la synthèse de ses travaux antérieurs et l’ouverture à de nouvelles recherches. Elle part de l’idée que l’éducation religieuse ne saurait se réduire à transmettre aux adolescents un bagage théologico-pastoral achevé, auquel ils adhéreraient d’emblée. Elle considère, au contraire, qu’il convient de partir de leurs expériences existentielles ou de leurs problèmes, pour engager une libre réflexion qui puisse conduire à la formalisation de données religieuses proprement dites et favoriser un accès à l’Évangile. On le voit, il s’agit d’une véritable révolution copernicienne liée à un renversement d’ordre anthropologique. Il ne s’agit plus d’accueillir facilement une révélation, mais de chercher les questions, problèmes et difficultés qui conduisent à accueillir la parole de Dieu pour en discerner le sens. Mutatis mutandis, on pourrait comparer cette démarche, en didactique générale, à celle de Freinet : les textes libres produits par les élèves sont d’emblée traités comme des matériaux à partir desquels va s’élaborer leur culture : pour toi, qui est Jésus Christ ? Où est Dieu ? C’est à partir de questions de ce type que l’on va s’efforcer d’engager la réflexion.

Cette approche nouvelle et originale peut paraître prometteuse. Cependant, vu sa nouveauté et sans aucun préjugé malveillant, elle appelle à un examen approfondi pour en éviter toutes dérives. Il importe en effet, en la matière, d’écarter l’adoption de nouveautés séduisantes mais équivoques, ou de les refuser par rejet de l’improvisation. Il faut donc la soumettre à une évaluation théologique qui en identifie la pertinence. Par ailleurs, la pratique des « ateliers », manifestement très suggestive et bienvenue, appelle à une précision sur sa gestion et son déroulement : comment s’y prendre pour procéder à « l’extraction » de l’intuition de l’élève et à son élucidation proprement spirituelle et religieuse.

A vrai dire, ces deux questions sont voisines. L’évaluation est indispensable à la sécurisation de la démarche et la rigueur méthodologique de celle-ci est également très souhaitable pour favoriser les progrès que requiert aujourd’hui la démarche catéchétique. Les difficultés que celle-ci rencontre actuellement et l’évidence de son importance donnent à cette investigation une urgence inconditionnelle.

Guy Avanzini

 

Louis Lourme – Éduquer, c’est -à-dire ? Anthropologie
chrétienne et éducation

Paris, Bayard, 2020, 228p.

Dès l’introduction, M. Lourme observe que l’éducation renvoie doublement à l’anthropologie : d’abord parce qu’elle est presque toujours liée à une certaine vision de l’enfant ; ensuite parce qu’elle entend promouvoir un certain type d’être humain. Cette référence est inégalement élaborée et identifiée mais elle est toujours présente. L’auteur met également en évidence un lien interne et intrinsèque entre éducation et philosophie. Il analyse ce lien notamment chez les grands formateurs, spécialement, pour l’époque contemporaine, Maritain et Mounier.

Ce premier chapitre, dû au professeur François Moog, analyse précisément ce lien ; en étudiant l’évolution de leurs textes, il le montre particulièrement valorisé chez Maritain et Mounier. Et il suscite, de ce fait, une réflexion très bienvenue sur une question considérée comme tellement importante qu’elle se trouve paradoxalement oubliée ou négligée, comme si c’était évident.

Mais c’est ensuite avec une particulière attention qu’on étudiera la communication du Frère André-Pierre Gauthier sur l’élaboration d’une « pédagogie de la fraternité ». Ce trait spécifique constitue à ses yeux l’exigence majeure d’un établissement chrétien en tant que tel. Son objectif, dit-il, ne saurait être autre que de s’attacher obstinément à réussir une pédagogie de la fraternité. C’est cela qui manifeste la singularité du projet de l’École catholique : la fraternité doit y être vécue dans les moments les plus quotidiens, dans la normalité de l’École, « dès qu’on en a franchi le seuil » (p.86). En effet, « l’acte éducatif y est vécu comme désir de relations fraternelles » (p.87). Là est son projet séculaire, à référer aux fondateurs les plus prestigieux des congrégations spécialisées. Pout l’École catholique, cette fraternité est « un élément structurant de l’acte éducatif » (p.95). Il ne s’agit plus ici de juger, d’évaluer, de classer, de condamner, mais de comprendre pour conduire à la réussite. Est-il besoin de souligner à l’attention de ceux qui cherchent à réactiver leur enseignement qu’ils trouveront dans ces pages le moyen d’y parvenir et, notamment, de repérer les finalités stimulantes qui répondent au désir de « ré enchanter l’École », ce que préconise le Secrétariat Général.

Le Père Stalla-Bourdillon propose ensuite une belle étude sur la parole de l’Homme, Etre qui parle, qui porte la Parole, qui entend celle d’autrui, dialogue avec lui et, plus encore, entend et reconnait la Parole de Dieu. L’auteur analyse sa fonction « nutritive », qui construit ceux à qui elle s’adresse, en particulier l’enfant et l’adolescent : l’un et l’autre la reçoive comme une nourriture, dont le défaut ou la mauvaise qualité compromettent gravement le développement. La Parole est à la fois objet et moyen de l’éducation, qui la mobilise sans cesse pour se déployer et donner un sens à la vie.

Dans le chapitre suivant, confié à Viviane Conturie, FSX, on retiendra d’abord le titre original : « La faculté de l’autre ». Ce texte, de haut niveau, analyse cette capacité humaine de « l’expérience d’autrui ». Au terme de son analyse, l’auteure peut dire : « éveiller, développer, faire expérimenter et goûter la faculté de l’autre, c’est un grand défi pour les éducateurs, parents et enseignants, et c’est aussi l’une de leurs missions les plus urgentes ? Elle montre comment l’élève perçoit et comprend cette capacité que, trop souvent, on se contente de condamner ou de bannir comme un simple bavardage. Il ne faut pas oublier que, selon le mot de Marguerite Lena, « la mission éducative, c’est cette parole qui appelle à vivre, à la fécondité d’un pouvoir au-delà de soi-même ».

Ce livre est important. Malheureusement, il n’est pas encore assez connu. Or, vu sa richesse, sa rigueur et sa capacité d’aller à l’essentiel, il devrait être diffusé et médité dans toutes les écoles chrétiennes. Il fournit en effet un bel exemple de cette anthropologie pédagogique qui appelle son Traité. En outre, il s’offre aux praticiens d’une « éducation intégrale » comme de la « pédagogie de l’Autre » pour y nourrir leur inventivité.

Nous terminerons cette recension en citant une remarque de Monseigneur Ide : « Ce dont les éducateurs, parents et enseignants, ont le plus besoin aujourd’hui, c’est le discernement vis-à-vis de ces différents modèles anthropologiques qui leur sont proposés » (p.196). Ce livre magistral pourra les y aider.

Guy Avanzini

Guy Lapostolle et Béatrice Mabilon-Bonfils
Fiches de sciences de l’éducation

Paris – Ed. Ellipses – 2018 – 230 p.

Ce livre, original, rassemble 59 « fiches » qui, toutes, concernent l’éducation et les recherches dont elle est l’objet. L’on en voit bien l’intérêt : une série d’exposés succincts -2 à 3 pages chacun- situe succinctement les données principales et l’état actuel des problématiques éducationnelles et fait le point des questions majeures qui les concernent ou des connaissances acquises à leur propos. Chaque fiche est bien informée, de sorte que l’ensemble pourrait faire songer à une petite encyclopédie.

Si l’on voit donc bien l’utilité du livre, néanmoins on en voit vite aussi les limites : une information considérable se trouve émiettée et éparpillée mais, simultanément, redondante, incapable d’éviter des chevauchements dus à des thématiques inter-référentes. La liste même des notices ne manque pas de surprendre. La 6ème partie paraît comme surajoutée, et l’on saisit mal, par exemple, la différence entre la 13ème et la 54ème ou entre la 17ème et la 57ème. Les références bibliographiques sont également un peu étriquées.

Il y a plus grave : en effet, l’ouvrage souffre surtout d’une déficience épistémologique. Certes, la question de la scientificité des sciences de l’éducation est complexe car chacune contribue, selon sa propre méthodologie, à éclairer un processus qui n’est pas scientifiquement établi, mais inventé en articulant aléatoirement les fins, valeurs et idéaux de l’éducation avec les données fournies sur l’éduqué par une anthropologie constituée de ces diverses sciences : ainsi en va-t-il, par exemple, quand une problématique historique étudie le contexte global d’un système scolaire, ou quand une problématique psychologique analyse une démarche d’apprentissage. Mais, ici, faute de partir de la prise en considération de la structure de l’acte éducatif, l’on n’arrive pas à appréhender la spécificité de son objet et les fiches 9 et 12 le mettent en évidence.  Ainsi, il n’est presque pas question des finalités, valeurs et idéaux de l’éducation, qu’il est indispensable de prendre en compte si l’on veut saisir le sens d’une démarche éducative.

Au total, ce livre peut rendre service en raison de toute la documentation qu’il rassemble mais il s’avère décevant à cause de l’insuffisance de son support théorique

Guy Avanzini

 

Michel Catheland
Gabriel Rosset : « Ne te dérobe pas à ton semblable »

Fidélité éditeur– 2019 – 151 p.

Chacun, à Lyon et dans l’agglomération lyonnaise, est ou a été au courant de l’action de ce professeur de collège public devenu le fondateur, unanimement respecté et admiré, d’un foyer d’accueil de sans-abri. Il convenait que cette belle initiative soit l’objet d’une étude historique approfondie, qui en analyse toute la signification. Et c’est précisément le travail que vient de publier Michel Catheland.

Directeur honoraire du Collège Notre Dame de Bellecombe, celui-ci a su dégager et situer au-delà des apparences, l’unité profonde d’une vie qui semble comporter deux étapes différentes mais qui, en réalité, est unifiée par la même exigence spirituelle. Porté, lui aussi, par la parole qu’il attribuait  à Antoine Martel, « il est dévoré », disait-il, « par l’amour du Christ et des pauvres ». Et telle était l’intensité de son regard qu’en chacun d’eux il percevait Jésus lui-même. C’est pourquoi les hôtes du foyer étaient appelés « passagers» : terme qui signifie le respect dû à chacun, c’est-à-dire que nul n’était considéré comme un « clochard » incurable mais pouvait, peut-être grâce au Foyer, trouver une possibilité de redressement. Enfin, on comprendra mieux encore, dans ce livre, la sensibilité de Rosset, fonctionnaire de l’Enseignement public, membre fidèle et assidu de la Paroisse Universitaire, dont plusieurs des militants ont été par ailleurs actifs et efficaces serviteurs du Foyer ; engagé aussi dans les problématiques de la laïcité ; c’est là aussi qu’il trouvera -si Dieu le veut- la voie de cette béatification pour laquelle prie et travaille l’association de ses amis, fondée à cette fin. Le beau livre de Michel Catheland y contribuera fortement.

Guy Avanzini

 

Charles Lapierre, f.e.c
Marche en ma présence : Monsieur de la Salle 1651-1719

Paris –  Edition des Frères des Ecole Chrétiennes – 2018 – 174 p.

Alors que l’on s’apprête à célébrer le tricentenaire de la disparition de St Jean Baptiste de la Salle -le 7 avril 1719- cette 5ème édition d’un ouvrage bien connu est particulièrement opportune. Marginalisés par la pédagogie officielle et négligés par les chrétiens, qui souvent en discernent mal la pertinence, les grands éducateurs chrétiens sont insuffisamment mobilisés.

Présenté sous forme d’une chronique, solidement documentée et écrite avec vivacité et clarté, cette biographie se lit à la manière d’un roman. Elle permet de bien percevoir la personnalité complexe de ce marcheur infatigable, qui s’abandonne, dans la confiance en Dieu, à la découverte progressive de sa vocation d’éducateur des pauvres et s’attache avec obstination à créer une structure de religieux laïcs, les « Frères ». Ainsi, malgré les obstacles, les différences, les trahisons, la jalousie des Maîtres Ecrivains et des Maîtres des Petites Ecoles, en dépit d’une grande fragilité canonique et d’une forte vulnérabilité, il parvient à instaurer son Institut et, au-delà de celui-ci, à marquer décisivement l’histoire de l’éducation scolaire. L’on connaît son intelligence, son courage, sa volonté, sa force de conviction. Son objectif est, à la fois, ambitieux et modeste : il ne s’agit pas de transformer la société mais de former des chrétiens munis de la formation requise pour s’y intégrer et y réussir leur salut. On regrettera seulement, outre une ponctuation déficitaire, que, malgré ses mérites, la méthode chronologique retenue par l’auteur n’ait pas permis un exposé synthétique de la pensée pédagogique de St Jean Baptiste de la Salle et la présentation thématique de sa vision de l’Ecole, du système scolaire et des procédures didactiques qu’il préconise, notamment la méthode simultanée. Il reste que ces pages éclairent remarquablement l’inventivité courageuse et lucide d’où sont issus les Frères des Ecoles Chrétiennes. Il convient donc de remercier vivement Frère Lapierre de ce beau travail.

Guy Avanzini

 

Sœur Joëlle Bec, f.m.i., Sœur Monique Robez-Masson, f.m.i
Allez jeter vos filets : Adèle de Trenquelléon

Bar le Duc – Imprimerie St Paul – 1987 – 92 p.

Née en 1789, dans les environs d’Agen, Adèle de Batz de Trenquelléon dut rapidement s’exiler, avec sa famille, pour échapper à la Terreur. Revenue en France en 1801, elle appartient à cette génération de chrétiens fervents, résolus à remédier à la déchristianisation, spécialement celle des milieux ruraux. Très jeune, même, elle s’est sentie appelée à annoncer l’Evangile. Instruite par une tante, elle n’a elle-même fréquenté aucun établissement scolaire mais, hyperactive, généreuse, passionnée et un peu scrupuleuse, elle ouvre chez elle une sorte de « petite école » pour pourvoir, très empiriquement à l’instruction religieuse des filles pauvres de la campagne. Avec une amie également pieuse et décidée, elle fonda une « petite société » qui rejoint, par une lettre hebdomadaire, des jeunes filles également désireuses de spiritualité.

Et voici que, en 1808, elle rencontre fortuitement -ou providentiellement !- chez une amie, un collaborateur du Père Chaminade, prêtre bordelais, qui entreprend d’établir une « congrégation mariale ! ». Assez vite, tous deux découvrent la similitude de leurs objectifs ; également convaincus que la re-christianisation  de la population passerait et commencerait par celle de la jeunesse, ils en viennent à mûrir le projet d’une famille religieuse dont les Marianistes seraient la branche masculine et l’association d’Adèle constituerait la branche féminine. Le Père Chaminade en entreprend la rédaction des Constitutions. Malgré mille obstacles, en juillet 1817, Adèle, nommée Supérieure et devenue Mère Marie de la Conception, peut faire profession ainsi que ses compagnes. Fortes d’une spiritualité à dominante mariale, elles se veulent missionnaires, vouées à faire connaître et aimer Dieu et l’Evangile. Enfin, en juillet 1819, les « Filles de Marie » reçoivent l’approbation Pontificale.

Ce petit ouvrage, dont la parution coïncide avec le cinquantenaire de l’Institution Sainte Marie d’Antony, présente très bien la spiritualité dynamique de la nouvelle Bienheureuse. Et il lui apporte l’hommage qui convient. On regrettera seulement qu’il soit insuffisamment explicite et clair sur les structures canoniques de sa congrégation, la diversité des statuts et la genèse des « Tiers ordres », tant séculier que régulier. L’exposé manque ici de précision, et cela gêne la compréhension des activités apostoliques des uns et des autres. On sait seulement que « les Sœurs se trouvent en ville, les tertiaires à la campagne (p. 65) on aimerait des indications plus précises.

La nouvelle Bienheureuse n’avait pas laissé de pédagogie. Mais sa finalité est claire : il s’agit d’évangéliser. Certes, il faut, selon les modalités appropriées, donner aux filles de la campagne l’instruction polyvalente que requièrent leur condition et leur époque, mais il faut d’abord former de vraies chrétiennes, dont la foi soit solide, éclairée et active.

Guy Avanzini

 

Société nouvelle Gorini (SN Gorini)
La charité de Saint-Vincent de Paul : un défi ?

Actes du colloque du 26 au 28 septembre 2017 – Bourg en Bresse – 2018 – 464 p.

Organisé à Chatillon-sur-Chalaronne du 26 au 28 septembre 2017 pour commémorer le 4ème centenaire de la création des confréries des Dames de la Charité de Saint-Vincent de Paul, ce colloque, à proprement parler, ne traite guère d’éducation. Il mérite néanmoins d’être évoqué ici, car il y fait très fréquemment et directement allusion. L’acte de charité est fréquemment un geste éducatif. Il se présente globalement comme attestant l’incessante créativité de la pratique caritative, que requiert nécessairement l’amour du prochain. C’est véritablement une histoire de la charité au quotidien, même s’il ne s’agit évidemment pas ici de réduire l’éducation à sa seule forme scolaire, qui n’en est qu’une modalité parmi d’autres. Plusieurs textes mettent en évidence des gestes qui ne sont pas seulement ponctuels mais visent un acte durable, propice à l’auto-réalisation d’autrui.

Sans entrer ici dans l’analyse détaillée des communications, nous voudrions seulement souligner l’initiative originale de charité que plusieurs d’entre elles, rassemblées ici, mettent en évidence. A cet égard, les chapitres relatifs au Diocèse de Lyon et à son environnement, notamment à la paroisse de Chatillon-sur-Chalaronne apportent une information précieuse sur l’état de la pastorale mais aussi des pratiques d’ordre éducatif. La mise au point de celles-ci, en préfigurant la pratique régulière et méthodique de la visite à domicile des familles pauvres, acquiert une précision et une pertinence qui permettent d’y pressentir ce qu’il est maintenant devenu classique d’appeler « l’éducabilité non formelle ».

C’est dire que cet excellent ouvrage montre comment le christianisme n’est pas seulement une doctrine mais engage ceux qui y adhèrent à une démarche globale en « immersion ». Et le rôle moteur de Saint-Vincent y est placé dans une lumière impressionnante.

Guy Avanzini