Archives de l’auteur : AVANZINI Guy

Frédérique de Watrigant
Passionnés de Jésus-Christ : Etienne Pernet et Antoinette Fage, fondateurs des Petites Sœurs de l’Assomption

Paris – D.D.B. – 2013 – 228 p.

La fondation d’une congrégation procède, le plus souvent, quoique selon des modalités les plus variées, du double souhait d’un prêtre et d’un (e) laïc, également désireux à la fois de stabiliser institutionnellement et de consacrer spirituellement une initiative caritative. Tel est le cas du Bienheureux Pierre Vigne et de Marguerite de Nozières, ou celui du Bienheureux Louis Brisson et de Sainte Françoise de Sales. Tel est aussi celui, moins connu, du Père Etienne Pernet et d’Antoinette Fage, dont le livre que vient de leur consacrer Frédérique de Watrigant unit les noms dans son titre.

Continuer la lecture

Bernard Giroux
La jeunesse étudiante chrétienne

Paris – Cerf – 2013 – 694 p.

On ne trouvera pas ici, stricto sensu, une récession de ce livre, les débats qu’il implique débordant les limites de cette rubrique. Du moins s’impose-t-il d’en signaler et d’en saluer la parution, car il contribue utilement, et enfin, à combler une lacune. Certes, il ne s’agit pas de « pédagogie chrétienne » au sens scolaire du terme, mais bien d’éducation, surtout quand il s’agit de la JEC : indissociable de l’Ecole et de l’université, issue à partir de 1929 de l’initiative de l’Action Catholique Spécialisée voulue par le Pape Pie XI, elle a introduit et identifié une méthode de travail -voir, juger, agir- qui a conduit ses membres a entreprendre de transformer leur « milieu » indissociablement de leur propre « conversion ». Mouvement dont l’ampleur intellectuelle et la qualité spirituelle ont amené de très nombreux lycéens et étudiants non seulement à stabiliser leur pratique et à approfondir leur culture religieuse mais surtout à apprendre et, sans doute, à mieux savoir vivre et agir « en chrétiens », à travers des engagements réfléchis qui ont hautement porté témoignage. C’est dire que son intégration à l’histoire de l’éducation chrétienne au XXème siècle s’impose, comme les travaux correspondants. Et, si elle a déjà été inaugurée, cette recherche reste à intensifier et à étendre, si complexe qu’en soit évidemment l’évaluation. Continuer la lecture

Philippe Lécrivain, s.j.
Les Jésuites

Paris – Ed. Eyrolles – 2013 – 166 p.

« L’auteur n’oublie pas que l’occasion de cet ouvrage est le fait que, pour la première fois de l’histoire, un Jésuite est devenu Pape » (p.11). Sans doute, dès lors, s’agit-il pour lui de montrer comment cette élection s’inscrit dans la dynamique de la Compagnie et, simultanément, de saisir en quoi l’appartenance à celle-ci peut infléchir la manière d’exercer le ministère pontifical. Continuer la lecture

Dominique Foyer (sous la direction de)
Le handicap et sa perception dans l’Église

Documents Episcopat – n° 5 – 2013 – 46 p.

Nous avons déjà présenté ici des ouvrages consacrés à la pédagogie catéchétique spécialisée[1]. Sans s’y référer explicitement, ce numéro de la publication mensuelle de l’Épiscopat porte sur une thématique voisine. Sous la direction de Père Dominique Foyer, professeur de théologie à l’Université Catholique de Lille, et avec le concours de divers responsables pastoraux du même Diocèse, il propose, sous une forme brève mais précise, une réflexion en cinq chapitres sur la manière dont est posé dans l’Église le problème du handicap. Continuer la lecture

Françoise Bouchard
Le Père Louis Brisson : un cœur qui bat à l’heure de Dieu

Paris – Salvador – 2009 – 310 p.

Plusieurs traits différencient manifestement Louis Brisson et Pierre Vigne. Le premier, affecté dès son ordination sacerdotale à un monastère de Visitandines, y est d’emblée sensibilisé à la spiritualité de Saint François de Sales, alors que le second ne dispose d’aucun référentiel pédagogique explicite. Le premier va se consacrer aux jeunes ouvrières des bonneteries de Troyes, pour qui il crée patronages et foyers, et s’investit ainsi dans la mouvance du Catholicisme Social, alors que le ministère du second s’exerce exclusivement en milieu rural. Et cependant, par des voies très diverses, l’un et l’autre ont fondé des congrégations : le premier pour gérer ses œuvres, suscite les Oblates de Saint François de Sales, puis, sur l’insistance de Mère Marie de Sales Chapuis, supérieure de la Visitation, une société de prêtres éducateurs voués à la diffusion de l’esprit salésien ; quand au second, on le sait, il est à l’origine des Sœurs du Saint Sacrement de Valence. Continuer la lecture

Congrégation pour l’Education Catholique
Éduquer aujourd’hui et demain : une passion qui se renouvelle

Instrumentum Laboris – Cité du Vatican – 2014 – 28 p.

La Congrégation pour l’éducation catholique (Dicastère du St Siège) vient de publier sous ce titre, le 7 avril 2014, l’Instrumentum Laboris que les membres de son assemblée plénière, convoqués à cette fin en 2011 par Benoît XVI, destinent à la préparation du cinquantenaire de la Déclaration « Gravissimum educationis » et du 25ème anniversaire de la Constitution Apostolique « Ex corde ecclesiae », qui seront célébrés en novembre 2015 à Rome par un Congrès Mondial. Continuer la lecture

Joël Molinario
Le catéchisme, une invention moderne : de Luther à Benoit XVI

Paris – Bayard – 2013 – 246 p.

L’éducation religieuse, c’est évidemment la finalité suprême de la pédagogie ; pour la mener à bien, le « catéchisme » en est devenu comme le moyen privilégié. C’est précisément l’histoire de celui-ci, de ses origines à nos jours, et des débats dont il fut et demeure l’objet que Joël Molinario, directeur-adjoint de l’ISPC, étudie dans cet ouvrage, dont on appréciera à bon droit la solide information et la claire synthèse des approches diverses – théologique, philosophique, didactique, ethnique, dont il procède. Continuer la lecture

La parole de l’élève

Guy Avanzini

Télécharger le fichier en version .pdf

Dans un contexte socio-affectif ouvert et favorable, sans doute l’enfant désire-t-il s’exprimer et, même, y est-il encouragé. Mais ce climat inducteur n’est pas nécessairement celui de l’institution scolaire. Ces quelques pages se proposent de recenser (trop) schématiquement les divers accueils réservés à la parole de « l’apprenant » à travers l’histoire de l’Ecole. Sans doute est-il en effet possible de repérer et d’identifier, selon les périodes, des « modèles » divergents, qu’il serait abusif de périodiser trop rigoureusement, chacune tendant à persister, au moins de façon résiduelle, à travers le temps. C’est particulièrement le cas du premier, qui s’obstine à rester celui en référence auquel les autres se déploient et sur lequel se concentrent leurs objections.

Continuer la lecture

Morand Wirth
Auguste Arribat, serviteur de Dieu, prêtre salésien de Don Bosco 1879-1963

Editions du Signe – 2013 – 124 p.

L’on connaît la belle étude du Père Morand Wirth, professeur à l’Université Pontificale Salésienne de Rome, sur St François de Sales et le rôle que tient l’éducation dans sa doctrine spirituelle et pastorale[1]. Mais ce livre porte sur une personnalité bien différente : en effet, le Père Auguste Arribat, à qui des circonstances familiales n’ont permis de commencer des études secondaires qu’à 18 ans et qui fut ordonné prêtre, dans la Congrégation Salésienne, à 33 ans, n’a jamais écrit dans le registre théorique sur la pédagogie ; il n’a laissé que des sermons et des méditations, rédigés au long de son ministère, dans les fonctions successives que l’obéissance lui a assignées. En revanche il fut, au fil des jours, un éducateur attentif, disponible et affectueux. La « réputation de sainteté » dont il fut vite entouré tenait à son accueil, à sa bonté, à sa simplicité, à son attention à autrui. Il avait assimilé en profondeur le « système préventif » de Don Bosco. Et c’est son authenticité qui lui acquit son autorité. C’est pourquoi la cause de son éventuelle béatification fut introduite à Toulon dès 1995.

La pédagogie chrétienne, c’est aussi cela : l’humble inventivité quotidienne de l’éducateur chrétien, qui s’efforce d’être fidèle au charisme dans la dynamique duquel il s’est situé. L’on doit remercier le Père Wirth de permettre ainsi une connaissance précise de l’un de ses confrères, qu’il a naguère connu à La Navarre et qui illustre avec discrétion mais intensément l’intuition salésienne.

Guy AVANZINI

 


[1] M. Wirth – François de Sales et l’éducation – Paris – Ed. Don Bosco – 2005

Annie Gerest
Pierre Vigne, en chemin avec les humbles

Editions Nouvelle Cité – 2012 – 190 p.

Peu connu demeurait Pierre Vigne, jusqu’à sa récente béatification, en octobre 2004. Il le sera désormais davantage grâce à ce livre qui, s’il n’évite sans doute pas assez un certain ton hagiographique et n’est pas exempt de quelques redondances, mobilise néanmoins au mieux les documents et données dont un ouvrage historique requiert le traitement.

Pierre Vigne illustre parfaitement le profil du prêtre rural, que rien ne destinait à s’occuper spécifiquement de pédagogie mais qui, au fil de son ministère, perçoit de façon aigue le besoin d’éducation.et sollicite, pour y répondre, le concours de quelques jeunes filles pieuses. Certaines le percevaient aussi et, à leur initiative ou à la sienne, elles s’appliquent à fonder une congrégation partiellement, voire totalement, vouée à cette tâche.

Quant à lui, né à Privas en 1670, il a, pendant plus de 30 ans et avec une endurance souvent héroïque, prêché ce que l’on appelait des « missions paroissiales », c’est-à-dire un temps -de 1 à 2 mois- pendant lequel un prédicateur, seul ou en groupe, résidait dans un village pour ranimer et activer une foi et une pratique parfois un peu poussives, ou éprouvées par quelques problèmes politico-religieux ou menacées dans leur orthodoxie par la Réforme.  Il s’y applique dans son Vivarais natal et dans les diocèses voisins. Membre, pendant quelques années, de la Congrégation vincentienne des Lazaristes -les « clercs de la mission » -, il assurait plusieurs missions par an avec un zèle et une efficacité qui suscitent la plus vive admiration.

Voici que, en 1711-1712, l’une d’elles le conduit à Boucieu-le-Roi, village établi sur les bords du Doux, aux confins du diocèse de Valence ; sa topographie lui parut propice à la construction d’un Calvaire, dont le parcours permettrait aux pèlerins de revivre la Passion du Christ. Il s’emploie activement, alors, et moyennant d’opiniâtres efforts, à construire un édifice dont la beauté soit digne de son objet. Mais encore faut-il que les fidèles, au cours de leur visite, soient accueillis et accompagnés ; et c’est alors que se présente, bientôt rejointe par quelques autres, une sainte fille qui s’y dévoue. C’est l’ébauche de la Congrégation à venir, dont la fondation est considérée comme datant du 30 novembre 1715, jour où Pierre Vigne leur remet l’habit religieux.

Cependant, les sœurs et lui, constatant notamment que beaucoup de pèlerins ne savent pas lire les informations liées aux divers stations, se convainquent aussi qu’il faut les instruire, spécialement les filles. Ainsi s’esquisse une réflexion  d’ordre pédagogique, centrée sur une idée dominante, que les textes de Pierre Vigne soulignent avec force : celles-ci doivent impérativement être préparées à élever leurs enfants, destinées qu’elles sont à devenir mères de famille. Les religieuses deviennent donc des « régentes », des institutrices appréciées. Pierre Vigne s’inscrit ainsi dans le combat contre l’ignorance, son initiative contribuant, comme tant d’autres en d’autres régions, à infirmer le préjugé tenace et mensonger selon lequel, en France, il aurait fallu attendre Jules Ferry pour combattre l’ignorance…

Devenues en 1787 les « Sœurs du Saint Sacrement de Valence », celles-ci poursuivent en de nombreux pays étrangers, et jusqu’au Brésil, un fécond apostolat scolaire, en illustrant de façon très claire un modèle particulièrement représentatif du mode d’émergence et d’essor de l’innovation pédagogique congréganiste.

Guy AVANZINI