Archives de l’auteur : BARBON Jean-Louis

La société inclusive. Parlons-en ! Il n’y a pas de vie minuscule

Charles Gardou
ERES 2018

Publié aux éditions Erès, dans la collection « Connaissances de la diversité », La société inclusive, parlons-en ! propose une réflexion anthropologique et politique sur les conditions d’une société véritablement inclusive. Réédité en 2018, l’ouvrage, initialement paru en 2012, dépasse largement la seule question du handicap : il interroge notre manière de concevoir la normalité, la différence et la place de chacun dans la communauté humaine.

Pour Charles Gardou, l’inclusion ne consiste pas à intégrer après coup des personnes considérées comme « différentes » dans une société organisée autour d’une norme dominante. Elle suppose une transformation de l’environnement social, des institutions et des représentations. La société inclusive devient ainsi une « maison commune » où personne ne dispose d’un droit d’entrée supérieur à celui des autres. Chacun est héritier du patrimoine humain et social commun.

Cette perspective possède une portée éducative majeure. Elle invite d’abord à déplacer le regard : l’élève en difficulté ou en situation de handicap ne doit pas être réduit à ses déficits, mais reconnu comme une personne singulière, porteuse de capacités et titulaire des mêmes droits. L’éducation inclusive ne relève donc pas seulement de dispositifs spécialisés ; elle engage la pédagogie elle-même, en appelant à adapter les environnements, les pratiques, les médiations et les formes d’accompagnement.

Charles Gardou conduit ainsi à penser l’école comme un espace privilégié d’apprentissage de l’équité, de la liberté et de la reconnaissance mutuelle. L’enjeu n’est pas simplement de « faire une place » aux plus vulnérables, mais de construire avec eux une communauté où la diversité devient constitutive du commun. Une conception exigeante de l’éducation : apprendre à vivre ensemble en refusant que la différence devienne une raison d’exclusion.

La fragilité de source. Ce qu’elle dit des affaires humaines

Charles Gardou
Eres 2022

Avec La fragilité de source, Charles Gardou poursuit et approfondit la réflexion engagée dans La société inclusive, parlons-en !. Mais il opère ici un déplacement décisif : la réflexion anthropologique prend sa source dans une expérience intime, celle de son existence de père d’une jeune femme atteinte du syndrome de Rett. L’expérience singulière n’est cependant jamais réduite au témoignage personnel : elle devient un point d’appui pour interroger la condition humaine, la diversité, la vulnérabilité et notre manière de faire société.

Le cœur du propos réside dans une conviction forte : la fragilité n’est pas l’apanage de quelques-uns. Elle constitue une dimension universelle de l’existence humaine. Ce qui différencie les personnes n’est pas l’existence ou l’absence de fragilité, mais les formes qu’elle prend et la manière dont les individus et les sociétés y répondent. Charles Gardou invite ainsi à dépasser une conception déficitaire du handicap pour rechercher, derrière les altérations visibles, l’humanité irréductible de chaque personne.

Cette perspective possède une portée éducative particulièrement féconde. Elle conduit à penser l’éducation non comme l’adaptation des « fragiles » à une norme préexistante, mais comme la construction d’environnements capables d’accueillir la diversité des existences. Éduquer consiste alors à apprendre à regarder autrement, à reconnaître les capacités et la dignité de chacun, mais aussi à accepter que la vulnérabilité nous concerne tous. L’école peut ainsi devenir un lieu privilégié d’apprentissage de la relation, de la réciprocité et de la solidarité.

Charles Gardou propose finalement une véritable éthique éducative : substituer à la logique de la performance et de la normalité celle de la reconnaissance. La fragilité, loin d’être un obstacle à dépasser, devient une source de compréhension de l’humain et une ressource pour construire le commun.

Une cité inclusive comme horizon ; Essai de critique sociale

Charles Gardou
Eres 2025

Avec *Une cité inclusive comme horizon*, Charles Gardou élargit sa réflexion sur la vulnérabilité, le handicap et l’inclusion pour interroger les fondements mêmes de notre vie collective. L’inclusion n’est pas, pour lui, un ensemble de dispositifs destinés à quelques catégories de personnes : elle constitue un horizon politique, éthique et anthropologique engageant la société tout entière. La Cité doit être continuellement remodelée afin de devenir une demeure commune « hospitalière », où chacun puisse trouver sa place et participer. ([Éditions Érès][1])

Cette perspective possède une portée éducative majeure. L’éducation apparaît implicitement comme l’un des lieux privilégiés où se construit – ou se défait – la capacité à vivre ensemble. Une école inclusive ne saurait donc se réduire à l’intégration d’élèves présentant des besoins particuliers : elle doit transformer ses normes, ses pratiques et ses environnements pour permettre à chacun d’être reconnu dans sa singularité. L’enjeu est moins d’adapter les personnes à un cadre préexistant que de rendre le cadre lui-même accessible, accueillant et participatif. Cette conception rejoint une pédagogie fondée sur la reconnaissance des singularités, l’hospitalité et la coopération. ([Ressources Éducation Enfance][2])

Gardou invite ainsi à déplacer le regard : la vulnérabilité n’est pas une déficience appartenant à certains, mais une condition humaine partagée. Elle peut devenir, dans l’éducation, le point de départ d’une véritable pédagogie de la relation, de la solidarité et de la responsabilité. Former ne consiste plus seulement à transmettre des savoirs, mais aussi à apprendre à considérer l’autre, à prendre soin du monde commun et à participer à sa transformation.

La force de l’ouvrage tient enfin à cette conception de l’inclusion comme **horizon plutôt que comme état atteint** : une utopie active, exigeante, qui appelle chacun à prendre sa part dans la construction d’une Cité plus fraternelle. ([faire-face.fr][3])

[1]: https://www.editions-eres.com/ouvrage/5475/une-cite-inclusive-comme-horizon?utm_source=chatgpt.com « Une cité inclusive comme horizon »

[2]: https://crede-vd.ch/article/une-cite-inclusive-comme-horizon-essai-de-critique-sociale/?utm_source=chatgpt.com « Accueil pré et parascolaire : 0-12 ans – Une cité inclusive comme horizon. Essai de critique sociale – Centre de ressources en éducation de l’enfance »

[3]: https://www.faire-face.fr/2025/10/31/cite-inclusive-charles-gardou-lecture/?utm_source=chatgpt.com « Une cité inclusive de Charles Gardou : le chantier d’un vivre-ensemble à rebâtir – Faire Face – Toute l’actualité du handicap »

Vulnérabilité(s). Réapprendre le commun face à la crise

Olivier Artus, Valérie Aubourg et Chiara Pesaresi (dir.),
UCLy / Vrin – 2025

Publié en 2025 par l’Unité de recherche CONFLUENCE de l’UCLy et la Librairie philosophique J. Vrin, cet ouvrage collectif de 252 pages rassemble les contributions issues du deuxième colloque scientifique de la Chaire d’Université Vulnérabilités, tenu en 2023. Il prolonge une réflexion engagée sur la vulnérabilité en élargissant celle-ci : il ne s’agit plus seulement de penser des personnes ou des groupes vulnérables, mais de reconnaître la vulnérabilisation des systèmes et des sociétés elles-mêmes. (UCLy)

L’intérêt majeur du livre réside dans l’articulation entre vulnérabilité et commun. Crises environnementales, fragilisation démocratique, transformations du travail, santé, numérique ou tensions sociales révèlent une interdépendance que nos sociétés individualistes tendent à masquer. La vulnérabilité devient ainsi moins une faiblesse qu’un révélateur : elle oblige à reconsidérer les conditions du vivre-ensemble et à rechercher de nouvelles formes de solidarité, de responsabilité et de coopération.

La dimension éducative est particulièrement stimulante. L’éducation apparaît en effet comme l’un des lieux où se joue la reconstruction du commun. Face à la crise des institutions et à l’affaiblissement du lien social, il ne suffit plus de transmettre des savoirs : il faut réapprendre la relation, l’interdépendance et la responsabilité collective. L’école et l’université peuvent devenir des espaces où l’on expérimente la coopération plutôt que la seule compétition, où la différence et la fragilité sont reconnues comme des composantes de la communauté, et où se forme une capacité à prendre soin des personnes comme des milieux de vie. Le colloque dont est issu l’ouvrage plaçait explicitement le système éducatif parmi les institutions à repenser.

Par son dialogue entre philosophie, théologie, médecine, droit, éthique, anthropologie, psychologie et sociologie, le livre propose finalement une anthropologie relationnelle de la vulnérabilité : c’est en reconnaissant notre fragilité commune que nous pouvons reconstruire du commun. Une invitation exigeante à faire de la crise non seulement un diagnostic, mais un levier d’espérance et d’éducation à la solidarité.

L’individu et la communauté selon Edith Stein. Une pensée de la relation

Éric de Rus
Editions du Carmel – 2026

Dans cet ouvrage Éric de Rus approfondit une question centrale de la pensée d’Edith Stein : comment penser ensemble l’unicité de la personne et son inscription dans une communauté ? Loin d’opposer individu et collectif, Stein permet de comprendre la personne comme un être essentiellement relationnel. La communauté n’abolit donc pas l’individualité ; elle constitue au contraire l’un des lieux où celle-ci peut se révéler et s’accomplir.

Cette approche prend une portée particulière dans le contexte contemporain, marqué par la tension entre individualisme et tentations de repli communautaire. Chez Stein, la relation n’est ni fusion ni simple coexistence : elle suppose reconnaissance de l’autre, réciprocité et responsabilité. La communauté authentique se construit ainsi à partir de personnes capables de donner, de recevoir et de contribuer au bien commun.

La dimension éducative est particulièrement importante. Éric de Rus, spécialiste de la pensée éducative steinienne, montre comment l’éducation peut être comprise comme un accompagnement de la personne vers son accomplissement propre, tout en l’ouvrant à la vie avec les autres. Éduquer ne consiste donc ni à conformer l’individu à un modèle collectif, ni à favoriser son seul épanouissement individuel : il s’agit de permettre à chacun de devenir pleinement lui-même dans et par la relation.

Cette conception fait de l’éducation un véritable apprentissage du commun : apprendre à être soi sans se couper des autres, reconnaître la singularité sans renoncer à la solidarité, et découvrir que l’accomplissement personnel peut devenir contribution à une communauté humaine plus juste. Une lecture de Stein particulièrement féconde pour penser aujourd’hui l’école, la fraternité et la vie collective.

Editorial

La vulnérabilité : une question pour l’éducation

Jean-Louis Barbon[1]

Editorial en Français
Editoriale en Italien
Editoriale en Espagnol
Editorial en Anglais
Editorial en Allemand

 

Pourquoi faire de la vulnérabilité un objet de réflexion pour une revue consacrée à l’éducation ?

La question pourrait sembler paradoxale. L’éducation n’a-t-elle pas pour ambition de permettre à chacun de grandir, de développer ses capacités et de devenir acteur de son existence ? Parler de vulnérabilité pourrait donner l’impression de déplacer le regard vers ce qui manque, ce qui fragilise ou ce qui empêche.

C’est pourtant une autre perspective que nous souhaitons ouvrir dans ce numéro d’Educatio. Prendre la vulnérabilité au sérieux, c’est d’abord interroger notre conception de la personne, de la relation et de l’éducation. Car la vulnérabilité n’est pas seulement une situation qui concernerait certains : elle appartient à la condition humaine. Nous sommes des êtres exposés, dépendants, appelés à recevoir autant qu’à donner. Nous devenons nous-mêmes grâce aux relations qui nous précèdent et nous accompagnent.

Cette conviction rejoint l’une des intuitions fondamentales du personnalisme. La personne ne peut être réduite à un individu autonome, défini par ses performances ou sa capacité à se suffire à lui-même. Elle est un être de relation, de responsabilité et d’engagement. Chez Emmanuel Mounier, la personne se construit dans l’ouverture à autrui et dans la participation à une communauté humaine.

La tradition chrétienne donne à cette réflexion une profondeur particulière. L’Incarnation manifeste un Dieu qui rejoint l’humanité dans sa condition, jusque dans sa fragilité. Elle nous invite ainsi à déplacer nos représentations spontanées de la puissance et de la réussite : la vulnérabilité peut devenir un lieu de présence, de relation et de don.

Cette perspective conduit à distinguer vulnérabilité et vulnérabilisation. Être vulnérable appartient à notre condition ; être vulnérabilisé peut résulter de mécanismes sociaux, institutionnels ou relationnels. Certaines pratiques peuvent fragiliser, humilier, disqualifier ou assigner. D’autres peuvent restaurer la confiance, soutenir l’autonomie et permettre à chacun de retrouver une capacité d’agir.

L’éducation se trouve ainsi devant une responsabilité essentielle : que faisons-nous de la vulnérabilité de ceux qui nous sont confiés ?

Cette question concerne particulièrement l’école. Elle peut être un lieu de comparaison, de classement et parfois d’exclusion ; elle peut aussi devenir un espace de reconnaissance et de dévulnérabilisation. Elle peut apprendre à chacun qu’il n’est pas défini par ses difficultés ou ses résultats, mais qu’il demeure capable d’apprendre, de progresser, de contribuer et d’entrer en relation.

La question de la vulnérabilité conduit alors naturellement à celle de la liberté. Être libre ne signifie pas être seul. La liberté se développe dans des relations qui rendent possible son exercice. Accompagner une personne vulnérable ne consiste donc pas à agir à sa place, mais à lui permettre de développer sa capacité d’agir.

Cette réflexion ouvre sur la fraternité. Dans Fratelli tutti, le pape François rappelle que personne ne se construit seul et que la fraternité devient responsabilité lorsque la vulnérabilité de l’autre nous concerne. L’éducation peut alors devenir apprentissage d’une interdépendance assumée : découvrir que l’autre n’est pas un obstacle à ma liberté, mais qu’il participe aux conditions de mon humanité.

C’est dans cette perspective qu’Educatio entend faire dialoguer le patrimoine éducatif chrétien avec les questions contemporaines des systèmes éducatifs. Il ne s’agit ni de répéter un héritage ni de le conserver comme une mémoire immobile, mais de le mettre à l’épreuve des réalités présentes pour discerner ce qu’il peut apporter à l’éducation de demain.

Le défi est double : hériter et inventer. Hériter d’une conception de la personne qui reconnaît en chacun une dignité irréductible ; inventer des pratiques éducatives capables de traduire cette conviction dans les réalités concrètes de l’école, de l’université et de la formation.

Une question peut ainsi traverser ce dossier : nos pratiques éducatives augmentent-elles ou diminuent-elles les capacités de l’autre ?

La vulnérabilité ne nous invite donc pas à rêver d’une humanité invulnérable. Elle nous rappelle plutôt notre interdépendance et notre responsabilité. Elle nous apprend que l’éducation n’a pas pour tâche de supprimer toute fragilité, mais de créer les conditions dans lesquelles chacun peut grandir, prendre sa place et contribuer au monde commun.

 

Construisez votre parcours de lecture !

Présentation du n° 17

Ce dossier, s’attache à présenter, dans une première partie, « La vulnérabilité : un chemin de fraternité ?», des réflexions de portée générale, propres à approfondir les propositions de l’appel à contribution. Une seconde partie, « Education en actes » fait état de réalisations ou propositions éducatives ou pédagogiques, en lien avec l’appel à contribution.

Une section « Varia » accueille des textes liés indirectement à l’appel à contribution ou abordant d’autres thèmes.

Enfin, deux sections « En ligne » et « Recensions », partagent des lectures et des ressources Internet, plus ou moins nombreuses selon les parutions, du Comité de rédaction ou d’amis de notre revue.

Ce dossier s’ouvre, cette fois-ci, sur un « Prologue » présentant des textes-ressources propres à placer nos lectures dans des perspectives théologiques et anthropologiques plus vastes.

Nous ouvrons ce numéro avec un article montrant comment les établissements d’enseignement supérieur catholiques indiens peuvent transformer les expériences de vulnérabilité en parcours structurés de solidarité et de responsabilité civique.

Une équipe de l’Institut Catholique de Paris s’est attachée plus particulièrement au processus de vulnérabilisation dans les institutions sanitaires et éducatives et à leur prise en charge par les institutions.

Géraldine Maugars s’attache à une réception ajustée de la vulnérabilité qui ne réduise pas la personne à ses faiblesses. Ce faisant elle s’attache à alimenter le débat sur le sens et la signification de la fraternité.

Frère André Pierre Gauthier, lassalien, procède à une relecture de la tradition éducative lassalienne dans sa capacité à permettre à l’élève d’actualiser ses capacités et ses possibles.

Cristophe Lemardelé nous introduit à une anthropologie chrétienne de la vulnérabilité à partir d’une exégèse du Notre Père

Jean Louis Barbon, de l’équipe de Educatio, cherche à mettre en évidence les processus de vulnérabilisation et ouvre des pistes pour une école fraternelle.

La section « Education en actes » s’ouvre sur un dialogue franco-québécois conduit par une équipe de l’Institut Catholique de Paris, en interrogeant la notion d’école inclusive et ce qu’elle suppose d’environnement multifactoriel à la situation des élèves.

La pratique du co-enseignement, présentée par une équipe toulousaine (ICT), en révèle les potentialités et la pertinence dans l’adaptation des pratiques pédagogiques.

Agissant dans un contexte lassalien, Fabrice Deroissart interroge les effets parfois négatifs d’une identité affirmée qui interroge la capacité d’hospitalité de l’Enseignement catholique. A partir de sa connaissance du terrain, il nous fait des propositions.

Les enseignants eux aussi peuvent être vulnérables ou vulnérabilisés, ainsi que le montre Eric De Rus, enseignant neuro-divergeant. A partir de la pensée d’Edith Stein, il s’agira d’appréhender les processus d’adaptation professionnelle mis en œuvre.

Izabella Gombkötő-Lombár, du Lycée protestant István Benkő de Budapest, met en perspective des traitements de la vulnérabilité scolaire avec des démarches collaboratives et communautaires.

Eva Gyarmathy, de l’Apor Vilmos Catholic College en Hongrie, établit une corrélation originale entre les fonctionnements cognitifs des élèves neurodivergents et ceux requis ou générés par le numériques. Et si ces élèves « vulnérables, détenaient les clés de l’apprentissage de demain ?

Szilvia Moldován, de Budapest, propose un modèle pédagogique et social, déjà expérimenté, s’appuyant sur les différences sociales comme une opportunité d’engagement et de solidarité dans les apprentissages.

Carmen María Gonzálvez Bermejo, en formation d’enseignante à Murcie en Espagne, formule des propositions pédagogiques et éducatives prenant en compte les dynamiques corporelles et psychologiques des adolescents.

 

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Pour citer cet article
Référence électronique
Jean-Louis Barbon, « Editorial », Educatio [En ligne], n°17 | 2026. URL : http://revue-educatio.eu

Droits d’auteurs
Tous droits réservés

 

[1] Educatio

recensions n°16 bis

Ecole et religions – Quelles articulations ? Quelles perspectives possibles ?
Geoffrey Legrand, Vanessa Patigny, Flore Xhonneux
Publications Chemins de dialogue

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Actes du Colloque du CRER – Centre de Recherche en Education et religion – UCL Louvain
12-14 novembre 2023

Cet ouvrage s’inscrit dans une réflexion essentielle sur la place du religieux à l’école, dans des sociétés pluralistes marquées à la fois par la sécularisation et le retour du fait religieux dans l’espace public.

L’ouvrage adopte une approche résolument interdisciplinaire, croisant sciences de l’éducation, sociologie, philosophie et théologie.

Les contributions interrogent les tensions, mais aussi les potentialités, qui émergent de la rencontre entre l’institution scolaire et les religions. Loin de se limiter à une opposition binaire entre neutralité scolaire et expressions religieuses, les auteurs analysent les cadres juridiques, pédagogiques et culturels dans lesquels cette articulation se déploie, en particulier dans les contextes belge et français. La laïcité y est envisagée non comme un principe figé, mais comme une réalité interprétée et mise en œuvre de manière différenciée.

L’ouvrage met en lumière le rôle central de l’école comme espace de transmission de savoirs, mais aussi comme lieu de formation citoyenne, confronté à des questions sensibles telles que la diversité convictionnelle, le vivre-ensemble ou la reconnaissance des identités. Plusieurs chapitres soulignent l’importance d’une éducation au fait religieux, distincte de toute catéchèse, permettant aux élèves de comprendre les références religieuses qui structurent les cultures et les débats contemporains.

En proposant des perspectives concrètes et nuancées, ce volume constitue une ressource précieuse pour les enseignants, formateurs et décideurs éducatifs. Il invite à dépasser les postures défensives pour penser des pratiques pédagogiques capables d’articuler respect de la pluralité, exigence critique et finalités émancipatrices de l’école.

Jean-Louis Barbon

 

 

 

Editorial

L’acte éducatif, un acte d’espérance
Visages et chemins de l’espérance éducative au quotidien

Jean Louis Barbon[1]

Editorial en français
Editorial en español
Editoriale in italiano
Editorial in English

 

Ce numéro 16 bis vient compléter le numéro 16 édité et mis en ligne à l’occasion du Jubilé de l’Education le 27 octobre 2025.

L’appel à contribution initial a été conçu pour s’inscrire dans la dynamique de l’Année Jubilaire pour contribuer à l’établissement et au partage d’un bilan prospectif des propositions éducatives chrétiennes. L’abondance et la variété des propositions d’articles permettent à l’équipe d’Educatio, en partenariat étroit avec la FIUC (Fédération Internationale des Universités Catholiques), d’offrir une seconde livraison pour la clôture de cette Année Jubilaire.

Pour autant, c’est un numéro d’ouverture, et donc d’espérance, que nous proposons !

En effet, après avoir pris le temps d’approfondir le sens de notre engagement éducatif, nous allons aller à la rencontre, découvrir peut-être, des visages qui ont incarné, et incarnent aujourd’hui, l’espérance éducative et les chemins, parfois inattendus, que celle-ci emprunte.

Pèlerins d’espérance

Le pape François nous a invité à être des « pèlerins d’espérance » dans un monde où celle-ci pourrait sembler s’absenter.

Le propre du pèlerin est d’arpenter des chemins. Tendu vers le but, le pèlerin cultive son intériorité par son cheminement tout en étant attentif aux personnes qu’il rencontre et avec lesquelles une relation singulière pourra se nouer. Ainsi l’éducation chrétienne, dans son histoire et sa diversité, et le « Pacte éducatif global » nous suggèrent quelques pistes pour arpenter notre époque.

A la lecture des articles proposés à notre cheminement, des visages s’offrent à nous : visages tutélaires de nos fondateurs, visages d’intellectuels et d’éducateurs qui nous inspirent, visages, des auteurs de ces deux numéros, , visages des enfants et des jeunes qui sont accompagnés…

Une constellation éducative

Le 28 octobre 2025, le pape Léon XIV célébrait le 60ème anniversaire de la déclaration conciliaire Gravissimus Educationis en publiant une Lettre apostolique « Dessiner de nouvelles cartes d’espérance »[2].

Tout en reprenant la thématique pérégrinale, la Lettre Apostolique l’enrichit en nous proposant l’image d’une « constellation éducative ». Il s’agit, comme dans une carte du ciel, de manifester la diversité et la « plasticité » (selon les points de vue) de la proposition éducative chrétienne dans le temps et dans l’espace. Ce numéro 16 bis de notre revue, élaboré pour l’essentiel entre juin et octobre 2025, participe, pour sa part, à ce rappel par la diversité et la qualité significative des contributions publiées.

De nouvelles cartes de l’espoir

La Lettre Apostolique insiste sur la nécessité de nourrir le dialogue éducatif dans les institutions chrétiennes, dans la diversité de leurs charismes et à la lumière du Pacte éducatif global, mais aussi avec les autres institutions éducatives et toutes les collectivités concernées par l’éducation, dans un esprit collaboratif et participatif.

Dans le cadre de nos préoccupations éducatives, la Lettre attire notre attention sur trois points prioritaires venant enrichir transversalement le Pacte éducatif global :

  • La vie intérieure comme espace de dialogue avec soi et avec Dieu
  • Le numérique humain, « en plaçant la personne avant l’algorithme »
  • La paix, « désarmée et désarmante »

Ainsi, au fil des chemins parcourus et des visages rencontrés, se dessine une éducation qui n’est jamais achevée, mais toujours en devenir. Une éducation qui ose croire en l’avenir, parce qu’elle s’enracine dans la relation, le dialogue et la paix.

À l’image d’une constellation, chaque initiative éclaire l’autre et oriente la marche commune.

C’est bien un acte d’espérance, humble et audacieux, que de continuer à éduquer aujourd’hui.

[1] Comité de rédaction de Educatio

[2] La traduction française officielle n’est pas encore disponible au 28/12/2025.

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Construisez votre parcours de lecture !

Présentation du n° 16 bis
L’acte éducatif, un acte d’espérance

 

La première partie Visages et chemins de l’espérance éducative au quotidien, s’attache à présenter, dans une première partie, à mettre en dialogue des réflexions de portée générale, propres à approfondir les propositions de l’appel à contribution.

Une seconde partie, « Education en actes » fait état de réalisations ou propositions éducatives ou pédagogiques, en lien avec l’appel à contribution.

Une partie « Varia » accueille des textes liés indirectement à l’appel à contribution ou abordant d’autres thèmes.

Enfin, une partie « Recensions », partage des lectures, plus ou moins nombreuses selon les fois, du Comité de rédaction ou d’amis de notre revue.

 

Dans la partie « Visages et chemins de l’espérance éducative au quotidien »

Maria Carolina Riva Posse, de l’Université du Salvador, en Argentine, inaugure ce numéro en mobilisant Edith Stein et Hanna Arendt pour mettre en évidence, dans l’acte éducatif, les ressources de la tradition et de la mémoire, qu’il s’agit d’articuler avec la parole et le dialogue pour envisager le monde de demain.

Claire Lebrethon, de l’Institut catholique de Toulouse, approfondit cette intuition en se demandant avec Hanna Arendt s’il est possible « d’envisager l’acte éducatif comme un exercice d’espérance », en permettant à chaque jeune d’être co-auteur du monde à venir ?

María Victoria Scarpatti, de l’Université du Salvador en Argentine, nous propose une réflexion sur les besoins éducatifs des femmes au XXIème siècle, en s’appuyant sur l’apport d’Edith Stein.

Louis Lourme, des Facultés Loyola à Paris, nous invite à aller à la rencontre de l’élève et à vivre avec lui en frère, dans le cadre de la relation éducative et pédagogique. L’auteur nous donne des clés pour que la fraternité devienne une clé pour penser la spécificité de l’enseignement chrétien.

Dans la partie « éducation en actes »

Lucie Roger, de Vincent de Paul Réseaux et Formation, nous propose une mise en dialogue de l’expérience vincentienne , issue du parcours de Saint Vincent de Paul et de ses successeurs, avec les exigences éducatives contemporaines, exprimées par le Pacte éducatif global.

Sœur Teresa Joseph, Fille de Marie Auxiliatrice à Bombay, reprend l’héritage de Don Bosco dans les perspectives ouvertes par le Pacte éducatif global.
« L’éducation comme acte d’espoir est envisagée d’un point de vue anthropologique et pédagogique avec une approche interdisciplinaire » particulièrement riche et éclairante pour la pratique.

Eva Gyarmathy, de l’Apor Vilmos Catholic College, en Hongrie, nous partage une démarche préventive fondée sur un diagnostic des fonctions cognitives et sensorimotrices mobilisées à l’école, en vue d’apporter les soutiens et remédiations nécessaires.

Andrea Isabel Alsina Alvarenga  et Sofia Pekarek (Espagne, Argentine, Mexique) ouvrent une discussion importante sur les relations étudiants / professeurs, mais aussi sur le fonctionnement universitaire et ecclésial dans un monde digitalisé, dont les règles, nouvelles, ne sont pas toujours maitrisées.

Dans la partie « varia »

Michael Yuryevich Kuznetsov de Kharkiv, en Ukraine, nous offre un exposé particulièrement documenté sur la pédagogie jésuite, son histoire et son actualité.
Ce travail fourni illustre la permanence des repères de l’éducation chrétienne.

Wenceslas Busane, de l’Université catholique de Bukavu, en République Démocratique du Congo, attire notre attention sur les conditions sociales et pratiques de l’espérance à travers l’exemple d’une œuvre sociale universitaire.

Patrícia Fonseca Ferreira Fleury, de l’Univertsité Pontificale du Parana, au Brésil, nous introduit aux pensées et propositions d’Edgar Morin et de Paolo Freire, en les articulant de manière originale dans le cadre d’une recherche action relative à la formation des enseignants.

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Pour citer cet article
Référence électronique
Jean Louis Barbon « Visages et chemins de l’espérance éducative au quotidien », Educatio [En ligne], 16 bis | 2026. URL : http://dtakept.cluster100.hosting.ovh.net

Droits d’auteurs
Tous droits réservés

 

 

Penser l’éducation à l’époque de l’anthropocène

Renaud Hétier et Nathanaël Wallenhorst
Le bord de l’eau – 2023, 223 pages

Penser l’éducation à l’époque de l’anthropocène de Renaud Hétier et Nathanaël Wallenhorst, enseignants-chercheurs à l’Université catholique de l’Ouest (UCO), propose une réflexion fondamentale sur la manière dont la crise écologique redéfinit finalités, contenus et méthodes éducatives.

Les auteurs montrent que l’anthropocène n’est pas seulement un objet scientifique relatif au monde physique et faisant l’objet de débats, mais aussi une réalité culturelle, sociale et morale.

La réflexion sur les manifestations de l’anthropocène interroge la temporalité de l’enseignement, la relation maître/élève, la visée de la formation humaine et la responsabilité intergénérationnelle. Renaud Hétier et Nathanael Wallenhorst appellent à une éducation qui articule savoirs scientifiques, compétences pratiques et dispositions éthiques (humilité, prudence, souci du commun).

Plusieurs questions cruciales émergent pour les éducateurs catholiques. D’abord, comment intégrer une écologie intégrale qui ne soit ni instrumentalisation utilitariste ni évangélisation superficielle ? Le livre éclaire des convergences avec Laudato Si’ et Fratelli Tutti : souci des pauvres, conversion écologique, spiritualité de la création. Ensuite, il interroge la place du récit anthropologique – comment sortir d’un humanisme dominateur sans renoncer à la dignité humaine ? Pour les catholiques, cela implique de repenser la théologie de la création et de la providence à l’aune d’une fraternité élargie au monde physique. Enfin, sur le plan éducatif, les auteurs poussent à des pédagogies de l’attention, du soin et de l’action collective : projets locaux, interdisciplinarité, évaluation de la durabilité des savoirs.

Apprécier la place de cet ouvrage dans les réflexions actuelles sur l’anthropocène revient à le situer comme une contribution pédagogique exigeante et théoriquement bien assise. Il se distingue par son effort pour lier théorie politique, philosophie de l’éducation et éthique environnementale, et par sa vigilance face aux dérives techno-optimistes.

Pour les éducateurs catholiques, l’ouvrage est stimulant : il fournit des outils conceptuels pour articuler foi, savoir et action écologique, tout en posant la nécessité d’une conversion éducative profonde. Précieux pour inspirer projets pédagogiques, formation de consciences et engagements communautaires.

Jean Louis BARBON

Interview et podcast de Nathanaël Wallenhorsr

Travaux de Renaud Hétier

L’éducation religieuse par les symboles

Une chance pour le dialogue interconvictionnel et interreligieux ?

Geoffrey Legrand
Schwabe Verlag 2024, 243 pages

Cet ouvrage, issu d’un travail d’habilitation présenté à la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg, propose une réflexion exigeante sur l’usage des symboles comme clé d’accès à l’éducation religieuse en contexte pluraliste. En partant d’une anthropologie symbolique et d’exemples pédagogiques, l’auteur soutient que le travail sur les symboles permet d’ouvrir un espace de dialogue interconvictionnel et interreligieux, parce que les symboles portent simultanément sens, affect et expérience corporelle. Il montre comment, par une démarche herméneutique et expérimentale, on peut aider des élèves à décrypter, éprouver et partager des significations sans effacer la singularité des traditions.

Les questions majeures soulevées sont multiples : comment concilier apprentissage des différences et fidélité confessionnelle ? Quelle place donner à l’expérience sensible et au rituel sans sombrer dans un relativisme neutralisant ? Comment former des éducateurs capables d’animer des ateliers symboliques tout en respectant les cadres institutionnels (école, paroisse) ? Geoffrey Legrand interroge aussi la posture de l’enseignant : médiateur, témoin ou animateur neutre ? Et il insiste sur la nécessité d’une didactique qui associe savoirs, capacités interprétatives et compétences relationnelles.

Pour des éducateurs catholiques, l’ouvrage pose des implications concrètes : revisiter la catéchèse pour y intégrer davantage de pratiques symboliques réflexives, redonner centralité au geste sacramentel compris comme « langage » et non seulement comme rite à transmettre, et préparer les catéchistes à dialoguer avec d’autres traditions sans renoncer à la professio fidei. Il alerte aussi sur des risques — dilution doctrinale possible si l’on néglige la dimension dogmatique et la formation théologique des animateurs.

Dans le paysage actuel des réflexions sur l’éducation religieuse, ce livre apparaît comme une contribution de référence stimulante et pratique, qui fait le pont entre théories et ateliers. Il enrichit les débats sur la pluralité et la pédagogie de la foi, tout en appelant à des recherches empiriques complémentaires et à une formation renforcée des acteurs. À lire pour qui cherche des outils concrets et une réflexion nuancée sur le dialogue symbolique.

Jean Louis BARBON