Archives de l’auteur : LE GOUAZIOU Thierry

L’Église, une institution vulnérable à l’écoute de son trouble

Thierry Le Goaziou[1]

 

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Résumé :

Dans un contexte sociétal où elle peine à se faire entendre, l’Église, comme institution fragile du peuple de Dieu rassemblé, doit prendre soin d’elle-même malgré les multiples crises qu’elle traverse. En s’appuyant sur sa faiblesse institutionnelle – qui lui donne paradoxalement sa force, selon la logique paulinienne (2 Co 12) – et enracinée sur un ailleurs – le Christ ressuscité -qui la précède depuis toujours, elle doit pouvoir puiser dans son fondement afin de valoriser sa vocation prophétique pour annoncer au monde ce qu’il a besoin d’entendre, sans hésiter à le troubler et à le mettre devant sa responsabilité. Récusant la tentation liminaire d’une crispation autocentrée, toujours possible, jamais souhaitable, elle est invitée à s’ouvrir sans crainte, en allant au-delà d’elle-même, poursuivant avec détermination sa mission évangélisatrice jusqu’aux confins de la terre, « sans ombre ni trouble » (Ps 33)

Mot Clés : Église, sensibilité, liminalité, soin, vocation prophétique.

Abstract :

In a societal context where it struggles to make its voice heard, the Church, as a fragile institution of the gathered people of God, must take care of itself despite the many crises it is facing. Drawing on its institutional weakness – which, paradoxically, gives it its strength, according to Pauline logic (2 Cor 12) – and rooted in a realm beyond this world – the risen Christ, who has always gone before it – it must be able to draw upon its very foundation in order to fulfil its prophetic vocation: to proclaim to the world what it needs to hear, without hesitating to unsettle it and hold it to account. Rejecting the initial temptation of self-centred rigidity – always possible, never desirable – it is called to open itself without fear, reaching beyond itself, and resolutely pursuing its evangelising mission to the ends of the earth, ‘without shadow or disturbance’ (Ps 33).

Keywords: Church, sensitivity, liminality, care, prophetic vocation

En contrepoint de l’exploration sur la vulnérabilité dans le monde éducatif, cet article aborde la façon dont l’Église, en tant qu’institution, comme peuple de Dieu rassemblé, vit sa fragilité sensible en l’intégrant dans son fonctionnement et sa mission.

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L’expérience liminaire de la vocation chrétienne

Thierry Le Goaziou

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Résumé : Cet article a pour objectif de montrer que la démarche chrétienne est traversée de part en part par une incertitude fondamentale. Celle-ci vient perturber, en le fissurant sans toutefois le détruire, le socle convictionnel qui permet au croyant de s’engager durablement à la suite du Christ. Pour illustrer cette manière troublée d’être et de vivre l’adhésion chrétienne, la notion de liminalité sera valorisée car elle est en capacité d’expliciter ce qu’éprouve le croyant. Issue de l’anthropologie, cette vision de l’existence sera présentée comme une façon de se situer dans le monde, d’être au « seuil », parfois en marge, d’accepter de ne pas tout maîtriser. A travers quelques exemples – le prophète, le héros, le récit du publicain et du pharisien chez Luc – la liminalité permettra de saisir en quoi l’écoute de sa propre intériorité est déterminante pour vivre lucidement de la foi du Ressuscité. C’est en prenant soin de ce que l’on ressent, dans l’exercice de la prière, dans la mise en œuvre des béatitudes, que l’on peut parvenir à surmonter les inévitables difficultés de la condition chrétienne et à s’y épanouir.

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Nostra Aetate et le dialogue interreligieux à Vatican II

Joseph Herveau*

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Résumé : Pour l’Ecole catholique, « ouverte à tous par vocation », le dialogue interreligieux -partie intégrante de la mission de l’Eglise- constitue une ressource précieuse. A condition toutefois, d’approfondir ce qu’il est tant dans ses fondements que dans ses visées. La Déclaration Nostra Aetate sur les relations entre l’Eglise et les religions non chrétiennes, resituée dans le contexte du Concile, peut y aider. Non sans impact d’ailleurs, sur notre « style éducatif » propre.

Vatican II : « évènement de dialogue »

Nostra Aetate[1] « déclaration sur l’Eglise et les religions du monde » fait assurément partie des nombreux textes emblématiques du Concile Vatican II, au service d’un renouveau de la vie ecclésiale sur lequel six papes (dont deux saints et un bienheureux !) on continué à engager l’Eglise. Non comme un élément isolé, mais comme facette particulière d’une dynamique d’ensemble qu’il faut avoir en tête pour en apprécier la véritable portée. Et c’est également nécessaire pour se prémunir des contre-lectures que l’on pourrait en faire, les plus fréquentes étant la suspicion d’une forme de renoncement à la mission évangélisatrice, voire d’un soupçon de relativisme ou de syncrétisme.

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L’identité salésienne selon Xavier Thévenot

Thierry Le Goaziou

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Argument : A partir de quelques expressions comme « habiter vers sa véritable demeure, le voyage de l’être, le combat éthique, la figure du veilleur», le théologien salésien propose une construction identitaire singulière et originale qui s’adresse autant à l’éducateur qu’au moraliste. Elle peut être comprise comme l’illustration d’une condition humaine commune ou comme une façon d’être au monde qui s’applique dans des espaces variés, éducatif, pédagogique, thérapeutique, éthique. Au-delà de la conviction croyante au sein de laquelle elle s’enracine, une telle approche contribue à définir un lien social renouvelé, basé sur une recherche nomade, une voie itinérante du sens de l’action. Elle réaffirme une certaine passion d’être et la valeur toujours actuelle de l’engagement pour l’autre, les choses et le monde tel qu’il est.

Habiter sa véritable demeure !

Dans le cadre d’un ouvrage collectif consacré à la pédagogie salésienne, le théologien moraliste français Xavier Thévenot évoque cette expression à propos du système préventif de don Bosco[1]. Quelle est sa démarche qui aboutit à l’évocation de cette véritable demeure et la nécessité d’y habiter ? Il rappelle d’abord qu’il n’existe pas d’amour sans loi en illustrant son propos à travers quelques références bibliques : le récit de la Genèse (Gn 2), l’alliance mosaïque (Ex 19-20), la rencontre de Jésus avec le jeune homme riche (Lc 18, 18-23) et le sermon sur la montagne (Mt 5-6). De ce dernier, Xavier Thévenot conclut que « ce qui régit en dernière instance la conduite du chrétien ne saurait donc être un calcul utilitariste se frayant à moindre frais un chemin tranquille entre les exigences des codes sociaux. Ce doit être l’appel de Dieu au bonheur; appel qui provoque chacun à percevoir que la loi, en son fond, est habitée par l’exigence du respect sans conditions de tout homme, quand bien même celui-ci serait un ennemi »[2]. Une telle perspective est, d’un point de vue éthique, très élevée et le risque d’échec est réel. Si, pour Xavier Thévenot, « la conversion imposée par le sermon sur la montage aux codes sociaux doit devenir la règle de toute institution familiale et éducative qui prétend être chrétienne »[3], celle-ci ne peut aboutir qu’avec « la présence agissante de Dieu dans le monde »[4]. Celle-ci permet de ne pas dissocier la promesse du Père – l’appel au bonheur – des exigences du Fils – le respect inconditionnel de chaque être – issues du sermon sur la montagne.

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